«Une journée de deuil» pour les employés de la santé

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Claire Montour, présidente de la Fédération de la santé du Québec.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «C'est une journée de deuil pour nous.» C'est ainsi que Claire Montour, présidente de la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ) qualifie la dernière journée au travail des employés du secteur de la santé, avant l'entrée en vigueur, mercredi 1er avril, du projet de loi 10.

Outre la fusion du réseau régional des établissements de santé et de services sociaux, le 1er avril marque aussi la fin des conventions collectives, et ce alors que le ministre des Finances vient d'annoncer dans son dernier budget un taux de croissance de 1,4 % dans le même réseau qui en réclame normalement au moins 4 %. La pression est énorme. «On a déjà connu des transitions, rappelle la porte-parole syndicale, on est passés d'un simple hôpital à un CSSS (centre de santé et de services sociaux) et là on devient un énorme CIUSSS (centre intégré universitaire de santé et de services sociaux). Même dans un CSSS, quand on parlait d'une problématique en particulier, c'était difficile pour l'employé de bien réaliser la situation. Là, ça devient une grosse machine. On va couvrir 42 000 kilomètres carrés! Avec un seul directeur général, un seul directeur général adjoint, un seul directeur des ressources humaines. Avant, il y en avait 13 de chaque et le ministre Barrette a bien dit à tous ses nouveaux présidents directeurs généraux qu'il ne voulait pas les voir multiplier les postes cadres... comme on avait vu lors de la création des CSSS avec les adjoints d'adjoints. Mais en même temps, cela démontrait bien qu'il fallait plus de cadres, plus de répondants que ce que le ministre souhaitait en réalité.»

Comme plusieurs leaders syndicaux, Mme Montour observe la situation et en vient à se dire que le ministre de la Santé pense qu'il va suffire d'un coup de baguette magique pour que tout se mette en place. Or, elle a plein de questions qui demeurent sans réponse. «Imaginez: ils vont fusionner les listes d'ancienneté. Comment allons-nous gérer ça? Il va y avoir une seule unité d'accréditation après les négociations.»

Mme Montour dit avoir l'impression d'assister à la création d'un grossiste en soins de santé, un genre de multinationale où il sera impossible de rencontrer le patron. «C'est comme si on se retrouvait avec une direction qui sera située dans un autre État, un autre pays. C'est quelque chose qui dépasse l'entendement. Tout ce qu'on entend, c'est: je coupe des postes, je coupe de cadres, je fais des économies et vous, vous n'avez qu'à travailler. Le 1er avril, bang! on devient un CIUSSS»

Mme Montour a des maux de tête juste à se remémorer les difficultés nées de la fusion entre les hôpitaux Sainte-Marie et Saint-Joseph , puis celles qui ont suivi la création des centres de santé et de services sociaux. «Juste l'urgence avec les protocoles! Ça a l'air niaiseux, mais le quotidien dans les urgences suppose beaucoup de mécaniques. Ce que tu peux faire, ce que tu ne peux pas faire. Le ministre Barrette lui, ne s'en inquiète pas. C'est: marchez donc! Et c'est sans parler des soins donnés en CLSC, en ressources non institutionnelles, en CHSLD, en ressources de type familial, en cliniques externes, dans les GMF. Tout ça est embarqué dans des protocoles.»

Toujours en se basant sur son expérience, Mme Montour se demande quelles seront les exigences en matière de mobilité du personnel, car en cette matière on a vu beaucoup de changements par le passé. Par exemple, il fut une époque où un employé de CHSLD travaillait dans un seul établissement. Avec l'arrivée des CSSS, c'est passé à plusieurs établissements. Elle n'ose penser à ce qu'il arrivera maintenant que tout est fusionné en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Lorsqu'on lui demande si les directions ont donné des informations au personnel pour le rassurer, elle répond que les cadres eux-mêmes ne savent pas encore à quoi s'en tenir. «Il y a le discours public genre: Ça va bien aller, mais quand on pose des questions c'est: On va voir.»

Paul Lavergne, président du Conseil central du Coeur du Québec (CSN) croit pour sa part qu'aucune directive ministérielle claire n'a été donnée. La CSN représente 850 professionnels de la santé dans les agences de santé, dont environ 30 % seront transférés ou ont eu un avis de perte d'emploi. «Les autres ne savent pas ce qui va arriver. Ça se fait n'importe comment, partout au Québec, a-t-il confié. Il y a des contradictions et de la confusion. C'est n'importe quoi, ça va trop vite. On leur dit: faites-le, c'est tout. Comme si le docteur Barrette avait fait une ordonnance pour tout le monde, sans savoir si elle convient à tous. Pour résumer, au moment où on se parle, c'est le bordel.»

La CSN soulignera l'entrée en vigueur de la Loi modifiant l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux notamment par l'abolition des agences régionales avec le dépôt de couronnes mortuaires devant les établissements de la santé, à Maskinongé et à Shawinigan. La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec annonce pour sa part plusieurs manifestations pour souligner l'expiration aujourd'hui de conventions collectives et l'arrivée de la réforme du réseau de la santé.

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