La pyrrhotite s'invite deux fois dans leur maison

Jacques Rainville s'est résolu à vendre sa résidence... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Jacques Rainville s'est résolu à vendre sa résidence au quart de sa valeur.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Reconstruire les fondations de la maison à cause de la pyrrhotite puis se retrouver avec de la pyrrhotite une deuxième fois malgré toutes les précautions prises, c'est déjà un cauchemar. Mais il y a pire, semble-t-il et c'est de devoir en plus vendre sa maison à perte parce qu'on n'a plus la force de recommencer.

Jacques Rainville et son épouse, Michèle Marchand, de Trois-Rivières, ne pensaient jamais en arriver là.

En 1998, le couple s'était dit qu'il valait mieux aller vivre dans moins grand, la retraite ayant sonné. Il se fait alors construire, cette année-là, une maison plus adaptée à ses besoins.

Mais en 2003, M. Rainville et son épouse constatent avec consternation qu'il y a des infiltrations d'eau dans le sous-sol et que les fourmis se sont invitées chez eux. Puis, une fissure apparaît à l'extérieur.

Malgré l'installation d'une membrane pour protéger le solage, rien n'y fait. Le carottage, qui leur coûte 3000 $, révèle qu'il y a de la pyrrhotite dans le béton et qu'il faut démolir et reconstruire les fondations, raconte M. Rainville qui est ainsi devenu l'une des victimes de la toute première vague de pyrrhotite en Mauricie.

Leur drame semble vouloir se régler en 2005 à la suite d'une entente hors cour. «Avant de faire refaire les fondations», raconte M. Rainville, «j'ai exigé des preuves que le nouveau béton ne poserait pas problème.»

On lui fournit alors une étude réalisée en 2003 par Terratech, une filiale de SNC-Lavalin, cette firme qui sera condamnée environ 10 ans plus tard (en 2014) par la Cour supérieure pour avoir autorisé la présence de pyrrhotite dans la fabrication du béton.

Sur le document remis à Jacques Rainville, en 2005, la conclusion de Terratech est sans équivoque: «Nous somme d'avis que la pierre concassée provenant de la Carrière B & B de Saint-Boniface représente un bon granulat à béton et qu'il peut être utilisé sans risque de développement de réaction délétère.»

C'est donc fort de cette étude géologique que M. Rainville entreprend avec confiance la reconstruction de ses fondations. Son épouse passera deux mois chez sa soeur pour éviter les désagréments des travaux. «Moi, je suis resté à la maison et j'allais la voir tous les week-ends comme au temps où je la courtisais», raconte M. Rainville avec humour.

En fait, le retraité prend alors la chose avec une dose impressionnante de philosophie. «J'aime bien voir les gens travailler manuellement», dit-il. Les voisins venaient jaser. La routine était brisée. Bref, le drame ne lui semblait pas si terrible après tout.

Les fondations réparées, la maison remise en état, M. Rainville se trouve un nouveau passe-temps, la culture des vivaces dont il enjolive tout le terrain à l'arrière de sa propriété.

En 2011, alors que les Rainville profitent du beau temps dans la balançoire, quelque chose de familier, d'extrêmement familier même, leur saute soudain aux yeux. Mais le déni s'empare rapidement d'eux. «On a compris chacun de notre bord de quoi il s'agissait, mais aucun des deux n'osait le mentionner à l'autre», se souvient M. Rainville.

Les fissures caractéristiques de l'éclatement du béton causé par la pyrrhotite sont de retour, mises en valeur par l'éclairage extérieur.

Tout est à recommencer

Lorsque leurs pires craintes sont confirmées par de nouvelles analyses, cet ancien professeur de mathématiques décide de calculer et d'analyser ses options. Vendre le haut et démolir le bas? Vendre à perte? Reconstruire? «On ne voulait vraiment pas recommencer», confie-t-il. «On avait 10 ans de plus que la dernière fois», fait-il valoir.

Le pire, pour M. Rainville, c'était l'idée que son magnifique jardin de vivaces allait être détruit.

Comme il le dit si bien: «Il faut accepter les choses qu'on ne peut pas changer.»

«Ça a pris un certain temps, mais on a trouvé un acheteur et on a finalement vendu tel que vu», dit-il.

Jacques Rainville s'amuse à dire qu'il a pu vendre sa maison «en haut du prix de l'évaluation.» Il s'empresse toutefois de préciser qu'à cause de la pyrrhotite, sa belle maison dans un écrin de vivaces n'était évaluée qu'à 32 000 $. Lors de la vente, il n'a finalement retiré que le quart du prix qu'elle aurait valu sans pyrrhotite.

M. Rainville estime qu'un jour, il récupérera peut-être le montant perdu lorsque les procédures judiciaires contre SNC-Lavalin seront terminées. «Mais au rythme où vont les choses, ce sont mes héritiers qui récupéreront cet argent», analyse-t-il.

Les Rainville ne vivront plus jamais de problème de maison. Ils habitent maintenant dans un appartement où ils savourent une quiétude bien méritée.

Selon les statistiques recueillies par la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite, environ une demi-douzaine de personnes de la région ont confirmé avoir vendu leur maison à rabais à cause de la Pyrrhotite ou entendent le faire. Environ 35% des propriétaires victimes désirent vendre après les travaux pour des raisons comme une séparation, un décès, un départ pour une résidence pour personnes âgées, un transfert d'emploi, un écoeurement face à la pyrrhotite ou simplement un budget à sec.

Peu de gens vendent à rabais

Selon les statistiques recueillies par la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite, environ une demi-douzaine de personnes de la région ont confirmé avoir vendu leur maison à rabais à cause de la pyrrhotite ou entendent le faire.

Environ 35 % des propriétaires victimes désirent vendre après les travaux pour des raisons comme une séparation, un décès, un départ pour une résidence pour personnes âgées, un transfert d'emploi, un écoeurement face à la pyrrhotite ou simplement un budget à sec.

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