Eaux usées de Montréal dans le fleuve: des effets dévasteurs

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Normand Gariépy ne crie pas parce que les eaux usées de Montréal traverseront directement le lac Saint-Pierre pendant sept jours, à partir du 18 octobre, avec la bénédiction du ministre de l'Environnement.

Il rageait, hier, parce que ça fait 25 ans que Montréal devrait désinfecter ses eaux usées et que son système actuel déborde régulièrement quand il pleut abondamment. Le déversement annoncé de sept jours, c'est une variation sur un même thème, estime-t-il. «Un peu de condoms, de serviettes sanitaires» dans le tas ne changera pas grand-chose au drame qui se joue déjà dans le fleuve, dit-il.

Normand Gariépy, c'est celui qui avait obtenu de l'ONU qu'on décerne le titre enviable de Réserve mondiale de la Biosphère au lac Saint-Pierre, cet élargissement spectaculaire et fort précieux sur le plan faunique du fleuve Saint-Laurent.

Le lac Saint-Pierre, est aussi reconnu comme site RAMSAR, un titre qui regroupe les milieux humides les plus importants du monde dans le but de les protéger et de les mettre en valeur. Malheureusement, le titre n'a pas valeur de loi.

Ce précieux écosystème aquatique sera donc traversé de manière plus intensive que jamais par les coliformes fécaux et autres bactéries et virus de la Ville de Montréal apportés par l'urine et selles humaines à forte teneur en hormones et en médicaments que les gens évacuent dans les toilettes.

Louis Charest, président du comité ZIP Les Deux Rives se réjouit que la partie de Bécancour qui est desservie en eau potable par le fleuve possède un système de traitement de l'eau très performant pour faire face à ce genre de situation.

M. Charest tente depuis des années de sensibiliser les politiciens pour que Montréal soit enfin dotée d'un système de désinfection de ses eaux usées. «Malheureusement, les coliformes fécaux continuent de se trouver dans le fleuve, même au-delà de Bécancour», déplore-t-il.

Tous ces rejets non filtrés et non traités ont des effets dévastateurs sur la faune, rappelle Normand Gariépy.

Le problème des contraceptifs oraux qui se retrouvent dans l'urine, puis dans les égouts, donc directement dans le fleuve, avait fait l'objet d'une conférence fort troublante à l'Université du Québec à Trois-Rivières, en 2007. Au terme d'une étude de sept ans sur le sujet, Karen A. Kidd, une spécialiste de l'Université du Nouveau-Brunswick, avait expliqué à ses confrères de l'UQTR, que les humains rejetaient assez d'hormones de synthèse dans le fleuve pour que les poissons mâles développement des caractéristiques de femelles. Cette situation affecte évidemment la reproduction des espèces. Or, avait indiqué la scientifique, il existe des moyens pour filtrer jusqu'à 90 % des oestrogènes dans l'eau.

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, était pour sa part furieux, hier, en apprenant la permission que vient d'obtenir Montréal.

«Le ministère de l'Environnement vient de manger un coup sur sa crédibilité», fulmine-t-il.

C'est qu'en 2008, alors que les chutes de neige avaient été exceptionnellement abondantes au Québec, la Ville de Trois-Rivières s'était fait refuser la permission de rejeter ses surplus de neige dans le fleuve. «C'était de la neige fraîche, toute blanche. Les enfants en mangent», fait valoir le maire Lévesque. Malgré tout, Trois-Rivières s'est fait dire non. «On a été obligé d'investir 2 millions $ pour aménager des dépôts de neige usée temporaires», raconte-t-il.

«Ce que la Ville de Montréal va rejeter dans le fleuve, jusqu'au 18 octobre, c'est l'équivalent de 4 mois d'eaux usées de toute la Ville de Trois-Rivières», fait valoir Yves Lévesque. «S'il fallait qu'on fasse ça, nous, verriez-vous le scandale que ça ferait?», dit-il.

Yves Lévesque rappelle que Sainte-Anne-de-la-Pérade s'était aussi fait taper sur les doigts parce que les eaux usées de son aréna s'écoulaient dans la nature. «En équivalent de ce que s'apprête à rejeter Montréal, on pourrait dire que ça lui aurait pris sans doute 1000 ans pour polluer autant», ironise le maire.

Normand Gariépy estime qu'il faut «dénoncer l'écoeuranterie qui se poursuit. Les poissons du fleuve vivent dans la merde.»

Pour assurer la santé du fleuve Saint-Laurent, il faut désinfecter les eaux usées de Montréal, plaide aussi Louis Charest. «Mais ça fait 10 ans qu'on nous promet ça», déplore Normand Gariépy.

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