Un destin financier cruel pour les victimes de la pyrrhotite

Le professeur Jason Luckerhoff est lui même victime... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le professeur Jason Luckerhoff est lui même victime de la pyrrhotite.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «La détresse des victimes de la pyrrhotite est plus grande que je le pensais», raconte Jason Luckerhoff.

Ce professeur du département des lettres et communication sociale de l'Université du Québec à Trois-Rivières a récemment reçu les résultats préliminaires d'un mémoire de maîtrise d'une de ses étudiantes, Saray Moreira Urra, sur le vécu psychosocial de ces sinistrés. Il s'agit, précise le chercheur, d'un «travail rigoureux d'analyse de données qui requiert de parler à tous les intervenants.» Ce travail, dit-il, est apolitique et non partisan.

Ces résultats, qu'il a partagés avec Le Nouvelliste, révèlent un portrait encore plus sombre et infiniment plus triste qu'on l'aurait cru à propos du sort qui est réservé aux victimes de ce vaste drame régional.

On a vu beaucoup circuler dans les médias, au cours des dernières années, l'histoire des victimes qui étaient couvertes par une garantie de maison neuve ou qui avaient obtenu assez d'aide, avec le soutien de 75 000 $ de Québec, pour se sortir du pétrin sans tout perdre.

Ce que la recherche universitaire en cours est aussi en train de mettre en lumière, c'est le sort des sinistrés de la pyrrhotite qui n'ont pas ces privilèges.

Lorsque le programme d'aide provincial de 75 000 $ a été lancé, en 2011, il en coûtait environ 100 000 $ pour remplacer des fondations, raconte le professeur Luckerhoff qui est lui même victime de la pyrrhotite.

Aujourd'hui, dit-il, le coût moyen de la réparation a grimpé à 185 000 $. Ceux qui ont la chance d'obtenir l'aide de 75 000 $ se retrouvent donc avec des travaux de 110 000 $ à financer, à part l'hypothèque qu'ils ont déjà à payer.

Après avoir discuté avec de nombreuses victimes dans cette situation, le professeur Luckerhoff indique que «la seule possibilité qu'ils ont, c'est de négocier une marge de crédit à 7 %, 8 % ou 9 % sur laquelle ils mettent ces 110 000 $», raconte-t-il. «J'ai vu des personnes liquider ce qu'elles avaient prévu pour leur retraite pour se débarrasser de la maison en se disant qu'elles aimaient mieux être pauvres que de vivre tout ça», raconte le chercheur qui a constaté une détresse particulièrement grande chez les victimes plus âgées.

«J'ai parlé à des retraités qui ne se voyaient même pas passer à travers les différentes étapes, donc ils ont vendu leur maison de 200 000 $, 250 000 $ pour à peine 50 000 $ ou 60 000 $», raconte le professeur Luckerhoff.

Et ceux qui croient que ces gens n'ont qu'à redonner les clefs à la banque, il semble que les choses ne soient pas aussi simples. «Les banques se sont prémunies contre ça», a constaté le professeur Luckerhoff.

«Les banques refusent de reprendre les maisons. On ne peut pas, sans faire de faillite complète, redonner la maison à la banque. Elle va exiger que la personne fasse faillite et il y a même des cas où elle s'organise pour que les premières étapes de la faillite ne concernent pas la maison», raconte-t-il.

«La faillite, ça ne veut pas dire qu'on ne paie rien du tout, d'ailleurs. Il y a un arrangement qui est fait et les gens ont à payer au Syndic de faillite un montant par mois pendant un certain temps après», indique le professeur Luckerhoff.

Les victimes sont encore plus fragiles lorsque le budget familial était déjà très serré ou lorsqu'un des deux propriétaires perd son emploi alors que les paiements de l'hypothèque étaient prévus avec deux salaires. «Chez ceux qui ont un commerce à la maison, alors là, tout s'entremêle», expose le chercheur.

D'autre part, «tous ceux qui ont de jeunes enfants sont unanimes, peu importe leur profession, à l'effet que c'est pire encore que la question financière», dit-il.

Par exemple, les tout-petits ne peuvent plus faire la sieste à la maison. Ça fait trop de bruit. Les gens qui n'ont pas de parents proches doivent se loger à l'hôtel sans en avoir les moyens pendant que le ciment est cassé parce que le bruit fait peur aux enfants», raconte-t-il.

Pour les jeunes parents et les travailleurs s'ajoute le phénomène du temps qui manque cruellement parce que la vie continue même si les réparations imposent des démarches qui n'en finissent plus.

Pour ceux qui ne sont pas sous garantie, se sortir de la pyrrhotite, c'est s'embarquer dans un processus mangeur de temps et d'énergie qui durera entre 2 et 4 ans, a constaté le chercheur.

Tout est pire quand, en plus de cette misère, la vie des victimes apporte aussi son lot de problèmes comme le divorce ou la maladie.

Beaucoup de victimes, constate l'étude, tombent dans un endettement extrême pour faire réparer leur demeure en priant pour que les tribunaux leur rendent un jour leurs économies d'une vie.

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