Pyrrhotite: la Coalition ignorait que l'aide était définitive

Jonathan Guilbert attendait l'aide financière depuis deux ans.... (Sylvain Mayer)

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Jonathan Guilbert attendait l'aide financière depuis deux ans.

Sylvain Mayer

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est avec stupeur et déception que la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite (CAVP) a appris, peu après le dépôt du budget fédéral, que l'aide de 30 millions $ accordée par le gouvernement de Justin Trudeau sera définitive et qu'aucune autre somme ne sera mise dans ce dossier.

Le président de la CAVP, Alain Gélinas, indique qu'il essaie de joindre le député fédéral François-Philippe Champagne depuis le 12 février sans y parvenir. «Je lui laisse des messages et il ne rappelle jamais. Il a dit dans les médias qu'il parlait avec les gens de la Coalition toutes les semaines. Ce n'est pas vrai du tout», affirme le président de la CAVP.

Le président et son équipe ont donc sursauté en apprenant que l'aide d'Ottawa ne serait pas renouvelée. «J'aurais aimé ça être au courant», déplore Alain Gélinas.

Le président de la CAVP était resté sur l'impression qu'Ottawa, en versant un montant de 30 millions $ faisait preuve d'une ouverture pour régler cette crise de la pyrrhotite une fois pour toutes, ce qui ne semble pas être le cas, finalement.

«Je pensais que c'était une ouverture, un premier pas du fédéral puisque les autres n'ont jamais rien fait. C'est pour cela que je félicitais M. Champagne», explique M. Gélinas. «Je pensais qu'il ne retournait pas mes appels parce qu'il travaillait sur le dossier. Effectivement, il est arrivé avec 30 millions $. On est toujours content quand même de ces 30 millions $, mais on est grandement déçu de la tournure que ça prend. M. Champagne a dit qu'il avait répondu à la demande du provincial et on apprend que si le gouvernement provincial voulait avoir plus, il aurait fallu qu'il demande plus», déplore M. Gélinas.

Le président de la Table interministérielle sur la pyrrhotite, Marc H. Plante, assure que Québec n'avait pas du tout chiffré sa demande à Ottawa.

Alors que le fédéral vient de fermer la porte à d'autre aide financière dans le dossier, M. Plante assure que ce n'est pas la même chose du côté provincial et que si le gouvernement ne travaillait pas pour trouver d'autre aide, il ferait comme Ottawa et le dirait ouvertement. «On travaille très fort là-dessus», promet-il.

Le président de la CAVP s'attend maintenant à un minimum à 30 millions $ de la part de Québec.

Jonathan Guilbert de Trois-Rivières compte parmi les victimes qui craignent de ne pas obtenir d'aide financière gouvernementale parce qu'il manque d'argent.

Propriétaire d'un jumelé depuis 2009, le jeune homme et sa conjointe, Patsy Carter, ont voulu vendre leur jumelé, en 2013, pour s'agrandir. C'est là qu'ils apprennent que la maison de 18 ans qu'ils avaient achetée de leur oncle compte un très haut taux de pyrrhotite. «Elle n'est pas vendable», dit-il. «On commence à faire notre deuil. Il va falloir être patient.»

La voisine du jumelé a longtemps refusé de faire faire les travaux, ajoutant au stress de la situation. Les propriétaires ont fini par s'entendre entre eux et sont prêts à passer à l'action.

Leur oncle est lui aussi sous le choc. Il vient de prendre sa retraite. Le jeune couple se voit contraint de le poursuivre et il doit à son tour poursuivre le constructeur.

Pour ces jeunes parents de deux enfants, les 75 000 $ d'aide financière gouvernementale représentent toute la différence. «On est évalué à 180 000 $ et on parle de 150 000 $ pour réparer notre jumelé», précise M. Guilbert.

Il se demande dans quel ordre de priorité se situe son dossier à la Ville présentement puisque ça fait deux ans que sa demande d'aide est placée.

Le responsable des com-munications à la Ville de Trois-Rivières, Yvan Toutant, indique que les gens seront servis «dans l'ordre du dépôt des soumissions des travaux. Le premier arrivé sera le premier servi», dit-il, sauf pour les cas où la sécurité des occupants est en danger. Il faudra toutefois soumettre une expertise d'ingénieur pour le prouver, précise-t-il.

M. Guilbert a observé le comportement des gouvernements, dans ce dossier. «Justin Trudeau a tenu parole», constate-t-il. «Mais c'est des games de violons qu'ils font, les politiciens. Une chance que la Coalition est là. C'est totalement du ressort des gouvernements d'aider les victimes», estime-t-il. «Sans vouloir minimiser d'autres cas, ils aident des gens qui sont inondés à chaque année, même s'ils sont dans une zone inondable, parce qu'ils ne sont pas assurables», illustre-t-il.

Le couple Guilbert avait acheté un humble jumelé pour «partir tranquillement» et graduellement investir ailleurs sans s'égorger financièrement. Son rêve est en train de fissurer de toutes parts.

Tant du côté de M. Guilbert que de la Coalition, on se demande pourquoi les gouvernements ne veulent pas mettre un point final à la crise. Après tout, cet argent leur sera remboursé après les procédures judiciaires, font-ils valoir.

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