De l'argent à la poubelle pour respecter une norme environnementale

Le directeur général de la RGMRM, Daniel Pépin,... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Le directeur général de la RGMRM, Daniel Pépin, et le président, René Goyette, près des camions-citernes qui doivent transporter de 8 à 16 voyages de lixiviat traité par jour de Saint-Étienne à Trois-Rivières.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Une chance que le ridicule ne tue pas parce qu'il y aurait une gang de morts», fulmine René Goyette.

Le président de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie est dans une colère noire peu ordinaire.

C'est que la Régie est désormais obligée de dépenser entre 100 000 $ et 200 000 $ par mois de l'argent des contribuables pour faire circuler entre 8 et 16 camions-citernes chaque jour entre Saint-Étienne-des-Grès et l'usine de filtration de la Ville de Trois-Rivières.

C'est une norme du ministère de l'Environnement sur le rejet du zinc dans les affluents qui est à l'origine de ce déplacement de camions-citernes coûteux et polluants.

Le 21 mars dernier, la Régie a reçu un avis de non-conformité. Le ministère, avec menaces d'amendes substantielles, lui a ordonné de ne plus rejeter dans la rivière Saint-Maurice le lixiviat, ou jus provenant des déchets, qu'elle traite et filtre au site d'enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès avant de le rejeter dans l'affluent.

En mai 2014, la Régie avait constaté que son lixiviat traité dépassait les normes gouvernementales fixées pour le zinc et les matières en suspension.

La Régie, explique le président, n'a pas hésité à tout mettre en oeuvre depuis pour régler le problème. Elle n'a reçu à cet effet aucune aide du côté du ministère de l'Environnement ni financièrement, ni techniquement.

«L'an dernier, on a dépensé 1,2 million $ en recherche pour tenter de contrôler le zinc», raconte le président Goyette.

«Il n'y a aucune technique, aucune solution nulle part», dit-il, visiblement exaspéré. «Personne, au ministère de l'Environnement, n'a de formule. On a fait des recherches partout, personne ne peut nous aider.»

N'ayant plus le droit de rejeter son lixiviat traité à la rivière, la Régie achemine désormais son lixiviat traité à Trois-Rivières avec la bénédiction du ministère de l'Environnement, afin d'éviter que ses bassins débordent.

L'ironie de l'affaire, c'est que «le ministère interdit le rejet, à Saint-Étienne-des-Grès, de notre lixiviat traité, mais ce même lixiviat peut être transporté à Trois-Rivières par camion et retourné dans l'environnement via les bassins de la Ville. Et il faut payer du transport en plus», résume le directeur général de la Régie, Daniel Pépin.

Ce qui choque au plus haut point René Goyette et Daniel Pépin, c'est que le taux de zinc permis n'est pas le même pour tous.

Pour la Régie, il doit être inférieur à 0,07 milligramme par litre (mg / l) lors du rejet à l'affluent. Mais pour la Ville de Trois-Rivières, le taux est beaucoup plus élevé, soit de 1,0 mg / l dans l'égout d'arrivée et il n'y a aucune norme pour le rejet à l'affluent.

Le lixiviat traité de la Régie contient 0,25 mg / l de zinc.

Le 24 mars, le ministère écrit à la Régie pour l'encourager à continuer ses travaux de recherche sur les essais de réduction du zinc que les citoyens de la Mauricie ont supportés au coût de 1,2 million $. Le ministère indique qu'il «ne dispose malheureusement pas de programme de subventions pour les projets de recherche dans les domaines en lien avec le traitement des eaux de lixiviation de lieux d'enfouissement».

Or, la Régie n'a pas de fonds illimités pour faire de telles recherches, plaide le président. La lettre fut rapidement suivie d'une interdiction à la Régie de rejeter son lixiviat traité dans la rivière.

La Régie a eu beau expliquer sa situation aux fonctionnaires et même contacter le cabinet du ministre, rien n'y fait.

«On est traité comme des bandits», déplore René Goyette.

«Au bout du compte, tout ce qu'ils font, c'est pénaliser les citoyens», constate Daniel Pépin, puisque ce sont les payeurs de taxes de la Mauricie qui font les frais de ces exigences gouvernementales.

La Régie ignore d'où vient tout ce surplus de zinc dans le lixiviat de la cellule 4, la plus problématique du lot. René Goyette estime que la nature des matières résiduelles a probablement changé, au cours des décennies.

Le 13 avril dernier, le ministère écrivait finalement que «les normes de rejet du système de traitement des eaux usées de Saint-Étienne-des-Grès pourraient être modifiées».

Toutefois, la Régie devra d'abord payer 1708 $ de frais et s'embourber de formulaires pour faire une «demande de calculs des objectifs environnementaux de rejet». L'interdiction de rejet est toutefois maintenue entre-temps, le tout sans assurance que la situation se règle.

«Pendant qu'ils réfléchissent à ça, on paie une fortune», déplorent les représentants de la Régie.

Il n'a pas été possible d'obtenir les commentaires du ministère, mercredi.

La Régie souhaiterait que le Centre de recherche industrielle du Québec se penche sur ce problème. Cette implication coûterait toutefois 960 000 $ et prendrait 18 mois. À 100 000 $ par mois pour le transport du lixiviat, la Régie n'a donc pas fini de cracher des millions $.

Le zinc...

Le zinc est un des métaux lourds ou éléments-traces, comme le plomb ou le cuivre, par exemple, considérés comme polluants et toxiques lorsque présents en trop grande quantité dans l'environnement. Il peut aussi causer des problèmes de santé s'il y en a trop dans l'eau potable.

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