Dix-sept heures à l'urgence avec un bébé de 17 mois

Marie-Ève Laurin et Éric Marier ont attendu 17... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Marie-Ève Laurin et Éric Marier ont attendu 17 heures aux urgences avec Étienne, 17 mois.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le problème des interminables heures d'attente dans les urgences d'hôpitaux est loin d'être réglé au Québec. Un couple de Saint-Georges-de-Champlain, Éric Marier et Marie-Ève Morin, en sait quelque chose.

Ces parents ont passé 17 heures à l'urgence, de mardi à mercredi, avant de pouvoir rencontrer un médecin avec leur garçon âgé d'à peine 17 mois.

Avant de se rendre à l'urgence, les parents avaient suivi les consignes habituelles. Ils avaient appelé au 8-1-1, la ligne Info-santé. L'infirmière leur avait conseillé de se rendre en clinique, au CLSC de Saint-Tite, où ils ont pu obtenir un rendez-vous dès 13 h, mardi.

Une radiographie a été prise et ce qui ressemblait à une tache sur un poumon de l'enfant a fait en sorte que le médecin du CLSC a contacté lui-même le médecin de garde à l'urgence de Shawinigan-Sud afin de discuter du cas avec lui, raconte M. Marier. Les deux médecins ont convenu qu'il valait mieux que l'enfant soit vu à l'hôpital.

Le médecin du CLSC a même proposé d'y envoyer le bébé en ambulance, raconte le père. Les parents ont toutefois préféré se rendre eux-mêmes là-bas avec lui. Il était alors 15 h.

Mais ce n'est que le lendemain, vers 8 h 15, soit 17 heures plus tard, que l'enfant a pu enfin être vu par le médecin de l'urgence qui l'a ensuite transféré, vers 9 h, à la clinique pédiatrique.

L'enfant y passera une batterie de tests pour finalement découvrir que la source de son mal était une combinaison de poussées dentaires et d'infection à la gorge.

Éric Marier raconte avoir passé, avec sa conjointe, une nuit extrêmement difficile, peut-être encore plus difficile pour leur enfant qui a fait des épisodes de fièvre allant jusqu'à 40,1 °C durant la soirée, dit-il. L'hôpital a en effet pris les signes vitaux de l'enfant à quelques reprises durant la soirée et la nuit.

C'est lorsqu'une infirmière a finalement administré un antipyrétique en suppositoire au bébé, vers 23 h, que les choses se sont mises à mieux aller et que la fièvre a commencé à revenir à la normale. Malgré tout, il fallait encore attendre.

Le couple Marier-Laurin n'a pas un seul mot à dire contre le personnel soignant, mais il reproche au système de santé de ne pas s'assurer qu'il y ait suffisamment de médecins dans les urgences.

Durant ces longues heures, en effet, un seul médecin était de garde à l'urgence de Shawinigan-Sud, entre 18 h et 11 h, alors que 180 patients s'y sont présentés. «C'est pas mal. Il y avait un bon volume», reconnaît la responsable des communications au CSSS de l'Énergie, Lucie Lemire. Toutefois, dit-elle, «c'est fréquent».

Le médecin a eu à sa charge entre 17 et 20 civières, au cours de la période où le couple attendait avec son bébé.

«Ce n'est pas parce qu'un client nous est envoyé par ambulance que ça change la codification de la priorisation», précise Mme Lemire.

Rappelons que la priorité des patients (P) est basée sur une classification de l'urgence de leur cas, P-1 étant le plus urgent et P-5, le moins.

«C'est d'abord envers les civières à l'urgence que le médecin est dédié et après, il fait des cas P-4, P-5 s'il reste du temps. C'est comme ça que ça fonctionne», résume Mme Lemire.

Quand on lui demande s'il est normal de passer 17 heures à l'urgence, elle répond: «Si la priorisation a été cotée P-4 ou P-5 ou même P-3 stable, effectivement, ça se peut que le délai soit long», dit-elle.

L'âge du patient ne change rien non plus à la vitesse à laquelle il pourra accéder à un médecin, indique Mme Lemire.

La responsable des communications n'a pas accepté, pour une question de protection des renseignements personnels, de tenter d'expliquer pourquoi il s'est écoulé 17 heures avant que le bébé Laurin-Marier soit vu par un médecin alors qu'il venait d'être transféré du CLSC de Saint-Tite.

Éric Marier indique que dès leur arrivée à l'urgence, à 15 h, une prise de sang a été faite sur leur bébé. «Vers 23 h, j'ai demandé s'ils avaient les résultats de la prise de sang et si ça valait la peine que je reste à l'urgence. On m'a répondu que seul le médecin pouvait donner les résultats. J'ai demandé que les résultats soient transférés au médecin de famille.» Toutefois, ça ne semblait pas possible. «On m'a dit qu'après 9 heures d'attente, il valait mieux rester.»

Éric Marier ne comprend pas pourquoi on ne met pas plus de médecins à la disposition des patients à l'urgence, surtout quand il y a un flot important de gens malades.

«Les PREM (plans régionaux d'effectifs médicaux) sont déterminés au niveau national et régional», fait valoir la responsable des communications.

Lucie Lemire indique qu'à l'Hôpital du Centre-de-la-Mauricie, «normalement, on a un médecin pour les civières et un médecin en recouvrement le jour sur les cas qui sont moins prioritaires. Le soir, c'est plus variable. Ça dépend de la disponibilité de notre staff. Le soir, les fins de semaine, c'est plus un, la nuit aussi. Des fois on en a deux», dit-elle.

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