Transport du pétrole: «On joue avec le feu»

Le lac Saint-Pierre est désigné réserve de la... (Photo d'archives: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le lac Saint-Pierre est désigné réserve de la biosphère par l'UNESCO.

Photo d'archives: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) Un déversement de seulement 10 % de la cargaison de pétrole brut d'un superpétrolier dans le lac Saint-Pierre entraînerait des coûts s'élevant à près de 2,14 milliards $, en plus d'engendrer d'importantes conséquences sur l'environnement. C'est du moins les conclusions d'une étude publiée jeudi par Équiterre et le Conseil des Canadiens.

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Steven Guilbeault 

Marine Larose

L'étude Un désastre en double: le transport du bitume tiré des sables bitumineux menace le lac Saint-Pierre et le fleuve Saint-Laurent soutient que l'augmentation du nombre de superpétroliers sur la voie navigable fera croître les risques de déversements.

En septembre dernier, un superpétrolier a emprunté le fleuve Saint-Laurent pour la première fois. Le Minerva Gloria a quitté le port de Sorel avec à son bord 110 millions de litres de bitume dilué venant des exploitations de sables bitumineux de l'Alberta. Mesurant 250 mètres de long par 44 mètres de large, ce mastodonte marin avait un tirant d'eau (la partie submergée) de 10,4 mètres, alors que la profondeur du port est de 10,7 mètres.

Rappelons qu'Ottawa autorise désormais la navigation sur le fleuve de pétroliers d'une largeur de 44 mètres, soit 12 mètres de plus que la précédente réglementation. L'entreprise Suncor estime que de 20 à 30 pétroliers de cette taille quitteront chaque année le port de Sorel avec une cargaison de bitume dilué.

Selon l'étude, une nappe de pétrole se déplacerait en aval du lac Saint-Pierre à une vitesse de 4 km/h, «couvrant ainsi la totalité de ce lac de 32 kilomètres en aussi peu que huit heures».

«2,14 milliards $ c'est beaucoup, mais nous n'avons qu'à regarder la taille des navires qui seront utilisés qui sont deux fois plus gros que les plus gros bateaux qu'on voit normalement sur le fleuve», affirme Steven Guilbeault, l'environnementaliste originaire de la région, cofondateur et directeur principal à Équiterre.

«On joue avec le feu. On double le tonnage des bateaux et on augmente le trafic sur le fleuve Saint-Laurent qui n'est pas facile à naviguer. On augmente les risques de déversements.»

Le riche écosystème du lac Saint-Pierre - désigné réserve de la biosphère par l'UNESCO en 2000 - serait particulièrement fragile, selon les auteurs de l'étude, aux impacts des déversements pétroliers. «Le lac Saint-Pierre est une excroissance du fleuve où il y a moins de courant d'eau. Le fleuve est fragile dans son ensemble, mais particulièrement le lac Saint-Pierre», note Steven Guilbeault.

«Un déversement dans le lac Saint-Pierre entraînera des impacts économiques majeurs. On a du mal à nettoyer les déversements. On trouve encore des résidus du déversement de l'Exxon Valdez dans l'océan. Et 25 ans après, on nettoie encore les conséquences.»

Le cofondateur d'Équiterre estime qu'un déversement entraînerait des impacts majeurs au niveau de l'environnement, mais aussi du tourisme, de la santé, de l'eau potable et de l'économie.

Les limites de responsabilité en cas de déversement doivent être éliminées par Ottawa, soutient Équiterre. La limite de responsabilité pour un déversement est de 1,4 milliard $, ce qui signifie que les Canadiens assumeraient une partie des coûts.

L'organisme estime de plus que les éventuels pollueurs, le transporteur et l'entreprise qui fait appel à ses services, devraient défrayer l'entièreté des coûts de nettoyage, afin d'éviter des cas comme celui du Chaulk Determination, ce remorqueur qui a sombré dans le fleuve alors qu'il était à quai pour l'hiver au port de Trois-Rivières.

Rappelons que l'entreprise propriétaire du navire a déjà affirmé qu'elle ne payerait pas pour le nettoyage du déversement ainsi que pour les opérations de renflouement. Uniquement pour le renflouement, la facture s'élève à près d'un million $. La Garde côtière canadienne doit évaluer toutes les possibilités qui s'offrent à elle pour recouvrer les frais encourus.

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