Fusillade à Ottawa: le traumatisme varie d'une personne à l'autre

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Sophie Desjardins, professeure au département de psychologie de l'UQTR.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Spécialiste des troubles du stress post-traumatique, Sophie Desjardins, professeure au département de psychologie de l'UQTR, estime que les événements d'Ottawa auront des impacts variables sur les personnes qui les ont vécus.

«Si l'on n'a aucun symptôme, ça peut être très normal aussi. Ça dépend de la façon dont on vit intérieurement les événements et dans quel état on était au moment où les événements se sont passés.

Si tout va bien dans la vie d'une personne, qu'elle est reposée, peut-être que ça va être plus facile pour elle de passer au travers par rapport à une personne qui vivait déjà des événements difficiles», explique la psychologue.

«Que les gens l'aient vécu de très près en étant dans le Parlement ou qu'ils étaient simplement dans la ville, je pense que ça peut être exactement la même chose. Ce n'est pas le fait d'être à côté de l'événement qui va nécessairement entraîner plus de symptômes», dit-elle. «Les gens ont une différence individuelle par rapport à ça.»

Lorsqu'une personne subit des événements qui lui font croire que sa vie ou celle d'autres personnes autour d'elle est menacée, «ça peut être suffisant pour être susceptible d'avoir des symptômes par la suite», dit-elle. Le fait qu'une personne ait vécu un traumatisme dans le passé peut aussi être un facteur de risque, ajoute la psychologue.

Parmi ces symptômes post-traumatiques, il y a des images de la journée qui reviennent constamment à l'esprit, explique la psychologue.

«Les émotions reviennent et la personne peut avoir de la difficulté à se concentrer. On peut s'attendre aussi à ce que bien des gens, au cours de la nuit, vivent des cauchemars, aient de la difficulté à s'endormir ou à rester endormis, se sentent particulièrement anxieux, irritables, marchent dans la rue ou se rendent aux endroits où ils vont habituellement, mais avec un sentiment d'hypervigilance. La personne va être plus portée à regarder autour d'elle, va être davantage portée à sursauter s'il y a un bruit particulier», explique la professeure Desjardins.

Cette dernière croit que les parents des enfants qui étaient abrités dans une garderie à proximité de la scène peuvent aussi présenter de curieuses réactions pendant un certain temps.

«Il peut y avoir une espèce d'état émotif un peu au neutre. Certains vont peut-être s'inquiéter du fait que bien qu'ils soient avec leurs enfants (sains et saufs), c'est comme si ça ne leur faisait rien. L'enfant joue et rit et le parent n'a pas la capacité d'être aussi joyeux qu'auparavant. Il est déconnecté de ses émotion.»

Il peut s'agir simplement, explique-t-elle, d'un mécanisme de défense tout à fait inconscient et normal pour un temps.

La psychologue de l'UQTR a un conseil à donner aux gens qui se sentent moins bien à la suite du drame, qu'ils habitent ou non à Ottawa.

«C'est dans des événements comme ça que c'est un bon moment pour prendre soin de soi un peu plus que d'habitude, pour mettre l'accent sur les choses qu'on aime, pour rechercher les contacts positifs avec des gens qu'on apprécie», propose-t-elle.

D'autres personnes ayant vécu ces événements auront le désir d'éviter des situations pouvant renvoyer à ce qui s'est passé mercredi. «Très volontairement, ils vont décider de ne pas écouter la télé, de ne pas lire les journaux, d'éviter les conversations sur les événements, d'éviter les lieux associés aux événements.» Ces différentes réactions auront une durée variable, selon les personnes qui les vivent, explique Sophie Desjardins. «Il ne faut pas s'en inquiéter. Ce sont des réactions considérées normales.»

«C'est important de ne pas forcer ces gens-là à en parler», estime-t-elle. «Il faut respecter le rythme de chaque personne.»

Alors qu'au Parlement, hier, la vie reprenait son cours presque normal, ce ne sont peut-être pas toutes les personnes touchées qui étaient prêtes à le faire aussi. «Ce qui est problématique, c'est quand une personne ne se sent pas prête et qu'elle est contrainte de le faire. On risque de la re-traumatiser. Les séquelles seront plus importantes et les traitements vraiment plus longs», prévoit-elle.

Chez certaines personnes, au Québec, les événements d'Ottawa pourraient entraîner un sentiment d'insécurité, prévient la psychologue. Il y avait la «croyance qu'avant, on habitait un endroit très sécuritaire, paisible et pacifique et maintenant, (certains pourraient avoir) la croyance que les choses ont changé et qu'on est à risque», explique Sophie Desjardins.

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