Eaux usées: Montréal doit suspendre son projet

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« Savez-vous depuis quand Environnement Canada a ce dossier-là entre les mains ? Depuis septembre 2014 », a tonné le maire Coderre lors d'un point de presse en fin de journée.

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La Presse Canadienne

La ministre fédérale de l'Environnement, Leona Aglukkaq, demande à la Ville de Montréal de suspendre son projet de rejeter dans le fleuve Saint-Laurent huit milliards de litres d'eaux usées, le temps de voir si d'autres options ne pourraient pas être plus acceptables au plan environnemental.

Et le maire Denis Coderre s'est dit prêt à fournir les preuves et les documents qu'il lui faudra, mais il donne une date limite pour cette évaluation fédérale: d'ici trois jours.

C'est le ministre Denis Lebel, lieutenant du gouvernement Harper pour le Québec, qui a rapporté les propos de sa collègue de l'Environnement, depuis Saguenay.

«J'ai demandé à Environnement Canada d'explorer différentes options qui permettraient de prévenir ce déversement pendant que nous recueillons plus d'information sur les conséquences environnementales des plans élaborés par la Ville de Montréal. Je demande au maire (de Montréal Denis) Coderre d'interrompre l'exécution de ses plans pendant la tenue d'une évaluation en bonne et due forme», a fait savoir la ministre Aglukkaq.

Montréal projette de rejeter ses eaux usées du 18 au 25 octobre, dans le cadre d'un plan pour déplacer une chute à neige située sous l'autoroute Bonaventure. Il lui faudra alors fermer complètement un collecteur d'égouts, un intercepteur, pendant une semaine.

Le maire de Montréal a reproché au gouvernement conservateur sortant de vouloir «gagner des petits points politiques» avec cette question purement environnementale. «Et moi, je n'embarque pas là-dedans», a-t-il tonné, visiblement irrité, au cours d'un point de presse en fin d'après-midi.

Il a soutenu qu'Environnement Canada était au courant de la demande de Montréal depuis septembre 2014. Il trouve curieux que ce ne soit qu'aujourd'hui que soit formulée une demande d'étudier plus à fond le dossier.

Malgré tout, le maire Coderre s'est dit prêt à collaborer, à fournir les preuves requises. «Je vous donne trois jours», a-t-il lancé, invitant les représentants du gouvernement fédéral à venir à Montréal.

Selon lui, le temps presse. «Plus on attend; plus il peut y avoir des bris» dans ce réseau usé. Il a répété que les autres options, comme les voies de contournement, avaient été évaluées et que leur coût atteignait 1 milliard $.

Il a souligné le fait que certaines municipalités n'ont même pas d'usine d'épuration et qu'il se trouverait «90 milliards d'eaux non traitées» dans les Grands Lacs, sans que personne n'ait à redire à ce sujet.

La ministre Aglukkaq a rappelé qu'en vertu de la Loi sur les pêches, il est interdit «d'immerger ou de rejeter une substance nocive dans des eaux où vivent des poissons».

Elle a rappelé que le fleuve Saint-Laurent reste une des voies navigables les plus importantes du Canada, en plus d'être l'habitat de plusieurs espèces de baleines et poissons et de fournir de l'eau potable à des millions de Canadiens. Et le fleuve sert aussi à des fins récréatives.

Depuis que le projet a été ébruité, une pétition d'opposants circule. Elle a recueilli 70 000 noms en quelques jours seulement.

Réactions

En campagne électorale, les chefs de partis n'ont pas tardé à réagir.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, s'est montré le plus cinglant, affirmant carrément qu'il ne permettrait pas à la Ville de Montréal d'agir ainsi.

«L'idée qu'en 2015, on va lâcher des milliards de litres d'eaux usées, crues, dans le Saint-Laurent et dans ses écosystèmes, c'est tellement saugrenu que c'est évident qu'un gouvernement du NPD ne le permettrait pas», a-t-il lancé, au cours d'une rencontre avec la presse.

Le maire Coderre a d'ailleurs reproché à M. Mulcair d'avoir fait cette sortie «pour qu'on ne parle plus de niqab» - le talon d'Achille du NPD qui l'a fait dégringoler dans les sondages.

«C'est complètement inconcevable qu'en 2015, on s'apprête à jeter des eaux usées remplies de bactéries et de médicaments dans le fleuve Saint-Laurent. C'est une solution à court terme qui pourrait avoir des impacts à long terme sur le milieu aquatique d'un des plus importants cours d'eau au pays», a déclaré quant à elle par voie de communiqué Ruth Ellen Brosseau, députée sortante et candidate néodémocrate de la circonscription de Berthier-Maskinongé.

Mme Brosseau dit ne pas faire confiance aux conservateurs en ce qui a trait à l'environnement. Le gouvernement fédéral doit intervenir de façon plus musclée afin de faire respecter la Loi sur les pêches.

Refusant pour sa part de blâmer la Ville de Montréal pour le déversement de milliards de litres d'eaux usées qu'elle prévoit faire dans le fleuve Saint-Laurent, Justin Trudeau accuse plutôt le gouvernement conservateur d'avoir placé les villes devant des «choix impossibles» en refusant de financer adéquatement l'entretien des infrastructures.

À son tour, le chef libéral Justin Trudeau a commenté la controverse, mais sans s'engager dans un sens ou dans l'autre. Cela démontre «à quel point c'est important qu'on ait un gouvernement fédéral qui serait un meilleur partenaire pour nos municipalités», a-t-il commenté.

Il a dit comprendre l'inquiétude des citoyens à ce sujet. «C'est préoccupant qu'on soit rendu à ce point-là avec nos infrastructures», a-t-il ajouté.

Il a aussi soutenu que Montréal était placée devant «un choix impossible à faire».

La décision d'Ottawa survient alors qu'à Québec, les partis de l'opposition pressent le gouvernement Couillard de stopper le projet depuis la semaine dernière. La Coalition avenir Québec a carrément exigé la destitution du ministre de l'Environnement, David Heurtel, pour avoir autorisé l'opération.

Le parti affirme que sa décision «irresponsable» constitue la troisième fois qu'il faillit à sa tâche. Il a d'abord autorisé des forages au large de Cacouna malgré les risques pour les bélugas. Il a aussi donné son feu vert à la cimenterie McInnis, en Gaspésie, qui fera augmenter de 6 % les émissions de gaz à effet de serre du Québec.

«Le ministre est abîmé. Il n'a plus la crédibilité pour se mettre devant la Ville de Montréal. Nous avons la preuve qu'il est au courant de cette situation depuis avril 2014. Il est donc complètement inexplicable que nous nous retrouvions dix-huit mois plus tard devant cette obligation de polluer de façon majeure la principale source d'approvisionnement en eau potable de grandes agglomérations québécoises. Son incompétence a été trop souvent démontrée et son départ me paraît incontournable», a commenté le député caquiste de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

Avec La collaboration de Martin Lafrenière et Marc Rochette

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