Course à la direction: Couillard a bafoué ses propres règles

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Un examen de la liste des donateurs à sa campagne, affichée sur le site Web du DGE, révèle que l'équipe Couillard a accepté au moins quatre dons de 1000 $, soit le double du plafond fixé par M. Couillard lui-même.

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Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Québec

La campagne au leadership libéral de Philippe Couillard, en 2012-2013, n'a pas été exempte d'irrégularités sur le plan du financement.

Celui qui a succédé à Jean Charest à la tête du Parti libéral du Québec (PLQ) en 2013 a bafoué ses propres règles de financement, en acceptant des dons atteignant le double de la limite qu'il avait fixée, soit 500 $.

C'est ce dont fait état la liste des donateurs à la campagne de M. Couillard, publiée sur le site du Directeur général des élections (DGE) et consultée par La Presse Canadienne.

Vérification faite, trois ans plus tard, le PLQ n'a pas remboursé un sou des sommes reçues en trop.

Les documents fournis au DGE sur le financement de la course indiquent par ailleurs que même s'il y avait deux autres candidats, Raymond Bachand et Pierre Moreau, M. Couillard était en fait seul en piste, en termes de contributions reçues et de dépenses effectuées, laissant les deux autres mordre la poussière loin derrière lui.

Dès son entrée dans la course à la direction du PLQ, à l'automne 2012, M. Couillard, cherchant à laver plus blanc que blanc, avait pourtant affirmé qu'il n'accepterait aucune contribution financière à sa campagne dépassant 500 $, et ce, même si la limite légale était fixée à 1000 $ par personne.

Or un examen de la liste des donateurs à sa campagne, affichée sur le site Web du DGE, révèle que l'équipe Couillard a accepté au moins quatre dons de 1000 $, soit le double du plafond fixé par M. Couillard lui-même.

«Notre équipe n'acceptera que des contributions maximales de 500 $ par électeur. Nous voulons une campagne basée sur les idées plus que sur la forme, et considérons qu'un tel financement nous donnera les moyens de rejoindre les militants dans toutes les régions du Québec», déclarait M. Couillard, en octobre 2012. Il en faisait un moyen de lutter contre le cynisme en politique.

Les irrégularités observées entraînent deux questions: Pourquoi l'équipe de M. Couillard a-t-elle accepté ne serait-ce qu'un seul don supérieur à ce maximum de 500 $? Pourquoi n'a-t-on pas vérifié après coup, au cours des trois dernières années, si les règles de financement annoncées au départ avaient été scrupuleusement suivies?

Au PLQ et au cabinet du premier ministre Couillard, on se perd en conjectures, ne pouvant pas expliquer l'origine des irrégularités, ni désigner un responsable ou expliquer l'absence de suivi.

Alerté par La Presse Canadienne, le cabinet du premier ministre a décidé de demander des vérifications au DGE, trois ans après le fait, au cas où, par exemple, deux donateurs auraient pu porter le même nom et cumuler deux dons de 500 $ présentés comme un seul don de 1000 $.

Le porte-parole du premier ministre, Harold Fortin, a tenté de minimiser l'accroc aux règles, en faisant valoir qu'on parlait d'une fraction minime du total des dons reçus.

Le président de la campagne de financement de M. Couillard, député de Lafontaine et ancien président du PLQ, Marc Tanguay, était celui qui devait encadrer les solliciteurs, s'assurer de la légalité des dons et de leur conformité aux règles. Il a refusé une demande d'entrevue.

Le contrôleur financier du PLQ, Simon Martin, a aussi décliné une demande d'entrevue, visant à comprendre ce qui avait pu se passer.

Quoi qu'il en soit, l'examen du financement de cette course révèle que M. Couillard a fait pratiquement cavalier seul, tant en termes de revenus amassés que de dépenses effectuées.

M. Couillard est, de loin, celui qui aura fait sonner le tiroir-caisse le plus souvent. Il a reçu 60 pour cent du nombre total des contributions versées aux candidats et a accaparé 50 pour cent de tout l'argent amassé durant cette période, selon le Sommaire des rapports de campagne et le Sommaire des fonds de campagne remis au DGE.

Les dons faits aux trois candidats ont totalisé 1,3 million $, dont 667 777 $ à M. Couillard. C'est presque trois fois plus que ce qu'a réussi à engranger Pierre Moreau (231 386 $) et bien plus que ce qu'a recueilli M. Bachand (417 199 $).

En nombre de contributions financières versées, le meneur a aussi totalement éclipsé ses adversaires, avec un total de 2076 donateurs, contre 842 pour M. Bachand et 550 pour M. Moreau.

L'ampleur des dépenses engagées par les trois candidats durant leur campagne, une cagnotte de 1,6 million $, est à l'avenant: M. Couillard semble avoir été dans une catégorie à part.

En gros, si on additionne les dépenses de MM. Moreau et Bachand, on n'atteint même pas le cumul des dépenses consenties par l'équipe Couillard.

La colonne du tableau affichant le «Total des dépenses campagne» indique un montant de 219 963 $ pour M. Moreau, 401 239 $ pour M. Bachand et 642 430 $ pour M. Couillard, juste en dessous du plafond permis de 650 000 $.

Si on ajoute les «Dépenses autres que campagne», c'est-à-dire des dépenses de campagne contractées après la date officielle de clôture, le 17 mars, on arrive à un «Total de dépenses» de 231 010 $ pour M. Moreau, 414 120 $ pour M. Bachand et 667 652 $ pour M. Couillard.

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