Le redressement de l'économie avec des négos constitutionnelles, dit Legault

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Fort d'un vote de confiance de 97,2 %, François Legault a fait une ouverture inattendue sur l'indépendance du Québec, fermant toutefois la porte à un référendum sous un éventuel gouvernement caquiste.

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La Presse Canadienne

La Coalition avenir Québec (CAQ) s'opposera à toute négociation en vue de ratifier la constitution canadienne tant que l'économie du Québec n'aura pas rattrapé celle du reste du Canada, a déclaré dimanche le chef caquiste François Legault.

En raison de l'écart de richesse entre le Québec, l'Ontario et le reste du Canada, M. Legault a repoussé cette échéance à un horizon lointain, lors d'une conférence de presse concluant un rassemblement militant.

«On calcule que ça prendra dix ans au Québec avec le projet Saint-Laurent (de la CAQ), pour rejoindre le niveau de richesse de l'Ontario, a-t-il dit lors d'un point de presse. On a un écart de 14 pour cent avec l'Ontario, 25 pour cent avec le reste du Canada. Faites votre calcul, c'est certain que moi, je ne serai plus en politique quand on va être rendu là.»

Le chef caquiste a lancé un avertissement au premier ministre Philippe Couillard pour lui dire que le Québec n'aurait pas un rapport de force face suffisant à Ottawa, dans l'éventualité d'une négociation constitutionnelle.

«M. Couillard et (son ministre) M. Fournier ont évoqué à quelques reprises la possibilité de signer la constitution canadienne, a-t-il dit. Écoutez, ce n'est pas le bon moment de négocier la signature de la constitution canadienne pendant que le Québec a le genou à terre. Je veux envoyer un message très clair à M. Couillard: on va s'y opposer s'il commence à négocier de ce côté-là.»

La CAQ, qui se positionne en dehors de l'axe fédéralisme-souveraineté, exclut tout référendum sur la souveraineté. Mais la ratification de la constitution canadienne pourrait être envisagée une fois que le Québec aurait redressé son économie et récupéré des pouvoirs en matière de langue et immigration, a affirmé le chef caquiste.

«Si on se rend jusque-là, comme je vous dis il y a un écart de 25 pour cent, on n'est pas partis pour régler ça dans les prochaines années, a-t-il dit. Rendu à cette étape-là, il y aurait des demandes traditionnelles et on doit les établir, pour le moment on ne les a pas établies.»

Entre-temps, la CAQ réclame d'Ottawa la pleine maîtrise en matière linguistique, pour obtenir entre autres que les entreprises sous juridiction fédérale en sol québécois, comme les banques, soient soumises à la loi 101.

M. Legault croit que les partis fédéraux devraient s'engager à assurer «qu'on ne charcute pas la loi 101 à la Cour suprême».

«Si le gouvernement fédéral amende le code du travail, la loi sur les langues officielles et la loi sur les sociétés, c'est possible d'être capable d'appliquer la loi 101 aux entreprises à charte fédérale et de s'assurer aussi qu'on protège l'intégralité de la loi 101», a-t-il dit.

La CAQ veut également que le Québec obtienne d'Ottawa une nouvelle entente administrative sur la sélection des immigrants, «pour assurer une intégration harmonieuse des nouveaux arrivants», a indiqué M. Legault, qui constate que le fédéral se réserve 30 pour cent des choix avec le programme de réunification des familles.

«C'est important, quand on les sélectionne, que ce soit le gouvernement du Québec qui élabore les conditions et de ce côté, actuellement, 70 pour cent c'est un bon pourcentage, mais il reste encore de la place», a-t-il dit, sans préciser quels critères devraient être imposés.

Selon M. Legault, les libéraux n'ont fait aucune demande de pouvoirs à Ottawa et le Parti québécois n'a aucune chance d'en obtenir car il souhaite la souveraineté du Québec.

«Ils ne sont pas en position pour aller demander des pouvoirs en matière de langue et d'immigration et de l'autre côté, Philippe Couillard ne demande rien, a-t-il dit. C'est le Canada d'abord avec Philippe Couillard.»

Au passage, M. Legault a écorché M. Couillard, parce qu'il a prononcé un discours uniquement en anglais lors d'un passage en Islande la semaine dernière.

«M. Couillard a manqué à son devoir de chef d'État de la nation québécoise en ne parlant pas français, qui est la langue commune au Québec, a-t-il dit. M. Couillard a fait un faux-pas, c'est envoyer un mauvais message que de ne pas parler français sur les tribunes internationales.»

Dimanche, M. Legault a reçu un résultat de 97,2 pour cent d'appui des militants, lors d'un vote de confiance qui s'est tenu en fin de semaine.

Dans un discours de clôture du premier congrès de la CAQ, devant environ 500 militants, M. Legault a mis de l'avant le «nationalisme d'ouverture» de son parti.

«Les Québécois cherchent une nouvelle voie pour leur nation, a-t-il dit. Les Québécois ne veulent plus des référendums ou du fédéralisme mou du Parti libéral.»

Pour s'affirmer sur la scène canadienne, le Québec n'a pas le choix de relancer son économie, notamment grâce au projet Saint-Laurent, avec lequel la CAQ espère transformer les rives du fleuve en «Silicon Valley» québécoise.

Dans un discours où il a à peine fait mention de ses adversaires péquistes, M. Legault a affirmé que son parti est le seul à disposer d'un véritable plan de relance économique.

Le gouvernement de M. Couillard copie mal les idées de la CAQ en voulant réduire les dépenses tout en augmentant les taxes et tarifs, selon le caquiste.

«Il avance à vue d'oeil, il allume des lampions en priant pour que l'économie reprenne», a-t-il dit.

Par ailleurs, l'homme d'affires et fondateur de la CAQ, Charles Sirois, a déclaré qu'une fiducie sans droit de regard n'empêcherait pas le député péquiste Pierre Karl Péladeau d'être informé des activités de son conglomérat Québecor.

M. Sirois, qui participait en fin de semaine au congrès, a observé que les principaux actifs de M. Péladeau, ses actions du conglomérat Québecor, font l'objet d'un rapport trimestriel public puisque l'entreprise est cotée en Bourse.

Selon M. Sirois, le concept de fiducie, qui permet à un gestionnaire de faire des transactions sans que le propriétaire n'en soit informé, est inapproprié pour la situation de M. Péladeau.

«C'est une compagnie publique qui produit des rapports à tous les trimestres et des rapports annuels, il va les lire, il va savoir exactement ce que l'entreprise va faire, a-t-il dit lors d'un point de presse. Ce n'est pas «blind', ce n'est pas possible.»

M. Sirois, qui n'a pas voulu dire si M. Péladeau doit vendre ses actifs, a estimé que les risques de conflit d'intérêts iront grandissant si M. Péladeau obtient davantage de responsabilités, notamment à titre de premier ministre.

«Presque 100 pour cent des revenus de Québecor sont basés au Québec, c'est quelque chose de fondamental, a-t-il dit. À peu près dans l'ensemble des décisions du gouvernement il pourra arriver un questionnement de la population sur la prise de décision et je pense que ce n'est pas très sain.»

Devant les inquiétudes de ses adversaires qui craignent les risques de conflit d'intérêts, M. Péladeau, élu député péquiste en avril, a promis de placer volontairement ses actifs dans une fiducie s'il est élu chef du Parti québécois, une exigence réservée seulement aux membres du conseil des ministres.

M. Péladeau réfléchit actuellement à la possibilité d'être candidat dans la course à la direction du PQ.

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