Pyrrhotite: des victimes au bord du gouffre

La pyrrhotite a acculé Sonia Roberge à la... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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La pyrrhotite a acculé Sonia Roberge à la faillite.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Emploi stable depuis 20 ans, cote de crédit R1, aucun défaut de paiement. Malgré tout, Sonia Roberge a dû se résigner à faire une faillite personnelle, le 6 mai, avec toutes les graves conséquences que cela implique. «Euh... Moi? Jamais de la vie», a-t-elle toujours pensé, ayant été très responsable de ses finances personnelles.

Sonia Roberge est maintenant en arrêt de travail. C'est son médecin qui a pris cette décision en voyant dans quel état elle se trouvait. Le diagnostic: épuisement total. «J'ai un diagnostic de dépression, ce que je ne pensais jamais avoir», dit-elle. «Je n'ai jamais été déprimée dans le passé.»

«J'avais des absences, des oublis au point où j'avais peur d'entrer à contre-sens sur l'autoroute», raconte-t-elle.

Tout ce qu'elle arrive à faire, tranquillement, ce sont ses boîtes. Elle déménage en effet dans trois semaines dans un appartement.

Les maisons, pour elle, c'est fini parce que c'est sa maison, en effet, qui vient de détruire sa vie.

Mme Roberge a récemment appris que les fondations de sa résidence contiennent un haut taux de pyrrhotite.

Quelque temps avant cette nouvelle désastreuse, elle s'était séparée de son conjoint. Elle avait racheté sa part de l'hypothèque afin de pouvoir garder la maison, question de ne pas trop bouleverser le quotidien de ses jeunes enfants dont elle a maintenant la responsabilité seule.

Le budget familial s'en est trouvé extrêmement serré, ne laissant désormais aucune marge de manoeuvre pour les imprévus.

Il valait donc mieux vendre et se loger dans plus petit, raconte-t-elle. «Mais quand on vend, il faut montrer pattes blanches. J'ai donc dû faire faire un test de pyrrhotite», explique-t-elle.

Le verdict lui arrive alors dessus comme un tsunami. Il faut démolir les fondations et les reconstruire. Comme des milliers d'autres victimes en Mauricie, Mme Roberge n'a tout simplement pas les moyens. «Avec le garage, c'est autour de 105 000 $. Même avec l'aide du gouvernement de 75 000 $, la différence que j'avais à payer, je ne pouvais même pas la mettre sur mon hypothèque», explique-t-elle. «C'était trop. J'aurais payé une maison que je ne pouvais plus assumer de toute façon. J'étais déjà au bout de mon amortissement», ajoute-t-elle. «Il y a une limite à l'endettement.»

«J'en rêve la nuit. Je rêve aux créanciers qui viennent ici pour me dire: "Vous n'avez pas payé votre maison"», confie-t-elle.

«Il a fallu volontairement que je me mette en défaut de paiements. Je recevais des lettres chaque semaine, des téléphones, des courriels, des appels, visites de huissiers avec des ordres de paiement.»

«Ça va à l'encontre de mes valeurs. J'ai toujours été responsable», fait-elle valoir, mais il lui fallait suivre les conseils du Syndic de faillite.

«Depuis mercredi, je suis protégée contre mes créanciers. Je n'aurai plus d'appels. C'est fini», dit-elle.

«Mais le bout où il ne fallait pas que je réponde aux téléphones et aux courriels, ça a été insoutenable. C'est comme une claque à chaque fois, parce que je ne suis pas une fille comme ça», plaide-t-elle. «Ça a pris toute la place dans ma tête.»

Selon Mme Roberge, la banque va vendre la maison à perte. «Elle valait 199 000 $. Actuellement, elle vaut 26 000 $ sur le compte de taxes, terrain inclus», précise-t-elle.

Sonia Roberge sait que la faillite personnelle est vue comme une honte dans la société. «Même ma famille m'a dit de ne pas en parler. Sauf que ce n'est pas de ma faute. Je n'ai pas été délinquante ou irresponsable», rappelle-t-elle.

Mme Roberge aurait souhaité que des services psychologiques du CSSS viennent la rencontrer sans qu'elle n'ait eu à le demander «parce qu'on ne sait plus où donner de la tête. En tant que victime de la pyrrhotite, avoir un téléphone, juste m'offrir quelque chose, ça aurait été bien».

Mme Roberge assure qu'elle participera à la marche du 30 mai. «Si je n'avais pas eu de pyrrhotite, je n'aurais jamais fait faillite», réitère-t-elle. «J'aurais vendu ma maison.»

Si le gouvernement fédéral avait donné un appui financier équivalent à celui du gouvernement du Québec aux victimes, Mme Roberge assure qu'elle n'aurait jamais eu à traverser cette dure épreuve.

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