Terres contaminées: «On est peut-être malades à cause de ça»

Jean-Guy Pinard soutient ne jamais avoir été informé... (François Gervais)

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Jean-Guy Pinard soutient ne jamais avoir été informé que l'eau qu'il boit chez lui est impropre à la consommation.

François Gervais

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(Bécancour) Alors que le ministère de l'Environnement confirme qu'il était au courant depuis 2004 de la présence de terres contaminées près de sa résidence du chemin Louis-Riel à Bécancour, Jean-Guy Pinard soutient n'avoir jamais reçu d'avis lui indiquant qu'il ne pouvait pas boire l'eau puisée dans la nappe phréatique.

En s'établissant dans ce secteur retiré de Bécancour avec sa famille il y a maintenant 34 ans, M. Pinard croyait avoir déniché un havre de paix qui lui permettrait de profiter des avantages de la campagne à quelques minutes de la ville. Lui et ses proches ont plutôt dû composer avec de fortes odeurs nauséabondes et des nuages d'ammoniaque provenant d'un ancien site industriel pendant plusieurs années. Mais pendant tout ce temps, il était loin de se douter qu'il apprendrait plus de dix années en retard que l'eau qu'il boit à tous les jours est peut-être impropre à la consommation.

Bien qu'il reconnaisse qu'il reçoit des rapports d'analyse de l'eau de son secteur depuis plusieurs années, il précise qu'aucun de ceux-ci ne faisait mention qu'il était interdit de boire l'eau provenant du robinet. À la lumière des informations qui sont récemment venues à ses oreilles, il se demande maintenant pourquoi le ministère ne l'a jamais informé de la gravité de la situation. Souffrant d'arthrite et ayant vu deux de ses enfants mourir en bas âge, il ne peut s'empêcher de se questionner sur le lien que pourrait avoir eu la consommation de cette eau avec ces tristes événements.

«Ça me décourage de voir que le gouvernement le savait et que ce soit des journalistes qui nous l'apprennent. On est peut-être malades à cause de ça. On a peut-être perdu ces enfants-là à cause de ça. Nous avons fait souvent des plaintes sur les odeurs et on nous avait dit que c'était réglé. C'est ça qui est frustrant. Ça ne me tente plus de rester ici», confie M. Pinard, visiblement en colère.

Et même si sa femme et lui aimeraient bien déménager rapidement, M. Pinard est conscient qu'il est présentement impossible de trouver quelqu'un qui serait prêt à acquérir leur propriété à un prix raisonnable.

«Peut-être qu'elle n'est pas si pire que ça l'eau, mais avec la bombe qui vient d'avoir là, combien vous pensez que ça vaut ici maintenant?», lance-t-il, bien au fait de la réponse à cette question.

Depuis longtemps

Alors qu'il vient d'apprendre qu'il vivait tout près de terres lourdement contaminées et que la nappe phréatique était touchée, M. Pinard se doutait depuis un bon moment qu'il se passait des choses étranges sur les terrains jadis occupés par Alsa Aluminium et l'usine Recyclage Aluminium. Il se rappelle qu'il y avait régulièrement des camions qui se rendaient à cet endroit pour y enfouir leur cargaison.

«Il y a une dizaine d'années, un camion est tombé en panne devant la maison. Le conducteur était venu chez nous pour téléphoner et quand ma femme est sortie, elle a constaté qu'une forte odeur se dégageait du camion. Le conducteur lui a alors répondu: ''Oui madame ça sent fort et moi je ne resterais pas ici pour tout l'or du monde''», raconte-t-il.

La Sécurité avant tout, dit le ministre

Lors de son passage à Bécancour vendredi, le ministre de l'Environnement, du Développement durable et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, a indiqué que la priorité des gens du ministère était la sécurité des citoyens et que des mesures avaient été prises en ce sens.

«Les gens ne sont pas en danger», a-t-il déclaré en mêlée de presse.

Avec la collaboration de Martin Lafrenière

Oriens Technologies se questionne

À couteaux tirés avec la direction régionale du ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDLECC), la direction de l'entreprise Oriens Technologies a été surprise par les révélations concernant les terres contaminées à Bécancour. Le vice-président de l'entreprise implantée dans le parc industriel de Bécancour, Gilbert Guérette, indique que la direction régionale qui est chargée du dossier des terrains du chemin Louis-Riel est la même qui a pris la décision de ne pas renouveler le permis de son entreprise, ce qui a entraîné selon lui la suspension des activités et le congédiement de ses employés en avril dernier. Dans un communiqué envoyé en milieu de journée vendredi, l'entreprise utilisait le terme «incompétence» pour qualifier les agissements de la direction régionale. Lorsque joint au téléphone par Le Nouvelliste plus tard en après-midi, M. Guérette était un peu plus tempéré dans ses propos. «Y a-t-il un lien à faire? Il n'y a jamais de fumée sans feu», a-t-il indiqué. L'entreprise québécoise a développé une innovation permettant la reconversion à 100 % des matières résiduelles provenant des usines d'aluminium.

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