Oléoduc Énergie Est: loin de l'acceptabilité sociale en Mauricie

Environ 140 personnes ont assisté, samedi, aux deux... (Photo: Émilie O'Connor)

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Environ 140 personnes ont assisté, samedi, aux deux rencontres d'information sur le projet Énergie Est organisées par la députée de Berthier-Maskinongé Ruth Ellen Brosseau.

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Louiseville) Il y a loin de la coupe aux lèvres avant que TransCanada ne décroche la tant désirée acceptabilité sociale dans le cadre de son projet d'oléoduc Énergie Est, qui traversera le Québec d'un pipeline long de 721 kilomètres. Du moins, ce n'est pas les deux rencontres d'information organisées par la députée de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau, qui aideront la pétrolière à atteindre cet objectif.

Près de 140 personnes se sont déplacées samedi, d'abord à Lanoraie, puis à Louiseville, pour en apprendre davantage sur les aspects judiciaires, les risques écologiques et le miroir économique inhérents à ce vaste chantier. Sur la tribune, trois experts ont déballé leurs inquiétudes à demi-mot, précisant d'emblée leur impartialité dans ce dossier qui s'annonce chaud. 

Selon le parcours préliminaire dessiné par TransCanada et emprunté par le pipeline, la canalisation pétrolière serpentera de part et d'autre le comté de Berthier-Maskinongé, poursuivant sa course au nord de Trois-Rivières, avant de plonger sous le fleuve Saint-Laurent pour déboucher à Cacouna. Environ 400 propriétaires fonciers et agriculteurs devraient ainsi accueillir pour le meilleur et pour le pire ce flux ininterrompu de pétrole brut extirpé des sables bitumineux albertains.

Plutôt pour le pire, à en croire les spécialistes invités. Samedi, nul besoin de lire longtemps entre les lignes de leur exposé pour en déduire que les retombées de ce projet d'envergure seraient plutôt négatives que positives. 

Sur le plan juridique, le mot «expropriation» a certes fait réagir l'assemblée. Lorsque Me Alexandre Desjardins, avocat au Centre québécois du droit en environnement, a signalé qu'une fois le projet paraphé par le gouvernement canadien, les propriétaires touchés allaient devoir se plier aux exigences de TransCanada, même le dédommagement financier pesait bien peu dans la balance en regard de la dévaluation municipale des résidences, de l'augmentation des coûts d'assurance et de la perte de rendement des terres agricoles. 

«L'Office national de l'énergie (ONE) a le pouvoir d'expropriation. Donc, si TransCanada ne réussit pas à s'entendre avec un propriétaire pour le passage du pipeline, que ce soit au moment de sa construction ou lors des travaux préliminaires, la compagnie peut demander à l'ONE de lui donner les droits d'utilisation du territoire. Évidemment, il faut que la compagnie donne une juste compensation pour ça, mais le pouvoir est là. C'est, on peut dire, une épée de Damoclès sur la tête des propriétaires», signale M. Desjardins. 

Un son de cloche nul plus rassurant a été sonné par Rosa Galvez, professeure titulaire en génie civil et génie des eaux à l'Université Laval et chargée du volet environnemental de la conférence. En résumé, les dangers environnementaux encourus par le passage du pipeline n'ont pas tranquillisé les quelques écologistes attentifs présents à Louiseville. Prenant appui sur des données colligées tant au Canada qu'aux États-Unis, Mme Galvez peinait à trouver du positif dans le projet de TransCanada.

Avec son 1,1 million de barils d'or noir transitant chaque jour dans cette canalisation souterraine, avec le lit de 62 rivières où le pipeline reposera, les 11 stations de pompage, sans compter le terminal portuaire de Cacouna et ses 15 réservoirs pouvant contenir 350 000 barils, les enjeux environnementaux exposés samedi avaient de quoi faire dresser le poil sur les bras du moins écologique des citoyens.

Avec son influence négative sur le «bouleversement climatique», les accidents, fuites, déversements, feux, la vulnérabilité des ressources en eau, la dévalorisation des terres agricoles causée par la chaleur des tuyaux, la perte d'activités récréatives et les dommages envisagés aux milieux humides, le projet de TransCanada apparaissait comme une nouvelle épée de Damoclès, cette fois accrochée au-dessus de la tête de dame Nature.

«Au Canada, on a un réseau assez intense de pipelines déjà existant. Le fait qu'on veuille augmenter le transport du pétrole provenant des sables bitumineux fait en sorte que maintenant, les réseaux ferroviaires, les réseaux par camions, les réseaux par pipelines s'intensifient et se densifient. Ainsi, qui dit intensification, qui dit plus de kilomètres de pipeline, dit augmentation des chances de déversement», souligne d'entrée de jeu Mme Galvez.

À ce propos, le lac Saint-Pierre, classé réserve mondiale de la biosphère, et aux berges duquel TransCanada prévoit faire passer son pipeline, serait particulièrement fragile en cas d'accident, rappelle-t-elle.

Enfin, l'aspect économique de l'oléoduc Énergie Est, présenté par le député fédéral de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques, Guy Caron, pourrait convaincre de la validité du projet. Selon TransCanada, le Québec bénéficiera de 31 % des 91 849 emplois à temps plein (28 473 emplois) créés entre 2015 et 2018 au Canada, soit durant les phases de développement et de construction.

Durant les 40 années subséquentes, c'est-à-dire la durée de vie envisagée du pipeline, Québec pourra compter sur 13 % des 1087 emplois nécessaires au bon fonctionnement du réseau, soit un peu plus de 140 emplois.

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