40e anniversaire de l'arrivée du PQ au pouvoir: «C'était fou raide»

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Il y a 40 ans, le Parti québécois prenait le pouvoir pour la première fois.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Il y a quarante ans mardi, les électeurs se lançaient à l'assaut des urnes avec enthousiasme, provoquant un résultat qui aurait été qualifié d'inimaginable à peine trois ans plus tôt.

Après l'élection du PQ en 1976, Yves Duhaime... (Archives La Presse) - image 1.0

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Après l'élection du PQ en 1976, Yves Duhaime est devenu une figure importante de l'équipe de René Lévesque.

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Le soir du 15 novembre 1976, Yves Duhaime... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste) - image 1.1

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Le soir du 15 novembre 1976, Yves Duhaime avait bien résumé le balayage péquiste enregistré par les troupes de René Lévesque.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Le 15 novembre 1976, le Parti québécois ravissait le pouvoir aux libéraux pour la première fois, un moment gravé dans les mémoires et dont l'intensité demeure inégalée dans les annales politiques de l'ex-député de Laviolette, Jean-Pierre Jolivet.

Ça sentait plutôt bon pour le PQ ce matin-là, mais compte tenu que les libéraux avaient quand même remporté 102 des 110 sièges à l'Assemblée nationale en octobre 1973, personne n'osait prédire un tel revirement.

«Au lancement de la campagne, on se disait qu'on formerait une bonne opposition à ce gouvernement», se souvient M. Jolivet. 

Pourtant, le 15 novembre 1976, Robert Bourassa était chassé du pouvoir par une bande de jeunes loups guidés par René Lévesque. Le PQ formerait le gouvernement en remportant 71 sièges, contre 26 pour le PLQ et 11 pour l'Union nationale de Rodrigue Biron.

La Mauricie avait fortement contribué à l'effervescence péquiste. Yves Duhaime (Saint-Maurice), Marcel Gagnon (Champlain), Denis Vaugeois (Trois-Rivières) et Jean-Pierre Jolivet (Laviolette) avaient été élus facilement. 

Dans Maskinongé, le populaire Yvon Picotte avait résisté de justesse pour les libéraux, avec une courte majorité de 403 voix devant son adversaire péquiste Jacques Charette.

Sur la rive sud, l'unioniste Serge Fontaine était sorti vainqueur d'une chaude lutte à trois dans Nicolet-Yamaska. Le PQ s'était toutefois imposé dans Arthabaska (Jacques Baril) et Drummond (Michel Clair). Rodrigue Biron avait été élu dans Lotbinière.

Le taux de participation à ce scrutin historique apparaît aussi étonnant que le résultat. Partout dans la région, il jouait entre 85 % et 89 %. Dans l'ensemble du Québec, 85 % des électeurs avaient voté à ce moment. 

Le 7 avril 2014, 71,4 % des citoyens éligibles se sont déplacés pour exercer leur privilège lorsque les libéraux de Philippe Couillard ont été portés au pouvoir.

Sentir le vent

Même si les indices favorables se multipliaient depuis quelques jours, très peu de candidats péquistes ont sauté de leur lit, le 15 novembre 1976, en s'imaginant qu'ils étaient à quelques heures de former le nouveau gouvernement.

«Nous avions un pressentiment», raconte M. Duhaime. «On sentait le vent depuis une semaine, dix jours, qui nous poussait vers le haut. Moi, je m'attendais à gagner Saint-Maurice. Le député sortant, M. (Marcel) Bérard, n'avait pas fait beaucoup de bruit. Je m'attendais à gagner... et à aller dans l'opposition!»

Le candidat péquiste dans Laviolette détectait également de plus en plus d'éléments positifs au fur et à mesure que la campagne avançait. 

«Je connaissais beaucoup de camionneurs qui voyageaient à travers le Québec», raconte-t-il. «Ils nous disaient que c'était fort en Gaspésie, en Abitibi... Je me disais voyons donc, on ne formera quand même pas le gouvernement! Mais le 15 novembre, nous partions la journée en étant convaincus qu'au moins, nous formerions une bonne opposition. Dans le comté, j'estimais que j'avais une meilleure chance de gagner qu'en 1973.»

Après une tournée des bureaux de vote en journée, les candidats étaient rivés à leur poste de radio ou à leur téléviseur pour savoir si cet enthousiasme s'était matérialisé dans l'urne. La fièvre montait au fur et à mesure que la soirée avançait.»

«Le 15 novembre, ça a été l'euphorie totale à travers tout le Québec de langue française», sourit M. Duhaime, pour qui il s'agissait d'une douce revanche après avoir été battu en 1970 et 1973. 

Les nouveaux députés de Saint-Maurice et de Laviolette avaient célébré leur victoire au fameux restaurant sans nom, qui était déménagé du centre-ville de Shawinigan à Saint-Gérard-des-Laurentides.

«C'était fou raide!», se remémore M. Duhaime. «On avait passé la nuit dans les festivités! Quand je suis parti de là, il faisait clair.»

«C'était l'euphorie complète», renchérit M. Jolivet. «On ne vivra pas d'autre journée comme celle-là, à moins qu'il se produise un changement et que le monde accepte de faire l'indépendance du Québec.»

Puisque l'histoire a le don de se répéter, le PQ avait axé sa campagne sur la nécessité d'élire un gouvernement... propre. 

Le 16 novembre 1976, les Québécois s'étaient réveillés avec un couvert de neige à l'extérieur, qui illustrait la nouvelle page blanche sur laquelle s'écrirait dorénavant la mise en place d'une série de mesures progressistes qui allaient résister au temps.

L'importance des régions

Avec le luxe du recul, plusieurs facteurs peuvent expliquer comment le Parti québécois est passé de six députés en 1973 à soixante et onze trois ans plus tard. 

Pour l'ex-ministre Yves Duhaime, le travail du parti dans les régions a aidé à faire la différence. 

Pour illustrer son propos, il raconte que malgré l'euphorie qui embrasait le Québec lorsque le PQ a été porté au pouvoir le 15 novembre 1976, jamais il n'a été tenté d'abandonner ses électeurs et son organisation pour aller fêter à Montréal lors de cette inoubliable soirée.

«Je ne voulais pas y aller», tranche-t-il.

«Ma région est plus importante que tout le reste. Après la défaite de 1973, j'avais dit à M. Lévesque que si le parti décidait de se régionaliser, c'était sûr qu'on gagnerait la prochaine élection. Marc-André Bédard portait le même discours, ainsi que Jacques Léonard. Nous intervenions souvent auprès de M. Lévesque et des exécutifs nationaux pour avoir un programme un peu plus articulé pour nos régions et une présence plus soutenue de nos leaders. Quand ils ont compris ça, nous avons gagné en 1976.»

Du reste, M. Duhaime considère qu'aujourd'hui, les partis politiques font face au même défi, celui de se connecter aux régions du Québec. «Ce sera encore un élément important lors de la prochaine victoire du Parti québécois, c'est sûr et certain», prédit-il. «Si tout continue de se concentrer sur Montréal, les régions ne répondront pas.»

Les députés élus dans la région

Trois-Rivières: Denis Vaugeois (Parti québécois)

Saint-Maurice: Yves Duhaime (Parti québécois)

Champlain: Marcel Gagnon (Parti québécois)

Laviolette: Jean-Pierre Jolivet (Parti québécois)

Maskinongé: Yvon Picotte (Parti libéral du Québec)

Nicolet-Yamaska: Serge Fontaine (Union nationale)

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