Pyrrhotite: une maison bâtie sur du papier mâché

Un seul petit coup de pelle mécanique et... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Un seul petit coup de pelle mécanique et la moitié du travail était fait tant le béton était friable. Le propriétaire, Roger Simard, n'en revient pas de voir les dégâts de la pyrrhotite.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Saint-Boniface) La pelle mécanique était chez Roger Simard, à Saint-Boniface, lundi matin, pour démolir les fondations de sa maison de rêve.

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La maison de rêve de Roger Simard a été soulevée et déplacée le temps de refaire de nouvelles fondations. 

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

L'homme de 60 ans, qui comptait prendre sa retraite dans cinq ans, a jeté un dernier regard sur les murs de béton fissurés et bombés vers l'intérieur, prêts à céder à tout moment. Puis, d'une simple poussée du pied, il a réussi à en faire tomber de bons morceaux. La pelle mécanique a fait le reste avec une facilité déconcertante. On aurait dit des fondations en papier mâché. 

Le propriétaire a ramassé ensuite au hasard un débris de ce qui était jadis son sous-sol et l'a séparé à mains nues comme un vulgaire morceau de pain sec. Puis il l'a cogné un peu sur quelque chose de dur. Le morceau s'est transformé en un amas de poussière et de gravier.

C'est un des pires cas de pyrrhotite de la région. Pour une raison inexplicable, même les cloisons de béton intérieures, qui n'ont pourtant jamais été soumises à l'action de la pluie et du cycle gel-dégel, se sont fissurées autant que les murs porteurs extérieurs au point où les portes du sous-sol n'ouvraient plus.

Craignant de perdre toute la portion supérieure de sa magnifique demeure, Roger Simard n'a eu d'autre choix que de faire venir d'urgence des spécialistes pour enlever cette pourriture.

«On ne pouvait plus attendre», dit-il. «C'était une question de sécurité et on ne voulait pas perdre notre maison.»

C'était la résidence dont le couple Simard rêvait depuis toujours. Ils avaient vendu leur chalet et leur maison à Trois-Rivières pour se faire construire cette demeure à flanc de colline, en 2006, dans un secteur très boisé de Saint-Boniface, là où ils voulaient se sentir en pleine nature, mais pas trop loin de la ville.

Le coût des réparations se chiffrera à 125 000 $.

«J'ai 60 ans et j'ai l'impression de retomber à 20 ans quand on se prend une hypothèque et qu'on commence. J'ai été obligé de prendre une nouvelle hypothèque», dit-il. La retraite devra attendre encore un bon bout de temps.

Pour mettre la cerise sur le gâteau, le couple doit maintenant vivre dans ce qui était la cafétéria de son entreprise, sur le boulevard Trudel Ouest. Les Simard y ont un lit, un four, un frigo, mais pas ce qu'il faut pour installer laveuse et sécheuse. «On lave à la main et on étend dans le garage», dit-il en riant jaune.

Ce propriétaire était sur la liste d'attente depuis deux ans pour avoir de l'aide financière qui n'est jamais venue. «Ça presse que les subventions sortent», dit-il en serrant les dents.

Ce printemps, l'état du béton posait tellement de risques que M. Simard ne pouvait même plus attendre l'aide annoncée par Ottawa dernièrement. Il espère que pour des cas comme le sien, l'aide financière pourra arriver de manière rétroactive.

«C'était devenu une question de sécurité», constate l'attaché politique du député Marc H. Plante, Guillaume Normandin. «On va faire le maximum pour qu'il reçoive de l'aide», dit-il.

La période pour octroyer des contrats et amorcer les travaux de levage des maisons est commencé dans la région. Malheureusement, selon les plus récentes informations, il faudra attendre la mi-mai, peut-être juin, pour voir la couleur de l'aide financière fédérale, indique M. Normandin, puisque ce n'est qu'à ce moment-là qu'Ottawa amorcera ses études de crédits.

Le montant de l'aide pour chacune des victimes qui bénéficiera d'une part des 30 millions $ est toujours de 75 000 $, toutefois.

La Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite est supposée rencontrer prochainement la Société d'habitation du Québec pour discuter justement de cette nouvelle aide d'Ottawa qui s'en vient. La CAVP entend bien talonner Québec pour en obtenir davantage pour les victimes.

«Je suis tanné de me faire dire par les représentants du Québec qu'ils travaillent fort. Je leur ai demandé sur quoi ils travaillent fort comme ça. On est tanné. Il y a des surplus (dans le budget), mais rien n'est prévu pour la pyrrhotite», déplore le président de la CAVP, Alain Gélinas.

«Il serait temps, après deux ans, que ça aboutisse du côté provincial», croit-il, en rappelant qu'une somme de 45 millions $ avait été promise.

La Coalition entend profiter de sa rencontre avec la SHQ pour demander de faire abaisser le taux de pyrrhotite à partir duquel une maison peut recevoir de l'aide. Actuellement, le seuil est de 0,3 ou plus. «On veut essayer de le faire baisser à 0,23», dit-il, soit le chiffre mentionné dans le jugement du juge Michel Richard de la cour supérieure.

Alain Gélinas, rappelle que le coût des réparations a fait un bond majeur depuis quelques années. «La Coalition se demande s'il faudrait réviser le montant d'aide financière à la hausse ou s'arranger pour faire baisser les prix», dit-il.

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