Déversement des eaux usées: résignés, les maires appellent à la prudence

Dans l'ordre habituel, on retrouve les maires Yvon... (Stéphane Lessard)

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Dans l'ordre habituel, on retrouve les maires Yvon Deshaies, de Louiseville, Jean-Guy Dubois, de Bécancour et Yves Lévesque, de Trois-Rivières, en compagnie du chef de la communauté abénaquise de Wôlinak, Denis Landry.

Stéphane Lessard

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Bécancour) Convaincus par les experts qu'il s'agit du moins pire des scénarios, les maires des deux rives, ainsi que le chef de la communauté abénaquise de Wôlinak, acceptent le déversement de huit milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent par la Ville de Montréal tout en exprimant des attentes envers le gouvernement fédéral.

D'abord, les maires Yves Lévesque, Jean-Guy Dubois, Yvon Deshaies et Alain Drouin (absent au point de presse) de même que le chef Denis Landry demandent qu'un répondant en position d'autorité soit nommé au sein d'Environnement Canada afin d'accompagner les Villes ou communautés pouvant être touchées ou se questionnant sur le déversement.

Ensuite, les élus de Trois-Rivières, Bécancour, Louiseville, Nicolet et Wôlinak veulent s'assurer que le gouvernement exerce son devoir de consultation auprès des communautés et des municipalités lors de tels événements.

«C'est le meilleur scénario dans les circonstances car il y aurait plus de dégâts à ne pas faire le déversement», a indiqué le maire Dubois à la suite du rapport d'examen portant sur les renseignements techniques et scientifiques.

Celui-ci a rappelé que le 5 octobre dernier, une lettre adressée par la Ville de Bécancour au ministre David Heurtel demandait au gouvernement provincial d'identifier un responsable en position d'autorité pour aiguiller les municipalités. Par la suite, une rencontre avec les responsables du projet de la Ville de Montréal a été tenue à Bécancour où les dirigeants des municipalités concernées étaient présents. Une seconde rencontre de nature plus technique s'est aussi tenue avec des représentants du ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques à l'hôtel de ville de Bécancour le mois dernier.

«De toute façon, des déchets chimiques et biomédicaux sont actuellement rejetés dans le fleuve sans être traités», a fait remarquer M. Dubois.

Celui-ci était visiblement rassuré de savoir que son homologue de Montréal, Denis Coderre, s'était engagé à respecter les quatre conditions de l'arrêté ministériel relatif au déversement.

«Le côté positif, c'est qu'on vient de s'apercevoir que le fleuve Saint-Laurent est fragile, qu'il est extrêmement important au niveau de l'approvisionnement, du transport, de l'économie et de l'environnement et que sa gestion est une question fédérale», a-t-il ajouté.

Pour sa part, le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, déplore que ses expériences avec le ministère de l'Environnement «coûtent une fortune», donnant l'exemple d'un dossier de chemin qui a entraîné des frais d'un demi million de dollars à la municipalité. «Mais pour Montréal, on est obligé de fermer les yeux et dire: déversez et envoyez ça en bas, soit l'équivalent de 40 000 citernes», poursuit celui qui entend «prendre un break cet été» par rapport à ses fréquentations du lac Saint-Pierre.

De son côté, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, dénonce aussi cette politique du «deux poids, deux mesures» de la part du gouvernement en matière environnemental. Il a raconté à nouveau cette interdiction du ministère de jeter dans le fleuve de la neige blanche, fraîchement tombée en grande quantité en 2008, ce qui avait entraîné des coûts additionnels de deux millions de dollars à la Ville. 

«Comment être crédible envers nos contribuables quand on dit que huit milliards de litres d'eau usées dans le fleuve, ce n'est pas grave, alors qu'on doit appliquer les règlements pour des fosses septiques non conformes?», soulève le premier magistrat. «C'est comme si Trois-Rivières avait déversé tous les égouts de la Ville pendant quatre mois. Je n'aurais pas eu la même écoute», a renchéri celui qui trouve «qu'on a banalisé le dossier de Montréal».

Par ailleurs, il se demande qui va assumer les coûts d'un impact éventuel du déversement. Alors que, dit-il, des mesures compensatoires sont exigées des entreprises qui doivent empiéter sur des milieux écologiques pour leur développement, le maire Lévesque souhaite qu'on applique la même médecine au gouvernement.

Finalement, le chef Denis Landry s'est dit «irrité au plus haut point» par la façon avec laquelle cette histoire de déversement a été menée.

«Il faut consulter les Premières Nations et les autres avant de faire quoi que ce soit. Ce qui est important, ce sont les mesures d'atténuation. Nous serons aux aguets au niveau des déversements et tout ce qui touche le fleuve Saint-Laurent», a-t-il fait savoir.

Le maire Denis Coderre a annoncé mardi que le déversement aura lieu à compter de mercredi «à minuit et une minute». «Pour moi, la décision que l'on prend, aussi impopulaire soit-elle, est une décision responsable dont le but premier est d'assurer une meilleure protection pour le fleuve et pour notre eau», a-t-il déclaré.

La purge complète de l'intercepteur sud-est, qui mesure 30 kilomètres, prendra entre 18 et 24 heures. Une fois la conduite asséchée, différents travaux seront réalisés 24 heures sur 24 durant une période maximale de 7 jours. L'eau d'égout sera alors vidée à partir de 24 points différents compris entre les arrondissements LaSalle et Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.

Durant les travaux, les eaux usées de 12 arrondissements et 7 villes défusionnées seront donc directement versées dans le fleuve à partir de 24 exutoires qui étaient utilisés il y a 30 ans pour déverser les égouts de la métropole, avant la construction de l'usine d'épuration à la pointe de l'île.

Avec la collaboration de la Presse canadienne

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