Une thèse de doctorat inachevée devient livre

De gauche à droite: Claude Martin, professeur retraité... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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De gauche à droite: Claude Martin, professeur retraité de l'Université de Montréal, Jason Luckerhoff, professeur à l'UQTR, Raymond Corriveau, professeur retraité de l'UQTR, et Pascale Blouin, veuve de Pierre Huard.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Pierre Huard n'aura été professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières que pendant cinq ans. En 2010, le cancer a eu raison de ce père de deux enfants alors qu'il n'était âgé que de 49 ans.

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Pierre Huard

Six ans plus tard, on se souvient encore de lui. Ses étudiants du département des lettres et communication sociale, dont certains sont devenus des professeurs d'université depuis, se réfèrent encore à ses écrits et s'inspirent de ses méthodes et de son approche pour apprendre et enseigner.

«Il arrivait à garder ses étudiants en haleine pendant trois heures sans se servir de supports technologiques. Il n'avait devant lui que quelques notes manuscrites et ses étudiants ne s'en sont jamais plaints», raconte Jason Luckerhoff qui fut chargé de cours en même temps que Pierre Huard avant de devenir professeur.

«Il donnait beaucoup d'exemples dans ses cours. Il arrivait à susciter la discussion. Il avait une perspective historique sur ses sujets. Il pouvait remonter jusqu'à Gutenberg et parler de l'histoire de l'impression puis faire un bond dans le temps jusqu'à la convergence des médias. Il ne fournissait pas de notes de cours à ses étudiants. Plusieurs d'entre eux sont devenus journalistes et «probablement qu'ils diraient que c'est un des cours qui les a formés», estime M. Luckerhoff.

«C'était un chic type. Il avait une curiosité intellectuelle peu commune», raconte Raymond Corriveau, aujourd'hui professeur retraité du département. «C'était une personne d'exception», insiste-t-il.

Lorsque Pierre Huard avait été embauché comme professeur par l'UQTR, en 2005, son emploi était conditionnel à ce qu'il termine son doctorat amorcé à l'Université de Montréal.

Il l'a fait, mais c'est sur son lit d'hôpital qu'il achèvera une partie de sa thèse. «Il espérait encore guérir à ce moment-là et c'était important pour lui de faire en sorte que les étudiants aient accès à ce sur quoi il avait travaillé toutes ces années-là», se souvient le professeur Luckerhoff.

Malheureusement, il n'a pu se rendre qu'au dépôt initial de sa thèse avant son décès, étape d'évaluation qui mène par la suite à la soutenance de thèse. «Il est tombé gravement malade juste avant», raconte Jason Luckerhoff. Pierre Huard n'obtiendra jamais son doctorat.

Son directeur de thèse, Claude Martin de l'Université de Montréal, de même que le professeur Luckerhoff et Raymond Corriveau ont décidé que les choses n'en resteraient pas là.

Ils ont tenté, dans un premier temps, de faire reconnaître la thèse de Pierre Huard à titre posthume, mais cette proposition n'a pas été acceptée par l'Université de Montréal.

«On s'est alors tourné vers les Presses de l'Université du Québec», racontent les ex-collègues du défunt doctorant.

En moins de deux jours, l'idée de faire de cette thèse un livre fut acceptée par l'éditeur.

«Le problème, c'est qu'on n'a jamais trouvé la thèse de Pierre sous forme électronique», raconte Raymond Corriveau.

Il a donc fallu soumettre chacune des quelque 250 pages à un logiciel de reconnaissance de caractères afin de convertir le texte en format PDF puis épurer toutes les erreurs engendrées par cette conversion. Évidemment, cette méthode n'a pas fonctionné pour les très nombreux tableaux figurant dans l'épais document de thèse.

Il a donc fallu les reconstruire en entier un par un. On n'a pas trouvé non plus de carnet de référence qui aurait permis de lier les citations à des numéros de pages. Un vrai travail de moine a donc été entrepris à ce niveau aussi.

Deux assistants de recherche ont aidé les trois professeurs dans cette tâche. «On peut dire qu'environ 1000 heures d'ouvrage ont été consacrées pour y parvenir», calcule le professeur Luckerhoff.

Deux lancements ont été organisés, mardi, avec la famille de Pierre Huard, le Syndicat des professeurs et des étudiants pour souligner le résultat final de ce travail d'équipe peu commun, un livre de 250 pages publié aux éditions les Presses de l'Université du Québec dans la collection Publics et Culture.

L'oeuvre est intitulée La parodie dans la bande dessinée franco-belge. On peut lire, sur la page couverture, qu'il s'agit d'une édition posthume.

Le livre sera présenté lors d'un festival de bandes dessinées, l'automne prochain, en Belgique. Des comptes-rendus de cette thèse de doctorat seront aussi publiés dans les périodiques scientifiques Communication et Canadian Journal of Communication.

Depuis le décès de Pierre Huard, il y a six ans, «des étudiants continuent à parler de lui. On ne l'a pas oublié dans les cours parce qu'on continue à utiliser des textes qu'il avait écrits dans le cadre du cours Médias et société. Les collègues continuent à se référer à lui. On a encore de ses livres qu'il nous avait légués au département. Sa présence est encore là», constate Jason Luckerhoff. Elle se fait sentir non seulement à l'UQTR et à l'Université de Montréal, mais aussi à l'Université de Sherbrooke où des étudiants de Pierre Huard ont suivi ses traces et sont devenus professeurs.

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