Foire aux malheurs pour un couple aux prises avec la pyrrhotite

Victimes de la pyrrhotite deux fois, André Dupont... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Victimes de la pyrrhotite deux fois, André Dupont et Lyne Tardif se seraient bien passés du dégât d'eau qui s'ajoute à leur foire aux malheurs.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) S'il existe encore des personnes qui se demandent pourquoi le gouvernement du Québec et celui du Canada accordent des subventions aux victimes de la pyrrhotite, le cas de Lyne Tardif et de son conjoint, André Dupont, démontre que même avec de bons emplois, des victimes de la pyrrhotite peuvent être plongées dans des situations dont il serait impossible d'espérer sortir sans cette aide.

L'histoire d'André Dupont était parue dans les pages du Nouvelliste en 2012. C'était la première fois, en effet, qu'un propriétaire rapportait avoir de la pyrrhotite dans ses fondations coulées en 1998. Les quelque 1000 maisons contenant de la pyrrhotite, répertoriées dans la région, avaient toutes été construites entre 2004 et 2007.

Le résidant de la rue Montlieu avait découvert le drame qui se jouait dans les fondations de sa propriété lorsque sa conjointe et lui avaient décidé d'aller habiter dans plus petit et venaient d'acheter un jumelé sur la rue Papillon. C'est durant cette période que M. Dupont apprenait en plus qu'il changerait d'emploi puisque le gouvernement venait d'annoncer la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2 où il travaillait.

Avoir de la pyrrhotite dans sa maison, c'est déjà un drame. Être aux prises avec deux maisons qui ont de la pyrrhotite, c'est inhumain et voici que pour mettre la cerise sur le gâteau, le jumelé de la rue Papillon vient de subir un important dégât d'eau. La toilette du haut a débordé pendant plus de 24 heures jusque dans le sous-sol. Le couple vient d'apprendre que les assurances ne paieront pas puisque la maison n'est pas habitée.

«On dirait qu'on a un karma. On a toujours eu une belle vie et on dirait que ça s'acharne sur nous depuis 2012», raconte Mme Tardif, ébranlée. «Ça affecte la santé physique et psychologique», fait-elle valoir.

Le procès pour les causes de pyrrhotite impliquant la carrière Maskimo n'est pas encore commencé et touche des maisons construites avant 2004, incluant celle des Dupont-Tardif. Voyant qu'il faudrait attendre trop longtemps, le couple avait donc décidé de faire, à ses frais et avec l'aide des subventions gouvernementales, les travaux de sa maison de la rue Montlieu.

Il n'a finalement jamais quitté cette maison puisqu'il fallait aussi réparer le jumelé de la rue Papillon, sans quoi, il serait impossible de le vendre.

L'homme âgé qui habitait l'autre section du jumelé ne voulait pas faire les tests de pyrrhotite, encore moins les travaux. Le couple a donc dû attendre qu'il s'en aille en résidence pour amorcer enfin les travaux, avec l'accord de la fille de cet homme.

Les travaux ont été amorcés en octobre dernier et puisque les banques refusaient de payer, le couple a dû utiliser sa marge de crédit pour faire avancer les choses.

Il était impossible de faire annuler l'achat pour cause de vice caché, explique Mme Tardif, puisqu'il faut apparemment attendre la fin du procès sur la pyrrhotite, qui est présentement en appel, pour prouver légalement qu'il s'agit bien d'un vice caché, explique-t-elle.

Le couple avait dépensé 150 000 $ pour réparer sa maison de la rue Montlieu. Fort heureusement, une aide financière de 75 000 $ leur est parvenue. Il a dû aussi débourser 110 000 $ pour son jumelé de la rue Papillon, des travaux pour lesquels il va bénéficier d'une nouvelle aide financière de 75 000 $.

N'empêche que la perte nette totale se chiffre présentement à 110 000 $ pour les deux immeubles, montant que les deux victimes espèrent récupérer grâce aux deux procès.

Comme si ces épreuves n'étaient pas déjà assez éprouvantes, le dégât d'eau survenu récemment dans le jumelé de la rue Papillon va grossir leur dette déjà trop lourde.

Lundi dernier, «la compagnie d'assurances nous a dit qu'elle refusait de nous dédommager parce que nous n'habitons pas là», explique Mme Tardif. «Pourtant, on y va tous les jours à cause des travaux en cours», plaide-t-elle.

Des murs de gypse et un plancher de bois franc ont été lourdement endommagés par l'eau. «J'essaie d'avoir au moins le rapport d'évaluation des dommages», dit Mme Tardif. 

«Comment voulez-vous que j'habite les lieux quand je répare une maison et que je suis déjà propriétaire d'une autre maison?», questionne-t-elle. 

«Quand on a de la pyrrhotite, c'est normal qu'on n'occupe pas les lieux», plaide-t-elle, visiblement découragée par ce nouvel affront que lui fait la vie. 

Elle admet du même souffle ne pas avoir avisé sa compagnie d'assurances qu'il y avait des travaux en cours dans cette maison, ce qui n'aide pas sa cause, de toute évidence.

Tout laisse croire que quelqu'un a jeté quelque chose dans la cuvette qui a bloqué le tuyau de renvoi, croit-elle, occasionnant un débordement. 

«Quand on a passé le siphon, toute l'eau a été chassée. Qui a fait le dommage? Des ouvriers qui travaillaient dans la maison? Le couple ne le saura jamais.

Des cas de pyrrhotite remontant à 1995

Jusqu'à présent, tous les documents officiels indiquent que les granulats contenant de la pyrrhotite ont commencé à être utilisés en 1996. 

Or, Le Nouvelliste vient d'apprendre que des cas de pyrrhotite existent dans des maisons construites en 1995.

La Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite discutera de cette information cette semaine, indique le coordonnateur, Steeve Guy.

La maison du président de la Coalition, Alain Gélinas, contenait elle aussi de la pyrrhotite et sa construction remonte à 1995, mais en toute fin d'année, précise-t-il. «Nous allons devoir faire des vérifications», dit-il.

L'ancienne maison de Myrabelle Chicoine a été construite en juin 1995.

Elle compte un taux de pyrrhotite de 0,08 % et les concentrations varient dans son immeuble.

Elles sont de 0,07 % dans la dalle et de 0,35 % dans le plancher. 

Cette ancienne résidente de Trois-Rivières vient d'ailleurs de lancer un sondage dans l'espoir de regrouper tous les propriétaires de maisons dont le taux de pyrrhotite est inférieur à 0,23 %.

Incapables de trouver un acheteur depuis deux ans, elle et son conjoint sont aux prises avec deux hypothèques puisqu'ils ont déménagé à Québec depuis.

Mme Chicoine vient de démarrer la page Facebook intitulée Maison avec pyrrhotite dans le «zone grise» - moins de 0,23 %.

Elle invite tous les propriétaires (actuels ou passés) dans la même situation qu'elle à répondre à un court sondage afin de dresser un portrait de ces victimes en zone grise.

«Je veux caractériser notre groupe», dit-elle, notamment dans quelle fourchette se situent les taux de pyrrhotite et en quelle année les maisons ont été construites.

Éventuellement, ce portrait permettra de prendre des mesures légales appropriées afin de demander dédommagement puisque les maisons ayant moins de 0,23 % de pyrrhotite sont vendues à perte ou génèrent des pertes de jouissance pour leur propriétaire.




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