Pyrrhotite: les secours ont besoin... de secours

Le coordonateur de la Coalition des victimes de... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

Agrandir

Le coordonateur de la Coalition des victimes de la pyrrhotite, Steeve Guy, et son président, Yvon Boivin, sont d'avis qu'il faudrait du soutien psychologique pour aider les propriétaires de maison en détresse psychosociale.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite a eu beau ajouter une ressource de plus, récemment, pour aider son coordonnateur, ce dernier ne cache pas qu'il est maintenant épuisé.

Pour aider convenablement les victimes, Steeve Guy apporte du travail chez lui le soir et les week-ends. Il a même donné 20 heures de travail durant une semaine de vacances qu'il a prise l'automne dernier.

Si ce n'était que cela, dit-il. Ce qui l'affecte principalement n'est pas tant les heures supplémentaires, mais l'aide psychologique qu'il doit fournir bien malgré lui, par compassion, aux victimes en crise qu'il rencontre chaque jour. Se refusant de les laisser à elles-mêmes, M. Guy a même jugé nécessaire, dans bien des cas, de leur laisser son numéro de téléphone où elles peuvent l'appeler jour et nuit en cas de besoin.

Le travail de Steeve Guy auprès des victimes de la pyrrhotite, dans les faits, devrait consister simplement à leur apporter un soutien technique face aux travaux à faire à leur propriété.

Toutefois, «de fil en aiguille, quand on identifie ce qui a été mal fait ou les problèmes, les gens deviennent émotifs et là, on s'éloigne de la raison pour laquelle je suis là», explique-t-il.

Une étudiante en communication sociale de l'UQTR a récemment annoncé qu'elle ferait une étude sur la détresse psycho-sociale des victimes de la pyrrhotite. Steeve Guy recevra d'autre part de l'aide d'une autre étudiante en psychologie. «J'ai demandé à consulter cette étudiante une fois par semaine. J'ai besoin de ventiler et de décompresser», confie-t-il.

C'est qu'avec les victimes, «je travaille beaucoup plus sur l'aspect psychologique que sur l'aspect technique», raconte-t-il, en précisant qu'il n'a aucun outil ni formation pour faire cela.

Juste avant les Fêtes, par exemple, un propriétaire avec qui il était en entrevue concernant des travaux «est devenu hors de lui. Il n'est plus capable. Il lance ses souliers. Il se met à pleurer. Il se met à crier. Il dit: ''Je ne suis plus capable. On n'a pas de soutien; on n'a pas d'aide; on a les mains liées tout le temps''. Moi, je suis là, je le laisse parler parce que je sais qu'il a besoin de ça. Je ne peux pas lui dire que ce n'est pas mon domaine. Quand le client est en crise comme ça, je fais quoi? Je ne suis pas outillé. Je n'ai pas la formation», plaide Steeve Guy.

Le coordonnateur de la Coalition des victimes de la pyrrhotite ne s'en cache pas: «Ça génère de l'anxiété chez moi aussi. Je veux être certain de dire les bons mots. Je veux être certain que cette personne-là ne pose pas de mauvais gestes. S'il est en colère contre un entrepreneur, est-ce que ça peut aller jusqu'aux voies de fait? Va-t-il poser une action pour mettre fin à ses jours? On a vu des gens qui l'on fait», rappelle-t-il.

«Je n'ai pas la formation, mais je suis humain. Je ne suis pas capable de laisser les personnes comme ça, en état de panique. Une personne qui prendrait la route dans cet état, comment va-t-elle réagir?», plaide-t-il.

«Il y a des personnes âgées qui pleurent au bout de la table parce qu'elles ne savent plus quoi faire, parce que c'est trop compliqué», dit-il.

Steeve Guy croit qu'on ne peut tout simplement pas dire à une victime en crise qu'elle doit appeler au CSSS. Au moment où ça se passe, «ce n'est pas ça qu'elle veut», assure-t-il.

Le président de la Coalition des victimes de la pyrrhotite, Yvon Boivin, se dit extrêmement préoccupé et craint de perdre un employé très précieux pour la Coalition. Voilà quatre ans que la Coalition des victimes de la pyrrhotite demande de l'aide psycho-sociale pour les victimes auprès de la Direction de la santé publique et du CSSS sans y parvenir.

Le problème, explique Steeve Guy, c'est que ce sont les victimes qui doivent téléphoner au CSSS pour avoir de l'aide alors que dans les faits, il faudrait que la Santé publique aille sur le terrain pour désamorcer les situations de crise afin que la Coalition puisse faire son travail. «Parce qu'on n'a pas de soutien, je finis par perdre des plumes, dans cette histoire-là», confie-t-il.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer