Jacques Parizeau: «Un homme d'une grande envergure»

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

L'arrivée de Jacques Parizeau sur la scène politique a apporté une très grande crédibilité au mouvement souverainiste, assure Yves Duhaime.

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L'historien Denis Vaugeois considère que le nouveau cours n'est pas «biaisé» et qu'il ne contient pas de «propagande». 

Photothèque Le Soleil

Ex-député et ministre péquiste de Saint-Maurice de 1976 à 1985, Yves Duhaime se souvient très bien de l'impact de l'entrée en scène de ce haut fonctionnaire du gouvernement qui a joué un rôle essentiel dans l'établissement du Québec moderne.

«Je suis retourné étudier à Paris, en 1966. J'étais là-bas avec Bernard Landry, Pierre Marois et Jacques Léonard. On se disait que si Jacques Parizeau embarquait, on ferait un bon bout. Quand il a quitté ses fonctions au gouvernement et rejoint René Lévesque, cela a donné à René Lévesque beaucoup de crédibilité. C'était une grosse pointure. Il a donné beaucoup de poids à l'option politique.»

MM. Duhaime et Parizeau ont tenté de se faire élire en 1970 et en 1973. Chaque fois, ils ont été défaits. Mais en 1976, les deux ont obtenu la confiance de la population et les deux ont fait leur entrée au cabinet Lévesque.

«Déjà, il était un surhomme. Il avait été un des conseillers les plus écoutés de la part de Jean Lesage et de Daniel Johnson (père). Jacques Parizeau était un gars avec un bon sens de l'humour, d'une vaste culture, très rigoureux et d'un commerce agréable. Mes rapports avec lui ont toujours été corrects. J'avais du respect pour lui», continue l'ex-ministre qui a repris du service auprès de Jacques Parizeau lorsque ce dernier lui a demandé de présider le Conseil de la souveraineté en 1995.

Denis Vaugeois se souvient de cet engagement senti de Jacques Parizeau en faveur de la souveraineté. L'affirmation publique de M. Parizeau a donné un grand élan de confiance à tous les souverainistes, estime le député-ministre de Trois-Rivières de 1976 à 1985.

«On se moquait un peu de nous, on passait pour des rêveurs. Mais le jour où il prend position publiquement, il apporte de la crédibilité. Il n'a pas louvoyé ni dérogé à sa pensée. C'était un gars déterminé.»

Les deux hommes travailleront ensemble durant la campagne électorale de 1976, Jacques Parizeau venant prononcer quelques discours dans la circonscription de Trois-Rivières. Selon M. Vaugeois, son ex-collègue avait une belle éloquence et une facilité à vulgariser les choses.

«Après une conférence, je l'invite à la maison et il accepte. Quand mon père l'a vu arriver, lui, un homme de la haute société, et mon père qui vient de la Haute-Mauricie!, les deux étaient capables de jaser ensemble. Il était très simple et aimait rigoler.»

Jean-Pierre Jolivet a aussi fait partie de la première équipe du gouvernement péquiste de 1976. Celui qui a régné dans Laviolette jusqu'en 2001 se souvient d'un homme en qui les valeurs d'intégrité et de justice sociale étaient solidement ancrées.

«C'était un homme capable de grandes choses, un homme d'une grande envergure. Il a été le premier à amener le sujet de l'équité salariale (dans le secteur de l'enseignement) entre les hommes et les femmes avec la loi 25. Il trouvait que ça n'avait pas de sens que les salaires soient différents entre des femmes qui enseignaient au primaire et des hommes au secondaire. On a oublié ça dans l'histoire.»

Le franc-parler de Jacques Parizeau a toujours été une de ses marques de commerce. L'ancien député et ministre revient d'ailleurs sur les propos que l'ex-chef péquiste a tenus dans son discours prononcé à la suite de la défaite du Oui en octobre 1995.

«Il a dit une chose qu'on lui a reprochée, mais ce qu'il disait était exact: on a été battu par l'argent et les ethnies, affirme M. Jolivet. Il a dit ce qu'on pensait. Quand on regardait autour de nous, il y avait des gens qui avaient reçu la citoyenneté canadienne à temps pour aller voter et le fédéral a mis de l'argent en dehors des règles établies. Mais ce n'était pas à lui de le dire.»

Député du PQ de 1994 à 2003 dans Trois-Rivières, Guy Julien se souvient d'un homme rassembleur à l'écoute des préoccupations des régions. Alors qu'il agissait à titre de délégué régional pour la Mauricie-Bois-Francs afin d'établir avec des collègues souverainistes la stratégie référendaire en 1995, Guy Julien côtoyait régulièrement M. Parizeau.

«Il prenait le temps de nous écouter et il était très respectueux de nos propos. Je pourrais parler de l'homme d'État, mais c'est l'homme, la personne qui m'a marqué», avoue l'ancien député de Trois-Rivières et militant du PQ depuis le début des années 70. «Il s'agissait d'une écoute sincère. On l'appelait Monsieur, mais c'était un homme très simple et proche des gens. Il était très humain.»       

Yves Beaumier a siégé comme député péquiste de Nicolet de 1981 à 1985 et comme représentant de Champlain de 1994 à 2003. Il considère Jacques Parizeau comme un grand bâtisseur du Québec contemporain, d'abord comme haut fonctionnaire, et ensuite comme politicien.

«Il était en politique pour ses convictions et non pas pour ses ambitions. Il avait à coeur cette conviction de l'avenir du Québec à la fois comme société, mais aussi comme nation. La souveraineté est un droit international et un devoir d'une nation de venir au monde. Il vient de nous quitter, mais on ne le quittera pas», assure M. Beaumier.

L'indépendance du Québec était l'objectif de Jacques Parizeau et Rémy Désilets se souvient très bien de l'allure des réunions du caucus, alors qu'il était un nouveau venu en politique.

«Ce qui m'a frappé le plus est sa rigueur et sa détermination. Ce n'est pas le premier ministre avec lequel j'ai jasé le plus, mais il faut comprendre le contexte durant lequel il est arrivé au pouvoir. Il était tellement occupé à organiser, à structurer chaque comté en vue du référendum. On était aussi en crise économique à ce moment-là. Il en avait plein les bras. En caucus, il nous rappelait qu'on avait tous une job à faire, il nous relançait continuellement pour parler avec les citoyens de la souveraineté et de la relance de l'économie. On n'allait pas au caucus pour dire n'importe quoi!», raconte le député de Maskinongé de 1994 à 2003.

Michel Morin corrobore les dires de Rémy Désilets. Le député de Nicolet-Yamaska de 1994 à 2007 se souvient que durant les réunions de caucus, le chef n'avait pas de temps à perdre et assistait rarement à toute la rencontre. Mais cela n'empêchait pas Jacques Parizeau de faire preuve de respect envers tout le monde, peu importe le moment.

«On l'appelait monsieur, mais il vouvoyait tout le monde. Et il était un homme chaleureux, quoi qu'on en pense. Il était un intellectuel, un grand économiste, un homme extrêmement rigoureux et démocrate. Et il savait où on s'en allait. Tout était préparé si on avait gagné le référendum. On n'aurait pas eu l'air fou le lendemain d'un référendum gagnant.»

Noëlla Champagne était une militante convaincue lorsque l'équipe du Oui lui a demandé de contribuer à la campagne référendaire de 1995. Lorsqu'elle a appris le décès de M. Parizeau, l'aventure du référendum lui est revenue tout de suite à l'esprit.

«Chaque fois que je pense à M. Parizeau, je pense à ce moment assez extraordinaire. C'est lui qui a fait le référendum de 1995, c'est ce qui aura marqué sa vie», raconte celle qui a été députée de Champlain de 2003 à 2007 et de 2008 à 2014.

Avec la collaboration de Gabriel Delisle

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