«Combattre le ridicule par le ridicule»

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Marcos (nom fictif) et sa conjointe ont voulu étirer au maximum l'élastique de la loi électorale en votant à visage voilé.

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(Trois-Rivières) Certains avaient couvert leur visage avec une boîte de carton, un sac de pommes de terre, un masque de clown, d'autres avec un simple drap blanc ou un voile. Un peu partout au Québec, des citoyens ont voulu étirer au maximum l'élastique de la loi en votant à visage habillé lors des journées de vote par anticipation en fin de semaine. La région n'a pas échappé à cette pratique. Rien pour impressionner Élections Canada, qui rappelle que cette pratique est parfaitement légale.

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Doris Frigon, de La Tuque, a également voté à visage couvert, samedi.

Photo: Facebook

Marco [nom fictif], un citoyen de Trois-Rivières qui préfère garder l'anonymat, a ainsi voulu «combattre le ridicule par le ridicule» en se présentant au bureau de vote du pavillon Maurice-Pitre le visage dissimulé sous un masque noir et d'un foulard. Généralement, Marco avoue qu'il est plutôt discret et que ce n'est pas «son genre» de commettre pareil geste d'éclat. Cependant, lorsqu'il a appris que les électeurs n'avaient pas à prouver leur identité visuellement pour voter, il a jugé qu'il ne pouvait guère ne rien faire.

«Ça m'a vraiment interpellé. Quand j'ai appris qu'on pouvait voter sans monter son visage, je me suis dit: c'est complètement absurde. Cette situation m'interpelle beaucoup», lance Marco. «Non seulement on peut porter le voile pour prêter serment lors de la cérémonie de citoyenneté canadienne, mais en plus on peut voter à visage couvert. Je trouve personnellement que ça va à l'encontre des valeurs québécoises et canadiennes. Je crois qu'une majorité de Québécois sont contre l'idée de pouvoir voter avec le voile, également de pouvoir prêter serment avec le voile», estime-t-il, en rappelant que lors des grèves étudiantes, il était interdit aux manifestants d'exercer leur droit à l'expression publique à visage caché.

«Dans un cadre légal, on exerce l'un de nos droits fondamentaux à visage couvert, alors que la manifestation, si je ne me trompe pas, est aussi un droit fondamental. C'est deux poids, deux mesures», laisse-t-il entendre.

Outre le terrain des valeurs, Marco croit que cette pratique pourrait engendrer des problèmes de sécurité, en outre en ce qui à trait au vol d'identité. «Pour moi, c'est beaucoup trop facile d'avoir à répondre à deux ou trois questions pour confirmer son identité. Ils ne pourront jamais être sûrs à 100 % que c'est bel et bien moi. C'est ça qui me dérange.»

Femme voilée à La Tuque

À l'instar de M. Marco, Doris Frigon, de La Tuque, a voulu signaler son désaccord avec la loi en votant, samedi, à visage voilé, une «façon pacifique de contestation».

«Je trouve que c'est une incohérence de notre gouvernement actuel et peut-être du futur gouvernement. Je pense que l'on vit dans une société où les gens montrent leur visage. Lorsque j'ai fait ma photo de passeport, j'ai enlevé mes lunettes, j'ai attaché mes cheveux. Ça été le même principe pour mon permis de conduire et ma carte d'assurance maladie. Et je peux voter avec un masque? Je trouve que c'est un illogisme. Ça fait parti de nos moeurs et coutumes, dans le sens où l'on décode beaucoup par le langage non verbal», croit Mme Frigon.

Du même souffle, la femme avoue que cette pratique, aussi légale soit-elle, risque de creuser une brèche dans la sécurité des citoyens, mais également dans le système démocratique canadien.

«On insiste sur la sécurité nationale. De prêter serment sur notre identité, de dire: oui, je m'appelle Doris Frigon, j'habite tel lieu et je n'ai pas encore voté, ce n'est pas suffisant. Je ne trouve pas ça sécuritaire. Pour les gens qui n'ont pas de parole... Qu'est-ce que ça vaut une parole, aujourd'hui? C'est la question que je me pose», observe-t-elle.

Une pratique légale

Au bureaux d'Élections Canada, on indique qu'il n'y a rien d'illégal à voter à visage couvert. Si un électeur se présente au bureau de scrutin la tête recouverte d'un voile ou de tout autre objet ou tissu, le directeur du scrutin l'invitera à se dévoiler. En cas de refus, l'électeur signera une attestation prouvant qu'il est bien la personne qui apparaît sur ses cartes d'identité et pourra ainsi apposer son X dans la case de son choix.

«Lorsqu'un électeur ou une électrice, dont le visage est couvert, se présente à un bureau de vote, la première chose qu'on fait, c'est qu'on lui demande de se découvrir le visage. Si la personne refuse, alors on lui demande de prêter serment par écrit. On va lui lire un petit texte qu'on lui demande de signer, afin d'attester son identité. Ensuite, l'électeur doit, comme tous les autres, présenter deux preuves d'identité et va voter comme tout le monde. Certains vont montrer leur visage volontairement, d'autres non, et c'est tout à fait leur droit», informe Thérèse Boisclair, d'Élections Canada. Notons qu'un électeur peut également voter par la poste, donc sans prouver visuellement son identité.

Du même souffle, Mme Boisclair souligne qu'un directeur de scrutin n'est pas tenu de comptabiliser le nombre d'électeurs qui se présentent au bureau de vote le visage voilé et ne peut pas obliger quelqu'un à montrer son visage. «Dans la loi, il n'y a rien qui empêche quelqu'un d'aller voter à visage couvert», résume Mme Boisclair.

Rappelons que le vote par anticipation était possible jusqu'à lundi, 20 h. L'élection générale sera, elle, tenue le 19 octobre prochain.

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