Réforme électorale: rude bataille à prévoir au Sénat

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau... (Photo Adrian Wyld, La Presse Canadienne)

Agrandir

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Photo Adrian Wyld, La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Presse Canadienne
Ottawa

Même s'il tient mordicus à adopter un nouveau mode de scrutin avant les prochaines élections fédérales prévues en octobre 2019, le gouvernement Trudeau risque de se heurter à une vive résistance de la part du Sénat au sujet de la justesse d'un tel changement sans précédent des règles du jeu de la démocratie canadienne.

La partie de ping-pong que le gouvernement libéral a jouée avec la Chambre haute au printemps dans le dossier de l'aide médicale à mourir pourrait bien être de la petite bière comparativement à ce qui attend les libéraux de Justin Trudeau une fois qu'ils auront accouché de leur réforme électorale, ont averti des sénateurs interrogés par La Presse.

Déjà, le gouvernement Trudeau doit composer aux Communes avec la vive opposition du Parti conservateur, qui réclame à hauts cris la tenue d'un référendum national sur le nouveau mode de scrutin avant qu'il n'entre en vigueur.

Mais des libéraux influents se rangent aussi aux arguments de l'opposition officielle aux Communes. «Cette réforme est insensée. Pourquoi changer un mode de scrutin qui nous a permis de remporter la victoire durant les trois quarts des élections qui ont eu lieu au cours du dernier siècle?», s'est insurgé un libéral de longue date de l'Ontario, sous le couvert de l'anonymat.

Le sénateur libéral indépendant Serge Joyal, qui a fait un plaidoyer éloquent et remarqué au Sénat pour amender le projet de loi du gouvernement Trudeau portant sur l'aide médicale à mourir, a indiqué à La Presse qu'une rude bataille est à prévoir au Sénat sur la réforme du mode de scrutin.

En entrevue, il a indiqué craindre qu'un nouveau mode de scrutin - un vote préférentiel ou encore un vote proportionnel - entraîne une ère d'instabilité politique au pays et une multiplication de petits partis motivés par un seul but.

«Quel impact cela peut avoir sur l'instabilité politique au Canada et la capacité de gouverner un pays qui est par nature un pays de tensions régionales, un pays où le sentiment d'appartenance est toujours en évolution? Je crois que l'impact de cette proposition, c'est ce qu'on appelle en droit constitutionnel la loi des conséquences imprévues», a affirmé le sénateur Joyal.

«On est très bien intentionné, on veut améliorer la démocratie, on veut que tous les votes comptent. Mais on va mettre en place un système qui va favoriser la multiplication des groupes d'intérêts. C'est inévitable. C'est évident. On peut se retrouver dans un contexte avec une multiplication de groupes dont le premier objectif ne serait pas de voir le pays en terme national, mais de voir le pays en termes de priorités régionales ou même thématiques», a-t-il ajouté.

Résultat: un parti politique qui n'obtiendrait pas la majorité des sièges devrait conclure des alliances stratégiques avec un parti régional pour gouverner, ce qui pourrait bien nuire à l'unité du pays, selon lui.

«On va se retrouver avec un éparpillement du vote et on va se retrouver avec un parti qui ne pourra pas gouverner sans l'appui des autres et il devra faire des alliances et des compromis avec un groupuscule. [...] Quel risque prend-on sur notre avenir dans le fond avec une telle réforme? C'est un peu cela, la réflexion. Il faut réfléchir à l'impact que cela peut avoir sur l'unité du pays», a-t-il soutenu.

Le leader de l'opposition au Sénat, le sénateur conservateur Claude Carignan, soutient pour sa part que le Parti libéral n'a pas obtenu un mandat clair de la population pour mettre en oeuvre une telle réforme. Et selon lui, il faut que la population se prononce soit par référendum, soit lors d'une élection générale où cette question serait un enjeu dominant.

«Le gouvernement avait pris comme engagement de créer un comité pour étudier les options. Donc, quel est le pourcentage des gens qui ont voté pour le Parti libéral parce qu'il promettait de créer un comité? Disons que ce n'est pas élevé. Et quel est le pourcentage de gens qui ont voté pour la solution retenue par le gouvernement? Aucun, parce que la solution n'avait pas été identifiée encore. On ne pourra pas dire que les gens ont voté pour cela», a-t-il dit.

Que répond-il à ceux qui diront qu'un Sénat non élu ne peut bloquer une telle réforme? « Ma légitimité, je la tire de la Constitution. J'ai été nommé et je siège au Sénat dont le rôle est de protéger les minorités et de veiller à ce que les projets de loi soient conformes à la Constitution», a-t-il dit.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer