50 M$ de moins depuis cinq ans en santé dans la région

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Le réseau de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec a dû couper 50 M$ en cinq ans dans son budget à la demande du gouvernement du Québec.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Louise Plante
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Depuis cinq ans, c'est 50 M$ que Québec a demandé de compresser dans le réseau de santé et des services sociaux de la Mauricie-Centre-du-Québec. L'année 2014-2015 ne fait pas exception avec 10,7 M$ de coupes (voir la répartition par établissement dans notre tableau), dont 8 873 300 $ de compression d'optimisation et 1 865 200 $ de compression d'administration.

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Le porte-parole de la Table régionale des organismes communautaires Mauricie-Centre-du-Québec, Renaud Beaudry.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

Québec attend aussi que la région fasse sa part d'économie dans le cadre de la loi 10 visant la fusion en un seul conseil d'administration de tous les c.a. de centres de santé et de services sociaux et autres établissements de santé à vocation régionale.

Jusqu'à maintenant, l'exercice a suscité peu de réactions et pour cause, le porte-parole de la Table régionale des organismes communautaires Mauricie-Centre-du-Québec, Renaud Beaudry, estime qu'une omertà s'est abattue sur le réseau de la santé et des services sociaux depuis ces dernières années.

Il constate qu'il ne se trouve pratiquement personne pour dénoncer l'impact de ces coupes de plus de 50 millions $, non plus que la possible dilution des services sociaux et communautaires dans les méga structures administratives qu'on mettra prochainement en place au Québec dans le réseau de la santé.

«En privé, on entend certains cadres nous dire que les services à la population sont effectivement touchés, soutient M. Beaudry qui a ses entrées dans le réseau. Mais on ne peut compter sur un seul directeur général pour le dire publiquement. Sa tête serait en jeu. On était contents de voir que le président du c.a. du CSSS de Maskinongé ait osé dire son inquiétude. C'est un citoyen qui a davantage de liberté de parole.»

M. Beaudry croit que les conséquences des compressions des dernières années sont cachées derrière des mots comme «optimisation» mais dit-il, il s'agit-là d'une aberration «qui défie le bon sens» et lorsqu'on gratte un peu, on trouve des exemples de ces conséquences dans des CLSC entre autres et que ça ne ferait que commencer.

«À l'agence de santé, on reconnaît que 90 % des employés ont des postes permanents, rappelle-t-il. Il ne peut y avoir de compressions budgétaires possibles (même si l'agence disparaît). Les gens l'oublient souvent, il y a la sécurité de l'emploi dans le réseau de la santé. Donc, au moment d'une restructuration, ce sont ceux et celles qui n'ont pas de postes permanents, comme les cadres ou les employés qui donnent des services directs à la population qui sont visés.»

Une des plus grandes inquiétudes de Renaud Beaudry par rapport à ce qui s'annonce, est l'importance qu'on donnera ou non aux services aux personnes âgées. «Le Québec est la province la plus en retard du Canada par rapport à la qualité et l'importance de ses services de maintien à domicile. Le projet de l'ex-ministre Hébert (assurance autonomie) devait combler ce retard. Mais il a été abandonné.»

À ce sujet, il ne fait aucun doute pour M. Beaudry que les budgets dits sociaux risquent d'être pompés par la mission hospitalière. «Les services publics sociaux ont peur, on l'a vu avec la récente sortie des centres jeunesse, et j'ajouterais que les services sociaux communautaires ont également peur d'écoper, même si on comprend que la gestion de l'enveloppe communautaire restera régionale car elle se fera par une instance qui gérera tous les services à la population.»

Selon le porte-parole de la TROC, cette peur n'est pas exagérée et il en donne comme preuve le vocabulaire même du ministre Barrette qui parle toujours «de patients», «d'hôpital» et «de continuum de services» et non de services plus sociaux comme on en dispense dans les centres jeunesse, les centres de réadaptation, etc.

«On a un ministre issu du réseau de santé physique. C'est un médecin, c'est ce qu'il connaît. Ce n'est pas vrai qu'il est omniscient. Et de quelle façon le nouveau PDG du CISSS qui sera situé à Trois-Rivières, nommé par le ministre, avec un conseil entièrement nommé par le ministre, prendra-t-il en compte des besoins spécifiques locaux qui seraient à contre-courant des décisions et priorités ministérielles? C'est à peu près impossible!

Cette concentration de pouvoirs, on n'a pas vécu ça au Québec depuis 1970. Donc effectivement, tous les milieux ruraux doivent craindre l'aspiration qui s'en vient» de conclure M. Beaudry, rejoignant ainsi l'analyse de quelques présidents de conseil d'administration de CSSS dont celui du CSSS du Haut Saint-Maurice, Jacques Fraser.

Tout en reconnaissant qu'une réorganisation est nécessaire, ce dernier, ne peut s'empêcher de se demander comment un conseil d'administration situé à Trois-Rivières arrivera à saisir la réalité d'un secteur éloigné et isolé comme Parent.

«Nos enjeux sont de trois niveaux, explique-t-il: l'accessibilité des services, le maintien de la vitalisation d'un petit centre comme le nôtre (il prévient qu'on est proche de traverser la ligne) et la capacité de répondre aux besoins de la population. Est-ce que la nouvelle structure supra régionale va répondre à notre réalité? Je me pose moi-même la question. Comment allons-nous sortir de tout cela nous qui avons un établissement qui est quand même performant?»

Pour l'instant, M. Fraser a plus de questions que de réponses et prendra part lui aussi à une réunion des présidents de conseil d'administration et des directeurs généraux le 7 octobre prochain.

[Établissements publics : Compression d'optimisation Compression d'administration Total

Centre Jeunesse MCQ : 653 114 $ | 77 200 $ | 730 314 $

CSSS Haut Saint-Maurice : 253 363 $ | 71 403 $ | 324 767 $

CSSS de Maskinongé : 246 283 $ | 69 574 $ | 315 857 $

CSSS Vallée de la Batiscan : 210 298 $ | 64 671 $ | 274 969 $

CSSS Arthabaska-et-de-l'Érable : 1 183 665 $ | 301 198 $ | 1 484 862 $

CSSS de Drummond : 1 152 415 $ | 262 647 $ | 1 415 062 $

CSSS de l'Énergie : 1 322 376 $ | 275 121 $ | 1 597 497 $

CSSS de B.-Nicolet-Yamaska : 452 367 $ | 138 295 $ | 590 662 $

CSSS de Trois-Rivières : 2 623 795 $ | 503 064 $ | 3 126 859 $

CR Domrémy : 4976 $ | 12 185 $ | 17 162 $

CR InterVal : 176 820 $ | 28 694 $ | 205 514 $

CRDI TED : 593 827 $ | 61 148 $ | 654 976 $

8 873 300 $ | 1 865 200 $ | 10 738 500 $

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