Après 13 ans, l'avis d'ébullition est levé à Saint-Prosper

Maintenant que l'eau potable coule dans les robinets,... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Maintenant que l'eau potable coule dans les robinets, les tâches de la cuisinière Claudine Bergeron seront allégées, au grand plaisir des résidents. Mme Bergeron est ici entourée de Joachim Massicotte et de sa conjointe Anita.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Louise Plante, Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Saint-Prosper) Après 13 ans, un des avis d'ébullition les plus longs jamais diffusé au Québec est enfin levé à Saint-Prosper et par le fait même à Saint-Stanislas, dont une partie du réseau d'eau potable est desservie par cette localité.

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Michel Grosleau, maire de Saint-Prosper

Photo: Sylvain Mayer

Le maire de Saint-Prosper Michel Grosleau ne cachait pas, vendredi, son grand soulagement de voir ce dossier enfin arriver à terme après moult rebondissements politiques, frustrations et déceptions... sans oublier une grosse colère de sa part. Il était heureux d'annoncer qu'un communiqué allait être acheminé aux quelque 230 résidences de ce village avisant les citoyens que l'eau était désormais potable partout dans leur municipalité, autant dans les rangs qu'au coeur du village.

«C'est beaucoup de pression qu'on enlève de sur mes épaules, a-t-il confié, en riant de bon coeur. Aujourd'hui, je suis bien fier de pouvoir dire que le réseau est en marche, et qu'on peut enfin desservir la population au complet. Ce fut un dossier de plusieurs mandats.»

Même si sa propre résidence n'était pas comprise dans le périmètre urbain touché par l'avis d'ébullition, Michel Grosleau affirme bien comprendre les désagréments vécus par ses concitoyens qui devaient faire bouillir l'eau du robinet jour après jour, année après année. Claudine Bergeron, cuisinière à la résidence Marysia, s'était transformée malgré elle en porteuse d'eau pour le bénéfice des personnes âgées installées à sa table. «Je devais transporter de l'eau de chez moi pour faire la cuisine. Ici, ça en prend beaucoup de l'eau. Maintenant que l'eau est potable, ça m'enlève de l'ouvrage», se réjouit-elle.

Malgré l'interdit de consommation, le maire Grosleau reconnaît que quelques irréductibles ne faisaient pas bouillir l'eau avant de la boire, même après la municipalisation du réseau.

C'est le cas de Dany Adam, qui s'apprête à prendre les commandes de la quincaillerie du coin. Même si M. Adam avoue que la pression dans les robinets s'est accrue et que l'eau est plus limpide qu'avant, ce dernier n'a pas changé ses habitudes de consommation depuis la levée de l'avis, lampant à grandes gorgées l'eau du réseau municipal. «J'ai toujours bu l'eau sans la faire bouillir. Elle était très bonne, j'avais un bon débit. Mais pour les résidents à la sortie du village, ce n'était vraiment pas drôle. Le débit était si faible que pour prendre un bain le soir, il fallait s'y prendre dès l'après-midi.»

Cependant, fait remarquer le maire, une consigne très claire était toujours donnée aux nouveaux arrivants. «On les avertissait parce qu'ils n'étaient pas habitués de boire cette eau-là, pas plus que les visiteurs qui venaient ici, d'ailleurs. Et je vous rappelle que si les réseaux étaient restés privés comme avant, aucune compagnie d'assurance n'aurait voulu les assurer en cas d'inconvénient majeur.»

Pour l'agriculteur Olivier Frigon, dont la ferme est située à l'orée du village, les travaux entrepris tombent pile comme une bénédiction. Si le futur père de famille se confesse d'avoir toujours consommé l'eau sans précaution préalable, sa conjointe, récemment enceinte, s'était rabattue sur l'eau embouteillée pour assouvir sa soif. Quant au faible débit de pression, ce sont plutôt ses vaches laitières qui en payaient le prix. «Une vache, ça boit quasiment 100 litres par jour, donc si la pression n'est pas assez élevée, elles se tannent de boire et elles se couchent. Maintenant que la pression est améliorée, les vaches vont boire plus. Après treize ans, c'est sûr que c'est une bonne affaire, et pour les vaches, et pour nous autres», signale M. Frigon. 

Il faut rappeler que ce fameux avis d'ébullition est arrivé après les événements tragiques de Walkerton, au début des années 2000 alors que la paisible ville de l'Ontario fut frappée par la pire épidémie à la bactérie E. coli, de l'histoire du pays. Sept personnes en moururent, tandis que 2300 personnes tombèrent malades après avoir bu de l'eau contaminée. Ce drame fit ressortir les failles du système de contrôle de l'eau potable et du même coup provoqua une prise de conscience dans toutes les administrations municipales du Canada... y compris à Saint-Prosper où plusieurs résidents s'approvisionnaient à même un réseau d'aqueduc privé alimenté par des puits. 

Devant le resserrement sévère des normes environnementales concernant l'eau potable, l'administration municipale se lança à la recherche d'eau potable en effectuant plusieurs forages, entreprit un vaste chantier comprenant une usine de traitement d'eau, un réseau d'aqueduc, un site d'assainissement des eaux et un déplacement de rues, le tout atteignant 20 millions $, financé à plus de 90 % par les deux paliers de gouvernements supérieurs.

«J'ai rencontré Noëlla Champagne (ex-députée de Champlain) la semaine passée et je lui ai dit que je voulais qu'elle soit là lors de la conférence de presse officielle que nous allons faire pour inaugurer le réseau. C'est certain qu'elle sera là et elle m'a dit qu'elle n'attendait que ça pour sabrer le champagne.»

Contactée chez elle, l'ex-députée a confié que ce dossier avait été le plus exigeant de sa carrière en termes d'interventions répétées, un dossier qu'elle avait ouvert en tant qu'attachée politique du ministre Yves Beaumier. Elle a d'ailleurs elle-même été témoin de la joie d'un ses amis, propriétaire d'une érablière, qui s'émerveillait de recevoir enfin de l'eau à ses installations.  Mme Champagne se promet d'assister aux cérémonies d'inauguration officielle champagne en main. Mais parions qu'à 20 millions $, l'eau de Saint-Prosper sera un liquide encore plus précieux.

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