Déversement d'eaux usées à Montréal: l'UQTR va étudier les effets

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Le professeur Gilbert Cabana est un des spécialistes du fleuve à l'UQTR et coordonnateur de cette étude.

Olivier Croteau

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'Université du Québec à Trois-Rivières, sous la direction du professeur Gilbert Cabana, étudiera les impacts du panache des égouts de la Ville de Montréal qui devrait traverser les îles de Sorel et le lac Saint-Pierre, du 18 octobre au 25 octobre.

Si le déversement a lieu comme prévu, l'UQTR impliquera des étudiants dans cette analyse qui vise notamment la mesure des taux de coliformes dans l'eau et des matières en suspension, les deux variables les plus faciles à mesurer «et qui pourraient refléter l'apport supplémentaire au fleuve en déchets qui va être amené au cours de cette opération-là», dit-il.

Le professeur Cabana s'affairait, hier, à préparer le protocole d'analyse afin qu'il réponde aux normes scientifiques reconnues.

Le chercheur avoue qu'il ne s'inquiète pas outre mesure de ce déversement-là en particulier parce qu'on «fait des insultes constantes au fleuve chaque jour», plaide-t-il.

Montréal, explique-t-il, fait en effet un dégrillage des débris qui sortent des égouts (serviettes sanitaires, condoms, papiers et autres). Par la suite, il y a une période de décantation rapide et les boues qui en résultent sont enfouies ou brûlées, mais l'eau non désinfectée est rejetée au fleuve quotidiennement avec son lot de bactéries, virus, hormones de synthèse et médicaments rejetés dans les urines de 1,8 million de citoyens desservis par l'usine. «Elle contient des comptes astronomiques de bactéries et des concentrations élevées en toutes sortes de contaminants», indique le chercheur.

Tout cela, c'est sans compter les surverses fréquentes du système de filtration désuet qui laissent passer tout ce que la Ville s'apprête à rejeter pendant une semaine.

Notons que le déversement de la Ville de Montréal équivaudrait à 0,5 % du débit du fleuve.

Finalement, «c'est «business as usual depuis 1985», analyse le professeur Cabana. Les gens qui s'articulent autour de cette crise n'ont «pas pris connaissance de tout ce qui est rejeté de façon systématique chaque jour dans le fleuve. C'est un genre de débat où l'on est en train d'argumenter sur l'organisation des chaises longues sur le pont du Titanic», résume-t-il.

Ses collègues, avec qui il a échangé à ce sujet dernièrement, partagent ce point de vue. Le consensus, dit-il, «a été très facile.»

Des échantillons seront pris en amont des îles de Sorel-Berthier, donc en amont du lac Saint-Pierre. Ces îles sont «un filtre naturel et un intercepteur naturel. Ce qui nous inquiète un peu, mais qu'on ne pourra malheureusement pas étudier, c'est la possibilité que les déchets grossiers qui ne seront plus dégrillés pendant une semaine soient interceptés par les plantes aquatiques des herbiers des îles et qui, selon les situations, pourraient être ensevelis sous des sédiments et être immobilisés là et graduellement, les contaminants qui vont être là dedans vont être bioamplifiés, c'est-à-dire transférés vers la chaîne alimentaire locale. Mais ce n'est pas certain», dit-il.

Les chercheurs auraient sans doute été intéressés à faire cette analyse et à mesurer aussi la toxicité du rejet de Montréal et ses impacts sur l'écosystème aquatique, mais ils n'ont pas de fonds pour le faire dans ce cas précis, indique le professeur Cabana. «On essaie de faire le maximum et en même temps, peut-être éduquer les gens», espère ce spécialiste du fleuve.

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