Eau contaminée à Saint-Étienne: «C'est comme un cancer»

Faute d'eau potable, Réjean Lapointe, propriétaire de la... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

Agrandir

Faute d'eau potable, Réjean Lapointe, propriétaire de la Pépinière 55, a été contraint de laisser ses serres vides au cours de l'hiver, entraînant des pertes financières évaluées à 500 000 $.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Saint-Étienne-des-Grès) Un malheur ne s'abat jamais seul. Non seulement l'eau potable à Saint-Étienne-des-Grès renferme-t-elle des taux de chlorure de sodium au-delà de la norme acceptable, mais en plus de récentes analyses démontrent que les taux de nitrites et de nitrates sont à ce point élevés que la Santé publique demande aux citoyens concernés de ne plus utiliser l'eau du robinet, même après l'avoir fait bouillir.

Ainsi, jusqu'à nouvel ordre, l'eau potable ne l'est plus dans certaines résidences ayant pignon sur le chemin des Grès et sur l'avenue Ringuette. Une situation à la source de frustrations senties, certes, mais qui cause également bien des maux de tête aux résidents.

La qualité de vie de Réjean Lapointe, dont l'eau est impropre à la consommation, est amputée depuis des années. Comme si ce n'était pas suffisant, son gagne-pain risque fort de souffrir de cette eau qui coule des tuyaux comme un «poison». Propriétés de M. Lapointe, les serres de la Pépinière 55 qui, à l'habitude, verdoient de plantes destinées à la vente printanière, sont demeurées vides tout l'hiver. C'est que le chlorure de sodium, les nitrites et les nitrates, détruisent avec une redoutable efficacité les végétaux qui y trempent leurs racines.

«Il y a un problème, c'est officiel, et il est majeur. C'est majeur en terme de santé publique. C'est également majeur pour mes cultures. Je ne peux pas utiliser l'eau pour arroser mes plantes. Cet hiver, je n'ai même pas pu produire, mes serres sont restées fermées. Et comme mes serres sont fermées, je n'ai pas pu avoir de financement agricole. C'est grave. Je fournissais 17 municipalités, ma production était déjà vendue à l'avance. Je n'aurai aucun financement potentiel tant que le problème de l'eau ne sera pas réglé», se désole M. Lapointe.

Uniquement lors de la saison hivernale, M. Lapointe évalue ses pertes à plus de 500 000 $. Sans compter les 25 emplois qui dépendent entièrement de cette production. Une situation, avoue-t-il, plus que «décourageante».

«Pour moi, c'est comme un cancer. C'est le même phénomène que si tu as un cancer et que ce n'est pas toi qui décides, mais le médecin. Comme si on me donnait du poison à petites doses. En attendant, on nous propose des solutions temporaires, mais nous on ne veut pas une solution temporaire, on veut une solution permanente», tempête M. Lapointe, en assurant qu'il ne se laissera pas «assécher» et qu'il continuera à se battre. «Le député [Marc H. Plante] m'a dit que ce dossier ne traînerait pas», rapporte-t-il en espérant que, cette fois, ce soit vrai.

Saint-Étienne-des-Grès a ouvert ses portes aux citoyens touchés par l'insalubrité de l'eau pour qu'ils s'y approvisionnent. Une solution «temporaire» qui ne satisfait pas certains, comme Jacques Hill, dont l'eau contient 52,9 mg/L de nitrates, alors que selon l'Institut national de santé publique du Québec, à partir de 10 mg/L, les nitrates peuvent avoir des effets possibles sur la santé humaine.

«Des nitrates, en réalité, c'est de la merde. Ça ne donne pas le goût d'en boire. Alors j'achète mon eau à l'épicerie. Même si le maire nous dit d'aller en chercher à la caserne des pompiers, moi je reste à quasiment dix kilomètres de la caserne. Qui va payer mon essence, le maire?», se questionne M. Hill.

Ce dernier s'inquiète particulièrement de la dévaluation de sa maison qui, pour l'heure, n'est plus alimentée en eau potable. «C'est très désagréable comme situation. Je trouve ça aberrant. Y'a quelque chose qui ne marche pas quelque part», mentionne-t-il.

«À la Municipalité, ma maison est évaluée à 135 000 $, mais si je n'ai pas d'eau potable, elle ne vaut plus rien. Pourtant, je paye des taxes quand même sur 135 000 $. Je ne veux pas que la Municipalité réduise la valeur de ma maison, je veux un congé de taxes municipales jusqu'à ce que l'eau potable revienne. Au moins, ça me permettrait d'éponger les frais supplémentaires que je dois actuellement débourser», estime M. Hill.

Une idée qui sera présentée lundi au maire de Saint-Étienne-des-Grès, Robert Landry, par un comité provisoire formé de citoyens des secteurs touchés. «Ce n'est pas la Municipalité qui décide, c'est la MRC. Demain [lundi] je rencontre donc le maire pour organiser une rencontre avec la MRC. On verra ce qui en est de ça», indique le représentant du comité, Paul Langevin.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer