Au bord de l'effondrement

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La grande cheminée en pierre qui monte jusqu'en haut du deuxième étage, derrière Norm Kinlough, menace de tomber d'un moment à l'autre.

Sylvain Mayer

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Saint-Mathieu-du-Parc) Norm Kinlough possède une charmante propriété dans un coin tranquille et boisé de Saint-Mathieu-du-Parc. Malgré tout, sa paix d'esprit est rudement mise à l'épreuve depuis deux ans. Des spécialistes lui ont récemment conseillé de ne plus stationner son véhicule près de la grande cheminée en pierre qui monte jusqu'en haut du deuxième étage. Celle-ci menace en effet de tomber d'un moment à l'autre.

La base de la cheminée de même que les fondations de sa maison sont parcourues de fissures, certaines assez grandes pour y glisser les doigts. Le béton est tellement craqué de partout que la maison aussi menace de s'effondrer d'une journée à l'autre. «Les murs intérieurs ont commencé à craquer au deuxième», raconte le propriétaire.

Norm Kinlough demande depuis deux ans de l'aide financière gouvernementale pour la faire réparer avant qu'elle ne devienne une perte totale.

Il lui faut cette aide financière parce que les travaux vont lui coûter au bas mot 160 000 $ juste pour remplacer le béton. C'est au moins la moitié de la valeur du bâtiment qui va y passer, dit-il.

Mais voici que malgré l'annonce du 2 juin du député fédéral François-Philippe Champagne selon laquelle l'aide du fédéral a été enfin versée à Québec, la Société d'habitation du Québec n'a toujours pas débloqué les sommes.

«Ça fait deux ans qu'on l'attend», déplore le président de la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite, Alain Gélinas. «Ça fait un mois et demi que je me fais dire: Alain, en début de semaine prochaine, tu vas avoir des nouvelles», raconte-t-il, visiblement exaspéré.

Norm Kinlough peut mettre les doigts dans les... (Sylvain Mayer) - image 3.0

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Norm Kinlough peut mettre les doigts dans les fissures de ses fondations.

Sylvain Mayer

M. Gélinas comprend très bien la situation de Norm Kinlough, ayant été lui-même victime de la pyrrhotite il y a quelques années. Lorsque les fissures ont commencé à apparaître dans ses fondations, la destruction est survenue très rapidement. Les fissures se sont mises à se multiplier. «En avril, un coup de marteau laissait une marque sur le béton, mais au mois de juillet suivant, j'ai été capable de creuser un trou de trois pouces de diamètre et de près d'un pouce de profond dans mon béton juste avec mon doigt», raconte-t-il.

Norm Kinlough remarque d'ailleurs que de nouvelles craques sont apparues, depuis une semaine, sans doute l'oeuvre des pluies incessantes qui tombent sur la région depuis des jours.

Les cas de propriétaires qui doivent faire réparer d'urgence leur maison, il y en a assez présentement pour dépenser dès cette année la totalité des 30 millions $ promis sur trois ans par Ottawa, indique M. Gélinas.

Alors que le 2 juin dernier, le député fédéral annonçait aux médias que l'argent était transféré à Québec, la Coalition était justement en rencontre à Québec à la SHQ et se faisait dire que l'argent n'était pas transféré encore «et que c'était en train de se négocier», raconte M. Gélinas.

«C'est urgent», fulmine-t-il. «Il y a du monde qui partent du bureau de la Coalition en pleurant et qui ne savent plus quoi faire.»

«J'ai dit aux gens de la SHQ: on dirait que vous ne vous rendez pas compte de l'importance de ce dossier. Ça fait sept ans qu'on est là, qu'on chiale, qu'on veut avoir de l'argent et on dirait que pour vous autres, ça fait sept ans, donc il n'y a rien qui presse. Ça fait sept ans que la cloche sonne. On dirait qu'ils ne l'entendent plus», déplore-t-il.

Depuis toutes ces années, plaide M. Gélinas, les maisons ont continué à se détériorer.

Le président de la Coalition déplore qu'outre le député Plante, les gens du gouvernement du Québec ne se sont jamais déplacés pour voir la catastrophe par eux-mêmes. Alors que le premier ministre Trudeau a pris la peine de venir en Mauricie pour constater les dégâts, la Coalition n'arrive même pas à obtenir une simple rencontre avec le premier ministre Couillard. «Qu'il descende à Trois-Rivières. Qu'il vienne se rendre compte de l'urgence de tout ça», dit Alain Gélinas.

Le président de la CAVP estime que le gouvernement provincial, sachant qu'il recevrait les 30 millions $ promis du fédéral, aurait pu avancer l'argent aux victimes ce printemps, en attendant, question d'accélérer les réparations. «À ce que je sache, le gouvernement fédéral est solvable», plaide le président de la CAVP sur un ton ironique.

«Il y a du monde qui sont en danger. Attendez-vous que les maisons s'écroulent parce que leurs fondations ne sont plus capables de les supporter?», questionne M. Gélinas.

La Coalition n'entend pas relâcher la pression afin d'obtenir aussi de l'aide de Québec, mais elle craint que les vacances d'été ne viennent retarder encore plus le dossier.

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