Eau contaminée par le sel: le MTQ poursuivi pour 4 millions

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L'eau potable de la Pépinière 55 de Saint-Étienne-des-Grès serait contaminée par le sel de déglaçage. Elle a d'ailleurs entamé des poursuites de 4 millions $ contre le ministère des Transports.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Saint-Étienne-des-Grès) La Pépinière 55 de Saint-Étienne-des-Grès a entamé des poursuites judiciaires de 4 millions $, il y a trois ans, contre le ministère des Transports du Québec, un geste qu'elle avait gardé secret, jusqu'à mercredi, car tout laissait croire que le dossier se réglerait hors cour, ce qui ne semble pas vouloir se concrétiser.

Réjean Lapointe, propriétaire de la Pépinière 55, a... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 1.0

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Réjean Lapointe, propriétaire de la Pépinière 55, a décidé de mener un combat judiciaire contre le ministère des Transports du Québec. Il considère que les problèmes d'eau potable dans le secteur de la Pépinière, à Saint-Étienne-des-Grès, sont dus à l'épandage de sel de déglaçage sur l'autoroute de l'Énergie. 

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

L'entreprise connaît en effet de graves problèmes avec son eau potable depuis 2007 parce que le sel de déglaçage s'infiltre dans la nappe phréatique. L'utilisation de cette eau a fait mourir de nombreuses cultures dans ses serres, dit-il.

Le propriétaire, Réjean Lapointe, avait invité tous ses voisins, mercredi, pour les prévenir de la situation et leur demander de prendre régulièrement des échantillons d'eau afin de s'assurer de pouvoir entamer des recours contre le MTQ, si nécessaire. L'eau potable de quelque 70 propriétés alimentées par cette nappe phréatique est en effet compromise, indique M. Lapointe, et certaines sont d'ailleurs déjà affectées par cette problématique.

C'est le cas de Thérèse Boisvert, voisine immédiate de la Pépinière 55. Cette dernière indique que l'eau, chez elle, «goûte le sel» et que ce sel endommage divers appareils, comme le chauffe-eau et la bouilloire ainsi que ses plantes. «Oui, il y a eu des analyses et c'est contaminé, pas juste par le sel. Mais quand on leur demande une réponse (au MTQ), on n'en a pas», déplore cette citoyenne.

M. Lapointe a averti ses voisins que la valeur de leur propriété pourrait chuter si le sel de déglaçage du MTQ se rend jusqu'à leur robinet.

La direction régionale du ministère des Transports n'a pas voulu commenter l'affaire, mercredi, puisque la cause est devant les tribunaux. Le ministre des Transports, Robert Poëti, a été interrogé à ce sujet, mercredi, lors d'une mêlée de presse. Il a déclaré: «De façon générale, toute l'utilisation des sels de déglaçage ou des abrasifs, c'est réglementé et approuvé.»

Des correspondances entre le MTQ et le propriétaire de la Pépinière 55 indiquent toutefois que le MTQ est au courant de la problématique.

En juin 2008, le responsable du service géotechnique du MTQ à Québec a écrit au directeur régional du ministère pour lui expliquer ceci: «En ce qui concerne la salinité de l'eau, nous concevons qu'elle puisse provenir des sels déglaçants épandus sur l'autoroute l'hiver.» Le problème survenait au printemps, alors que les nouvelles cultures de la Pépinière 55 étaient en marche sous les serres. Résultat, tous les plants sont morts.

Pour régler le problème, le service géotechnique du MTQ propose alors de construire un nouveau puits plus à l'est de la Pépinière 55. Le MTQ accepte, en octobre 2008 et défraie les coûts de 36 860 $. Le ministère demande, en échange, de fournir en eau sa halte routière. Le MTQ mandate son agronome pour analyser les pertes encourues par la Pépinière 55.

Sur les entrefaites, le tout nouveau puits de la Pépinière 55 est lui aussi contaminé par le sel de déglaçage. Le propriétaire de la Pépinière demande alors de puiser son eau de l'autre côté de l'autoroute 55.

En mars 2011, toutefois, le MTQ nie toute responsabilité dans la contamination du nouveau puits et refuse d'acquiescer à la demande de M. Lapointe. Ce dernier trouve la réaction d'autant plus dommage qu'il aurait pu profiter du fait que le MTQ était en train de faire traverser des fils électriques sous terre d'une rive à l'autre de l'autoroute 55 pour faire passer en même temps sa canalisation d'eau.

Mercredi, beaucoup de citoyens présents n'étaient pas au courant que leur eau potable risquait d'être contaminée par les sels déglaçants.

Chez René Dauphinais et Lise Houde, d'autres voisins de la Pépinière 55, on craint un peu de voir ce que révéleront les analyses de leur eau potable. Le couple a déjà des doutes puisqu'il a dû changer plusieurs éléments de sa tuyauterie pour cause de corrosion anormale.

Réjean Lapointe estime que son entreprise est carrément en péril et tous ses projets d'expansion sont irréalisables tant que cette affaire ne sera pas réglée.

Il propose une solution peu coûteuse pour venir à bout du problème, soit l'application d'une couche de sol argileux sur le dessus du coteau qui pourrait canaliser l'eau saline ailleurs.

«Nous voulons que des solutions permanentes soient examinées pour arrêter de contaminer la nappe», demande-t-il en désespoir de cause.

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