Pyrrhotite: une autre guerre d'experts en vue

Très mauvaise nouvelle pour des propriétaires qui s'attendaient... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Très mauvaise nouvelle pour des propriétaires qui s'attendaient à faire réparer leur maison cet été...

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les propriétaires de 94 de 149 maisons contenant de la pyrrhotite qui devaient être réparées dans la région, cet été, ont été avisés par leur avocat, Me Pierre Soucy, que s'ils exécutent les travaux comme prévu, ce sera à leurs risques et périls.

C'est que le 20 avril dernier, des experts oeuvrant pour plusieurs entrepreneurs et pour la Carrière B & B ont signé un document selon lequel la réparation de ces maisons est tout simplement injustifiée. Ils entendent plaider leurs arguments devant la cour d'appel.

Les propriétaires de ces maisons sont en effet enregistrés dans la seconde vague de recours intentés dans le dossier de la pyrrhotite.

Les experts en question, Jacques Marchand, Frédéric Gagnon, Marc-André Bérubé, Bruno Pelletier et Charles Tremblay, des firmes Simco, M.A. Bérubé ing. Expert conseil, LEQ et CEP Ingénierie légale, la plupart ayant déjà témoigné au procès sur la pyrrhotite, évoquent plusieurs raisons pour prendre cette position.

L'une d'elles veut que la recommandation des laboratoires mandatés par les demandeurs de reconstruire les fondations «est uniquement motivée par le fait que la teneur volumique en pyrrhotite du granulat retrouvé dans le béton est supérieure à 0,23 %.» Or, ces experts sont d'avis que ce pourcentage, déterminé par le juge Michel Richard dans son jugement sur la pyrrhotite rendu en juin dernier, «ne repose sur aucun fondement scientifique.»

Me Soucy rappelle que la conclusion du juge était pourtant basée sur l'opinion des experts qui ont témoigné durant ce procès et que tous ces experts avaient écrit leur opinion. «Certains experts ont même émis une opinion écrite, dans le premier procès, qu'en haut de 0,20 %, c'est une question de temps avant que ça réagisse», rappelle-t-il, «À moins qu'il y ait eu des revirements scientifiques majeurs, ce qui ne semble pas être le cas, je pense que les opinions qu'ils ont émises dans le passé continuent d'être très pertinentes», fait-il valoir.

De plus, les experts indiquent que les bâtiments qui ont eu un avis de réparation pour 2015 ont un âge moyen de onze ans et sont toujours en bon état «alors que les 675 résidences considérées lors du procès de la vague 1 avaient un âge moyen inférieur à sept ans.»

Les experts en question critiquent aussi les techniques utilisées par les laboratoires des demandeurs pour évaluer la teneur en pyrrhotite et estiment que certaines méthodes employées par ces laboratoires pour évaluer la teneur en soufre sont même inconnues.

Les rapports pour certaines de ces maisons, ajoutent-ils, ne sont même pas disponibles.

Ce groupe d'experts estime que dans les circonstances, «il n'existe aucune raison technique qui justifie de procéder prochainement au remplacement des fondations.» Leur document, dont Le Nouvelliste a obtenu copie en exclusivité, ajoute qu'il vaut mieux placer ces résidences sous observation.

«Dans la mesure où ils sont si sûrs que ça ne réagira pas, qu'ils nous le confirment par écrit», fait valoir Me Soucy. «On ne prendra pas des recours pour le fun», dit-il. «Pour l'instant, personne n'est capable d'écrire ça», plaide-t-il.

Me Soucy rappelle que cette cause est devant le tribunal d'appel et que la partie défenderesse conteste toujours sa condamnation, comme elle l'a fait en première instance, de payer pour les bâtiments qui, malgré un taux élevé de pyrrhotite, ne présentaient pas encore de dommages. Cette prétention demeure en cour d'appel, explique-t-il.

«Le tribunal va être confronté à déterminer qui a raison. Ça va être une bataille d'experts», prévoit Me Soucy. «Il faut que le juge soit convaincu, selon la balance des probabilités, qu'il va y en avoir, des dommages, même s'il n'y a en a pas», résume-t-il.

La Coalition des victimes de la pyrrhotite estime que cette situation est très grave parce que tous les propriétaires s'étaient fait dire qu'avec ou sans fissures, à 0,23 % de pyrrhotite, ils pouvaient exiger de se faire réparer.

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