Déchets: une course contre la montre

Une rencontre pourrait avoir lieu dès ce week-end... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Une rencontre pourrait avoir lieu dès ce week-end pour dénouer l'impasse.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Une course contre la montre est amorcée à la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie (RGMRM) afin de trouver une place où envoyer les déchets de la région puisque le lieu d'enfouissement technique (LET) de Saint-Étienne-des-Grès ne sera plus en mesure d'en recevoir à compter du 2 juin.

Le président de la RGMRM, René Goyette, indiquait au Nouvelliste qu'il a reçu un courriel d'une firme privée dès mercredi après-midi, après la tenue de la conférence de presse qui annonçait l'impasse dans laquelle l'organisation se trouve.

«On en a trois» qui seraient intéressées à accueillir les matières, dit-il. «Déjà, on est en discussions.»

«On veut régler ça rapidement», assure-t-il. Le LET de Champlain, que la Régie loue à Services Matrec, «fait partie des discussions», confirme-t-il.

«On ne laissera pas tomber les gens. On va tout faire», promet le président. Jeudi, le député Marc H. Plante a indiqué qu'une rencontre avec la Régie était imminente et pourrait même avoir lieu ce week-end.

La municipalité de Saint-Étienne-des-Grès convoque pour sa part une conférence de presse vendredi, à 10 h 30, afin de «montrer l'envers de la médaille», indique le maire, Robert Landry, qui s'est toutefois abstenu de tout autre commentaire d'ici là.

On sait qu'une entente est intervenue à la cour, l'hiver dernier, entre la Régie et la municipalité de Saint-Étienne-des-Grès. Elle stipule que la Régie n'a pas le droit de modifier la géométrie des cellules d'enfouissement 1, 2 et 3 pour y enfouir plus de déchets comme elle l'a fait récemment avec la cellule 4. Seulement la municipalité et la procureure générale du Québec pourraient dénouer cette impasse en acceptant de modifier l'entente.

Toutefois, Saint-Étienne-des-Grès se bat depuis longtemps avec la Régie pour éviter la modification des cellules d'enfouissement, craignant que cela accentue les problèmes de bruits et d'odeurs.

Le député Marc H. Plante indique que pas moins de 140 plaintes ont été déposées au sujet des odeurs émanant du LET depuis quelque temps.

L'affaire a d'ailleurs eu des échos jusqu'à l'Assemblée nationale, jeudi matin, lorsque le député caquiste Donald Martel a déclaré, à la période de questions, que le ministre David Heurtel «n'offre aucune collaboration» à la Régie alors qu'un certificat d'autorisation temporaire pourrait permettre de mettre fin au drame, estime le député.

Le ministre du DDELCC, David Heurtel, a rappelé que la municipalité de «Saint-Étienne-des-Grès a senti le besoin de poursuivre la Régie intermunicipale parce qu'il y avait des questions reliées à plus d'une centaine de plaintes reliées aux odeurs, aux particules du site (sic) d'enfouissement qui sont dans l'air. Il y a des problématiques liées à la contamination causée par le zinc. On a besoin de réponses à ces questions-là avant d'aller de l'avant», a plaidé le ministre.

Par voie de communiqué, jeudi, la Régie a répliqué au ministre que c'est plutôt elle qui avait entrepris des démarches juridiques contre Saint-Étienne-des-Grès puisqu'un règlement adopté par la municipalité visant à l'empêcher de modifier les cellules d'enfouissement a été reconnu invalide par la procureure générale du Québec.

Quant au surplus de zinc dans ses rejets à la rivière, la Régie rappelle avoir dépensé 1,3 million $ en recherche depuis 2014 pour tenter de régler ce problème sans y parvenir. Elle dit ne recevoir aucune aide technique de la part du ministère pour trouver une solution.

Ce que déplore René Goyette, c'est que cette impasse fera perdre 80 $ la tonne à la Régie jusqu'à ce que ça se règle. Si la Régie prend une entente pour expédier, dans un autre lieu d'enfouissement, 30 000 ou 40 000 tonnes de matières résiduelles, elle se privera de 2,4 millions $ de revenus «et ça me coûte 615 000 $ par mois juste pour les frais de financement», indique M. Goyette. «Comment ça va finir? Je ne le sais pas», a-t-il confié jeudi.

La Régie doit aussi honorer des contrats. Elle accueille présentement les matières résiduelles de la Régie intermunicipale de L'Islet-Montmagny, de la Ville de La Tuque et de la Régie intermunicipale de la région de Thetford.

À La Tuque, la responsable des communications, Hélène Langlais, indique que la Ville, qui est cliente (et non membre) de la Régie, dispose d'un lieu de transbordement et que ses citoyens n'ont rien à craindre. La collecte des déchets aura lieu comme à l'habitude, la semaine prochaine. Si la crise dure plus que quelques jours, La Tuque prendra entente avec un autre lieu d'enfouissement sanitaire. Toutefois, les coûts de transport risquent de grimper, dit-elle.

Le président Goyette craint donc avec raison que cette situation fasse perdre des clients importants à la Régie «et ça affectera le profit net à la fin de l'année», s'inquiète-t-il. Même si la Régie décidait demain matin de se lancer dans la construction d'une nouvelle cellule d'enfouissement, non seulement faudrait-il une douzaine de mois avant qu'elle soit prête, mais la Régie ne pourrait pas la construire dans l'état actuel des choses parce qu'elle ne respecte pas les normes de rejet de zinc dans l'environnement, analyse M. Goyette.

Un problème amplifié au centre-ville trifluvien

Si les déchets ne sont plus ramassés par la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie (RGMRM), la situation deviendrait rapidement problématique au centre-ville de Trois-Rivières. Alors que vient de s'amorcer la haute saison touristique, les activités des restaurants et des bars engendrent beaucoup de déchets.

La Société de développement commercial (SDC) du centre-ville de Trois-Rivières avoue suivre l'évolution du dossier.

«À partir du week-end du 2 juin, soit le début du Festival international DansEncore, il y a des événements au centre-ville à tous les week-ends», affirme le directeur général de la SDC, Mathieu Lahaye.

«Nous souhaitons évidemment que la situation se règle. Lors de la haute saison, il y a bien sûr plus de déchets, mais aussi plus d'odeurs.»

Les déchets engendrés par les activités des commerces au centre-ville sont si nombreux en été que plusieurs restaurants ont l'habitude de s'associer afin de payer ensemble une seconde collecte des déchets lors des semaines estivales. De plus, la diffusion d'odeurs nauséabondes est favorisée lors des chaudes journées, ce qui rend cette mesure pertinente.

Le manque d'espace fait également en sorte que les commerçants du centre-ville de Trois-Rivières doivent utiliser des bacs roulants plutôt que des conteneurs à déchets. Ces bacs peuvent contenir moins de déchets que les gros conteneurs, ce qui pourrait rapidement faire dégénérer la situation au centre-ville.

Avec Gabriel Delisle

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