Surplus de zinc à la Régie: Québec réplique

Le 20 avril dernier, le ministère du développement... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Le 20 avril dernier, le ministère du développement durable, de l'environnement et de la lutte contre les changements climatiques a ordonné à la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie de ne plus rejeter dans la rivière Saint-Maurice le lixiviat (jus des déchets) qu'elle traite à Saint-Étienne-des-Grès parce que sa teneur en zinc est trop élevée.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dix-sept jours après avoir été questionné par Le Nouvelliste concernant la coûteuse problématique du zinc à la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques répond finalement par courriel qu'il est faux de dire qu'il n'a pas été aidant dans ce dossier.

La Régie maintient toutefois qu'elle est laissée à elle-même et punie inutilement.

Rappelons les faits. Le 20 avril dernier, la Régie a dénoncé avec véhémence le fait que le ministère lui a ordonné de ne plus rejeter dans la rivière Saint-Maurice le lixiviat (jus des déchets) qu'elle traite à Saint-Étienne-des-Grès parce que sa teneur en zinc est trop élevée.

Depuis, la Régie crie au scandale parce qu'elle doit dépenser des dizaines de milliers de dollars chaque mois pour transporter par camion, vers l'usine de filtration de Trois-Rivières, ce même lixiviat traité qui peut être alors rejeté en toute impunité et légalement dans la rivière.

La Régie affirme n'avoir reçu aucune aide de la part du ministère pour trouver une technologie qui lui permettrait de régler son problème.

Elle a déboursé 1,2 million $ en essais technologiques afin de tenter de trouver une solution, mais le ministère affirme qu'il «ne possède pas de détails en ce qui concerne ces dépenses».

Le directeur général, Daniel Pépin, n'en revient pas puisqu'une pile de courriels témoigne des très nombreux échanges à ce sujet avec le ministère, lequel écrit aussi que «des solutions existent et que d'autres sites similaires dans la province ont les mêmes exigences et réussissent tout de même à respecter les mêmes paramètres».

«On a essayé de s'informer», assure Daniel Pépin, «mais il reste que beaucoup de ces sites sont privés et ne veulent pas commencer à dévoiler des choses comme ça», explique-t-il.

Depuis la parution du texte du Nouvelliste, en avril dernier, une douzaine d'entreprises ont offert leurs services à la Régie pour régler la problématique, mais leur enthousiasme a vite baissé lorsqu'elles ont appris qu'il s'agissait de zinc soluble.

«On a rencontré tous ceux qui se sont manifestés», raconte Daniel Pépin, même le simple citoyen qui prétendait avoir une solution. «Le CNETE et l'Université avec le Cégep de Trois-Rivières ont quelque chose d'intéressant. Un chercheur nous a assuré que c'était un problème très compliqué à traiter. On en a trois ou quatre qui travaillent là-dessus», dit-il.

Le ministère affirme avoir «informé la Régie de la technologie utilisée dans d'autres sites du Québec pour régler la problématique», ce à quoi le président, René Goyette, et le directeur général répliquent que c'est faux.

Le directeur indique qu'un fonctionnaire avait suggéré la technique d'une entreprise qui utilise du sulfate ferrique. «Avec les 1,2 millions $, c'est exactement ce qu'on a fait, mais on était rendu à mettre 600 litres par jour de sulfate ferrique. Ça ne tenait pas debout», plaide M. Pépin, «et ils sont au courant de ça».

Le ministère dit avoir «informé la Régie qu'elle n'est pas obligée d'accepter les matières résiduelles d'origine industrielle». M. Pépin réplique que la Régie reçoit très peu de matières des industries et «quand c'est le cas, elles ont des tests à passer» pour être toujours conformes aux normes, assure-t-il.

Le ministère recommande aussi «de réduire ou d'arrêter l'utilisation de fluff (résidus de déchiquetage d'automobiles) pour le recouvrement journalier du LET». Cette déclaration fait sursauter les dirigeants de la Régie. En guise de réponse, ils exhibent le Règlement sur l'enfouissement et l'incinération des matières résiduelles qui autorise pourtant l'usage de cette matière à cette fin.

Le ministère note que la Régie ne traite pas seulement le lixiviat du lieu d'enfouissement technique, mais aussi les eaux usées du garage, du bâtiment administratif, de Savoura, du centre de tri et de boues de fosses septiques.

«On ramasse déjà les eaux usées de toute la Mauricie», plaide M. Goyette. «Pourquoi pas les nôtres?», questionne-t-il.

«Ce sont des eaux grises, sans doute les plus propres qui vont au traitement», renchérit M. Pépin.

Pour le président Goyette et son directeur général, le ministère refuse simplement de remettre en question son règlement sur le zinc dans les rejets. La norme que la Régie devrait suivre est à 0,07, mais celle de la Ville est à 1,0 et celle des industries à 1,2 ou 4,5, énumère M. Goyette.

«On devrait être partenaires avec le ministère de l'Environnement, mais pour eux, ce mot n'existe pas», déplore-t-il.

Dans son courriel, le ministère indique que son rôle est plutôt de délivrer des autorisations gouvernementales, d'assurer le respect de la réglementation et d'émettre des sanctions administratives ou pécuniaires si les situations ne sont pas corrigées.

«On ne veut pas se soumettre au ridicule», plaide Daniel Pépin. «C'est l'argent de la population de la Mauricie. Ça n'a pas de bon sens de faire quelque chose comme ça.»

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