Inquiétantes données sur l'état de la perchaude au lac Saint-Pierre

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La perchaude est devenue l'emblème du piètre état du lac Saint-Pierre.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les plus récentes données disponibles du ministère des Forêts, Faune et Parcs sur l'état de la perchaude au lac Saint-Pierre, datées de 2013, sont alarmantes. Non seulement les perchaudes adultes de trois ans et plus se font moins abondantes dans les 42 stations d'échantillonnage géoréférencées des scientifiques, mais le nombre de jeunes, donc la relève, fond comme neige depuis 2002.

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Le professeur Pierre Magnan de l'UQTR, président du Comité de suivi des stocks de perchaudes.

François Gervais

Jean Lévesque, président de l'Association des pêcheurs commerciaux... (Stéphane Lessard) - image 1.1

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Jean Lévesque, président de l'Association des pêcheurs commerciaux du lac Saint-Pierre.

Stéphane Lessard

«Je vous dirais que je suis normalement de nature optimiste, mais là, disons que je suis inquiet», confie le professeur Pierre Magnan, président du Comité de suivi des stocks de perchaudes, directeur scientifique du Centre de recherche sur les interactions bassins versants-écosystèmes aquatiques (RIVE) de l'UQTR et titulaire de la chaire de recherche du Canada en écologie des eaux douces.

Ces données sont mises en doute par l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre. Le président, Jean Lévesque, indique que les pêcheurs qui ont récemment fait leur collecte annuelle de ménés, pour la pêche sur glace hivernale, ont dû rejeter des quantités importantes de perchaudes, autant des petites que des grosses.

M. Lévesque reconnaît toutefois qu'il y a plusieurs endroits, au lac Saint-Pierre, où l'habitat des perchaudes est devenu désertique. «Dans l'embouchure des rivières Richelieu, Yamaska et Saint-François, il n'y a plus de perchaudes», reconnaît-il. «Dans la baie Lavallière, qui était un secteur à perchaude, il n'y en a plus. Il y a des cyanobactéries, c'est indéniable», dit-il.

«La perchaude s'est déplacée», croit M. Lévesque. Selon lui, elle est allée sur la rive nord.

Les points noirs sur ce graphique indiquent l'absence... (Ministère des Forêts, Faune et Parcs) - image 2.0

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Les points noirs sur ce graphique indiquent l'absence de perchaudes dans les filets. La situation est pire pour les moins d'un an.

Ministère des Forêts, Faune et Parcs

Roger Michaud, pêcheur commercial.... (Archives Le Nouvelliste) - image 2.1

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Roger Michaud, pêcheur commercial.

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Mais le professeur Magnan est catégorique. Les perchaudes d'un an se font de plus en plus rares. Dans la majorité des stations d'échantillonnage, on n'en capture plus aucune. «Quand les adultes seront morts de vieillesse, il n'y aura plus de perchaude dans le lac Saint-Pierre», craint le chercheur. «Une perchaude vit environ 9 ans», précise-t-il.

Selon le scientifique, cette situation n'a rien à voir avec la surpêche. «Ce sont les conditions du lac Saint-Pierre» qui affectent l'espèce, précise-t-il.

L'ancien président de l'Association des pêcheurs commerciaux, Roger Michaud, indique avoir reçu les données préliminaires du dernier rapport du MFFP daté de 2013 qui n'a pas encore été rendu public. Il admet que les perchaudes ne sont pas aussi abondantes qu'en 1980, «mais au niveau des classes d'âges, ça se ressemblait pas mal. Il y avait de la relève. Moi, j'en vois de toutes les sortes, mais en nombre, ce n'est pas comme en 1980», précise le pêcheur commercial.

L'idée que les perchaudes aient déménagé et ne fréquentent plus les stations d'échantillonnages scientifiques ne tient pas la route, selon le professeur Magnan. Le protocole pour évaluer les populations de perchaudes «est éprouvé et fait selon les normes scientifique dans le domaine», assure-t-il. «On a 42 stations dans le lac Saint-Pierre et aux cinq ans, on en a plus d'une centaine», rappelle-t-il.

Jean Lévesque assure pourtant qu'à la hauteur de Maskinongé l'an passé, on prenait de la perchaude «tant qu'on voulait». Mais cette affirmation ne correspond pas aux données du ministère.

Les relevés indiquent que même si l'on trouve encore beaucoup d'adultes un peu partout au lac Saint-Pierre, il reste un seul endroit où l'on trouve encore des perchaudes d'un an et c'est à l'embouchure des îles de Sorel et de Berthier. Ce genre de secteur doit être protégé à tout prix, estime Pierre Magnan, «mais on ne peut pas reconstruire une population avec ça. C'est impossible. Ce n'est pas ça qui va sauver le lac Saint-Pierre», assure-t-il.

Le moratoire sur la pêche à la perchaude se termine en 2017. «À l'été 2016, le ministère va aller échantillonner dans le coin des îles de Sorel et en 2017, à l'été, il va aller échantillonner dans le lac Saint-Pierre. La suite dépendra des résultats.

Roger Michaud, lui, espère la levée au plus vite du moratoire sur la perchaude. «Pourquoi priver du monde de capturer 12 tonnes de perchaudes quand les cormorans en mangent 25 tonnes?» se questionne-t-il.

Les efforts se poursuivent pour tenter d'améliorer le sort de la perchaude. Le Groupe de concertation des bassins versants de la zone Bécancour (GROBEC) a récemment annoncé un projet de 300 000 $ qui consistera à caractériser les habitats de la perchaude et à en aménager des nouveaux, entre le pont Laviolette et Saint-Pierre-les-Becquets. Ceci devrait permettre d'améliorer le taux de survie des oeufs et des alevins.

Ce projet est le fruit d'une vaste collaboration entre le Plan d'action Saint-Laurent, les gouvernements du Canada et du Québec, plusieurs organismes oeuvrant à l'environnement, l'UQTR, le comité ZIP Les Deux rives, le Conseil des Abénakis, la Fédération des pêcheurs commerciaux d'eau douce du Québec, des municipalités, la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour et autres organisations.

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