Le projet de loi 20: des effets pervers en Mauricie

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Les docteurs  Louis Godin et Pierre Martin respectivement président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec et de la Mauricie, lors d'un point de presse sur les effets pervers du projet de loi 20 dans la région.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) S'il est adopté tel quel, le projet de loi 20 sur la réforme de la santé du ministre Gaétan Barrette pourrait provoquer deux impacts négatifs en Mauricie: déstabiliser le fonctionnement de l'hôpital de Shawinigan et compromettre l'enseignement médical que dispense l'Université de Montréal sur son campus en Mauricie.

C'est du moins ce qu'ont soutenu, mardi, le docteur Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, et le docteur Pierre Martin, président de la section régionale du même organisme et chef du Département régional de médecine générale, qui rencontraient la presse dans le cadre d'une tournée provinciale de consultation de leurs membres sur ce projet de loi. En fait, c'est presque par accident que le docteur Martin a cité le cas de l'hôpital de Shawinigan.

«Shawinigan est un exemple particulier, a-t-il confié. On compte 77 médecins de famille qui donnent des prestations de services en première ligne. Soixante pour cent de leurs prestations sont données dans l'établissement. Ces 77 médecins-là sont 40 % du temps en première ligne, en cabinet, à faire de la prise en charge parce que dans leur organisation, ils sont contraints de faire fonctionner l'hôpital. Si on met la hache là-dedans demain matin et qu'on dit: vous prenez un nombre minimal de patients et vous vous en venez direct au bureau, ils vont le faire. Ils ne s'exposeront pas à une coupure de 30 % de leur rémunération.

Mais l'hôpital va être dans le trouble par exemple, prévient le président de la Fédération des omnipraticiens de la Mauricie. Ce sont ces médecins qui font que cet hôpital fonctionne dans tous ses services. Il faut faire attention de garder un équilibre pour ne pas revivre des crises comme on a déjà vécues. Shawinigan est sensible à cette problématique-là car les gens l'ont vécue de façon sauvage.»

Quant aux conséquences possibles sur l'enseignement de la médecine en Mauricie, le docteur Godin a été on ne peut plus clair: le projet de loi 20 aura un double impact en ce sens que, déjà, face à l'avenir nettement moins attrayant de la profession de médecin de famille, moins d'étudiants risquent de s'inscrire aux cours sur le campus de la Mauricie, tandis que moins de médecins omnipraticiens se montreront intéressés à encadrer cette formation.

Déjà, une trentaine de médecins de la région auraient fait savoir au docteur Martin qu'ils pourraient aller pratiquer ailleurs au Canada ou quitter la profession si le projet de loi 20 est adopté. 

«Un médecin de famille qui est impliqué dans l'enseignement, ça veut dire une activité professionnelle différente qu'être simplement à son bureau et à l'hôpital, explique le docteur Godin. Les objectifs amenés par le projet de loi 20 en terme de nombre de patients et de nombre d'heures à faire à l'hôpital, nous apparaissent incompatibles avec la tâche de médecin enseignant. Donc, c'est sûr que ultimement, dans une région où il n'y a pas un gros bassin de médecins intéressés à faire de la formation, ça peut mettre en péril l'existence même de ces unités de médecine familiale.

Or, on sait qu'elles ont un effet positif sur le recrutement de médecins, comme ici dans la région, parce que plusieurs nouveaux médecins décident de rester ici. Alors oui, il y a un risque que ce soit une conséquence pour la région si le projet de loi 20 est adopté tel quel.»

Partout où il passe, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens martèle que le projet de loi 20 aura des conséquences nombreuses et un effet direct sur la qualité des soins offerts aux patients:  la qualité et la continuité des soins seraient compromises, les consultations médicales deviendraient plus courtes et de moindre qualité, les médecins hésiteraient à prendre en charge des patients plus lourds réclamant davantage de temps, la profession serait désertée par les étudiants et les plus vieux médecins seraient tentées par une retraite prématurée.

Des arguments qu'a réfutés à plusieurs reprises le ministre de la Santé qui soutient que le projet de loi vise aussi les médecins spécialistes et que les objectifs fixés sont réalistes. 

Le docteur Godin espère quand même que sa fédération réussira à infléchir le ministre Barrette et propose plutôt de favoriser la pratique médicale en cabinet, d'accroître la présence d'infirmières et autres professionnels de la santé dans ces cliniques, de créer des supercliniques et d'instaurer une plus grande flexibilité dans l'horaire quotidien des médecins de famille. «C'est ce qu'on entend discuter entre autres avec les médecins de la région ce soir», de conclure le porte-parole des omnipraticiens. 

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