L'aide médicale à mourir bien accueillie par le Dr Pierre Martin

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Le Dr Pierre Martin, président de la Fédération des omnipraticiens de la Mauricie, accueille favorablement la décision de la Cour suprême qui approuve l'aide médicale à mourir.

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Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Il était grand temps!» C'est ainsi que le docteur Pierre Martin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens de la Mauricie, réagit à la décision de la Cour suprême d'approuver l'aide médicale à mourir.

Cela dit, le médecin reconnaît que tout comme certains médecins sont mal à l'aise avec les avortements, il y en aura aussi pour ne pas être d'accord avec l'aide à mourir. D'ailleurs, la loi ne les oblige pas à poser le geste ultime. Mais dans les deux cas, croit le docteur Martin, elle aura ceci de bon que tout comme les femmes ne meurent plus d'un avortement exécuté par des charlatans, on ne verra plus de suicide manqué chez les personnes gravement malades. Dans ces deux situations, estime le docteur Martin, il faut d'abord tenir compte de la volonté du patient, et ce bien sûr dans les limites fixées par l'encadrement de la loi.

Le président de la fédération régionale des omnipraticiens avoue ne pas avoir eu le temps de faire un véritable sondage auprès de ses 250 membres qui, par les temps qui courent «ont bien d'autres chats à fouetter», note-t-il, c'est donc à titre personnel qu'il a accepté de commenter la décision historique et très claire de la Cour suprême du Canada.

Il rappelle d'abord que lors de la tournée de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, les omnipraticiens de la région avaient chaudement plaidé pour plus d'accessibilité aux soins palliatifs, en guise de réponse, du moins partielle, à la problématique du suicide assisté et de l'aide à mourir.

Comme clinicien, le docteur Martin ajoute qu'il lui est arrivé, encore récemment d'avoir un patient atteint de maladie dégénérative, lentement progressive, qui le plaçait dans une situation pitoyable au point de réclamer une aide à mourir. Or, sa réponse était toujours la même compte tenue de la situation légale encore récente: «C'est un service que je ne pouvais offrir, mais j'oserais vous dire que s'il m'avait été possible de le faire, personnellement, j'aurais été très sympathique à cette demande-là. Elle était totalement adéquate.»

Le médecin note que sur le plan philosophique, cette décision de mettre fin à ses jours appartient d'abord au patient, à l'individu. «Mais il faut aussi mettre en perspective que l'exécution de cette demande-là n'est pas banale pour le médecin qui le fait, nuance-t-il. La comparaison peut paraître un peu boiteuse, mais pour certains médecins, faire un avortement pourrait les meurtrir. Ils ne se voient pas poser ce geste-là. Mais, il y a aussi des médecins qui vivent bien avec ça, car la décision émane d'une patiente. À partir du moment où la décision est prise, le service est disponible. Ça peut paraître boiteux, mais dans les deux cas, on interrompt la vie d'une personne, dans le cas de l'aide à mourir, on interrompt sa propre vie. En toile de fond, on veut un service qui sera correctement fait. Plus de charlatans pour estropier une femme lors d'avortement et plus de suicide raté par une personne gravement malade et handicapée.»

Le médecin est par ailleurs d'avis qu'un suicide raté d'une personne souffrante traumatise davantage une famille qu'une demande d'aide à mourir. «Dans ce cas, le deuil sera plus naturel, tandis que lors d'un suicide raté, la famille va se demander si la personne va recommencer, et s'inquiéter. Et en plus, trouver une personne morte, alors qu'elle s'est donné la mort, est épouvantablement difficile» pour celui qui fait la découverte. Alors que si le décès est annoncé que le deuil est commencé avant, c'est moins difficile. C'est mieux digestible, si je peux utiliser cette expression, pour ceux qui auront à survivre à tout ça. De toutes façons, tout le monde sait que la vie a une fin, et que la vie avec ces conditions pathologiques-là, est une vie qui a une fin imminente.»

Pour toutes ces raisons, le médecin conclut qu'il était grand temps que la Cour suprême libère les Canadiens et leur permette de pouvoir jusqu'à la fin prendre les décisions qui les concernent, «y compris, celle de mettre un terme aux actions thérapeutiques tout en ayant l'opportunité d'avoir accès à des actions qui leur permettent de mettre fin à leur vie lorsque celle-ci leur apparaît invivable».

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