Couillard accusé de fragiliser «3 milliards $ d'investissements à Bécancour»

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Bécancour) En marge de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a affirmé au cours du week-end que le gaz naturel est une source d'énergie en sursis qui devrait disparaître au tournant de l'année 2050. Or, le député Donald Martel rappelle que dans le parc industriel de Bécancour, il y a un potentiel de trois milliards de dollars d'investissements qui dépendent du gaz naturel.

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Donald Martel

François Gervais

«Quelle mouche l'a piqué? Ça l'excite d'être à l'extérieur. Il oublie ses repères au niveau local. Il fragilise trois milliards de dollars d'investissements avec les projets de Gaz Métro, Stolt LNGaz et IFFCO», a déploré le représentant caquiste, une caractérisation du sol étant même en cours dans le dernier dossier, soit des fouilles archéologiques.

Celui-ci accuse le premier ministre de «mêler les cartes» pendant que ses propres ministres travaillent des projets concrets à Bécancour.

D'ailleurs, «au nom des milliers de personnes dont l'emploi dépend directement ou indirectement de la filière du gaz naturel au Québec», la Coalition Avenir Québec demande au gouvernement libéral de se rétracter à la suite de la déclaration du PM.

Selon la porte-parole de la CAQ en matière d'énergie et députée de Saint-Hyacinthe, Chantal Soucy, Philippe Couillard a fait un très mauvais calcul, économique comme environnemental, en prédisant la mort de cette filière lors de son passage à Paris.

En effet, Mme Soucy a rappelé que le secteur industriel québécois occupe près de 60 % de la consommation totale de gaz naturel, tout en employant plus de 24 000 personnes dans les secteurs minier, sidérurgique, de l'aluminium, pétrochimique, des pâtes et papiers et manufacturier. La députée caquiste a ajouté que le gaz naturel constitue aujourd'hui l'un des choix les plus responsables pour notre économie, compte tenu de son prix très concurrentiel.

«On ne peut tout simplement pas prédire la mort d'une industrie en tant que premier ministre, particulièrement une industrie aussi importante pour le Québec. M. Couillard est prêt à dire tout ce qui lui passe par la tête simplement pour se draper de vert. Comment peut-il tenir de tels propos, sachant pertinemment que des milliers de personnes occupent un emploi lié à l'industrie du gaz naturel et que des milliers de ménages et d'entreprises au Québec s'appuient sur cette ressource comme source d'énergie principale? Faire un tel présage, c'est indigne et totalement irresponsable d'un premier ministre», a déclaré Chantal Soucy.

La députée de Saint-Hyacinthe a invité le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, à faire entendre raison à Philippe Couillard. «Pierre Arcand doit lui expliquer qu'il est tout à fait possible pour le Québec de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre tout en s'approvisionnant de gaz naturel et en réduisant ses importations d'hydrocarbures», a-t-elle précisé, en rappelant également que le gaz naturel liquéfié a le potentiel de réduire de manière considérable les émissions de GES dans le secteur des transports, soit le secteur responsable de la plus grande part des émissions de GES au Québec.

«Le gaz naturel doit être utilisé comme un levier économique pour créer de la richesse et attirer des investissements au Québec, mais aussi comme un moyen pour réduire nos émissions de GES. Le gouvernement du Québec s'engage dans cette lutte mondiale et nous en sommes ravis, mais il faudrait que ceux qui nous représentent puissent tenir des discours cohérents et fondés sur la science. Parmi tous les combustibles fossiles, le gaz naturel est celui qui produit le moins de GES, soit 25 % à 30 % en moins que les autres hydrocarbures», a-t-elle ajouté.

Et selon son collègue Donald Martel, les pays qui vont réussir à atteindre leur cible au plan environnemental sont ceux qui connaîtront une bonne croissance économique pour financer les mesures d'atténuation. «Remplacer le pétrole et le charbon par le gaz naturel a des effets bénéfiques», a-t-il soutenu.

Après avoir tenté d'enterrer les projets d'exploitation des hydrocarbures à l'île d'Anticosti, Philippe Couillard a prédit la réduction draconienne, voire la fin du recours au gaz naturel d'ici à 2050. À son avis, le gaz naturel n'était qu'un «élément de transition» vers une économie «décarbonisée». Il compte sur des avancées technologiques plus rapides que prévu pour y arriver.

Dimanche, en point de presse, le premier ministre a commencé par mettre en valeur les mesures de son gouvernement en faveur du gaz naturel liquéfié, qui pollue 25 à 30 pour cent moins que d'autres carburants comme le diesel, que ce soit dans les flottes de camions ou même dans la mise en service de trois nouveaux traversiers. Il a aussi évoqué les projets de distribution de gaz naturel sur la Côte-Nord et en Gaspésie.

Mais du même souffle, M. Couillard a affirmé qu'il faudra aussi apprendre à se passer éventuellement du gaz naturel, dont le Québec est un important consommateur. Les Québécois sont même indirectement propriétaires de la société Gaz Métro, par l'entremise de la Caisse de dépôt.

Or, dans un horizon de 35 ans qui «passe assez vite», le gaz naturel, comme les autres énergies fossiles, devra pratiquement disparaître du bilan de consommation du Québec. «C'est un élément de transition dans l'objectif qu'on a de presque «décarboniser» complètement (l'économie)», a-t-il dit dans un point de presse au Centre des sciences de La Villette, à Paris.

«Ça nous vise direct au coeur»

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, s'est dit «très surpris» de la déclaration du premier ministre Philippe Couillard qui a prédit, à partir de la Conférence de Paris, que le gaz naturel, comme source d'énergie, devrait disparaître au tournant de l'année 2050. «Je suis dépassé par les événements. Je ne comprends pas la logique derrière tout ça. J'ai une phase d'incompréhension, Ça nous vise direct au coeur, avec tous ces projets pour s'en sortir», a-t-il confié au Nouvelliste, en pleine préparation budgétaire.

Le premier magistrat comprend mal cette idée «d'élément de transition» attribuée au gaz naturel par le PM. «Je croyais que le gaz naturel était une alternative à la pollution. C'est le combat de la vertu contre la réalité. Je suis vertueux de nature et il faut essayer de trouver d'autres façons. Mais demain matin et après demain, qu'est-ce qu'on fait? J'attends un plan de transition», soutient M. Dubois.

Pour sa part, la présidente de la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec, Karine Béliveau, n'a pas manqué de rappeler que la Vallée du Saint-Laurent disposait d'une nappe gazière «très importante». «On trouvera peut-être le moyen de l'exploiter correctement», a confié celle qui, issue du secteur pétrolier, fut en mesure de voir se développer au fil des ans des alternatives sans pour autant que le pétrole ne disparaisse.

Finalement, le ministre responsable de la région du Centre-du-Québec, Laurent Lessard, n'a pas voulu commenter la sortie de son patron, son attaché de presse, Mathieu Gaudreault, expliquant que le dossier du gaz naturel relevait du ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles.

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