La bibliothèque scolaire a encore sa place

Christian Dumais est professeur de didactique du français... (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Christian Dumais est professeur de didactique du français au Département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Trois-Rivières

Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les déclarations du ministre de l'Éducation Yves Bolduc laissant entendre que les bibliothèques scolaires (et les élèves) ne souffriraient pas d'une réduction de budget ont indigné plusieurs intervenants liés au milieu de l'éducation.

Dans le sillage de ce débat, il peut être approprié de tracer le portrait du rôle et de la pertinence des bibliothèques scolaires en 2014. À quoi servent les bibliothèques dans les écoles? Comment sont-elles utilisées?

Dans Le Devoir du 22 août, M. Bolduc insinuait qu'il n'appartenait pas au ministre de dicter aux commissions scolaires où elles devaient effectuer les coupes leur étant imposées. Il se disait à l'aise avec la perspective que les bibliothèques ne s'enrichissent pas de nouveaux livres prochainement.

«Il n'y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s'empêcher de lire, parce qu'il existe déjà des livres dans les bibliothèques. J'aime mieux qu'elles achètent moins de livres. Nos bibliothèques sont déjà bien équipées», avait-il affirmé avant d'admettre quelques jours plus tard que sa déclaration était «malhabile».

Enseignant de formation, Christian Dumais est professeur en didactique du français au Département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Pour lui, il ne fait aucun doute que les bibliothèques scolaires ont leur raison d'être, et que le renouvellement des collections est primordial. Il considère que la littérature de jeunesse constitue une excellente amorce à l'apprentissage, à la connaissance et à la discussion.

Premièrement, la présence physique de livres à l'école peut combler un vide chez des enfants pour qui il n'est pas un objet du quotidien. «Il ne faut pas penser que ce sont tous les élèves qui ont des livres à la maison. Des fois il y a un dictionnaire et c'est à peu près tout», observe M. Dumais en évoquant le souvenir d'un enfant du préscolaire qui, médusé devant l'objet, ignorait comment tenir un livre.

La bibliothèque de 2014

«On peut s'en servir d'abord pour donner le goût de la lecture aux élèves, leur donner des périodes où ils peuvent choisir un livre... La bibliothèque scolaire a deux fonctions à mon avis: amener l'élève à apprécier la lecture, lui donner le privilège de lire ce qu'il souhaite, mais aussi l'amener à apprendre sur des sujets. L'accès aux livres permet d'aller plus loin», résume Christian Dumais.

Au-delà des périodes de lecture en bibliothèque ou de l'emprunt de documents, le livre peut servir d'amorce dans le contexte de l'enseignement.

«Je vois la bibliothèque de 2014 comme l'amorce aux activités qu'on va faire, comme un complément aussi. Beaucoup d'activités que je fais en classe partent de livres de littérature de jeunesse. Par exemple, quand on veut faire écrire des textes aux élèves, on peut partir d'un personnage d'un livre, jumeler lecture et écriture», illustre M. Dumais en faisant référence à ses années d'enseignement au primaire et au secondaire.

Les livres peuvent aussi servir d'introduction à la réflexion sur différents sujets, dont ceux plus délicats à aborder. M. Dumais cite l'exemple de la collection Coup de poing: «C'est intéressant dans les cours du secondaire ou du primaire. Par exemple, dans un livre, un roi se suicide en se lançant au bas de sa tour. L'histoire permet d'amorcer un sujet assez particulier... même chose pour l'intimidation et plein d'autres sujets».

«Un livre de littérature de jeunesse peut faire comprendre aux élèves ce qu'un autre peut avoir vécu sans le marginaliser, en passant par une histoire», fait-il aussi remarquer.

L'importance de la diversité

M. Dumais précise que le recours à la littérature de jeunesse comme amorce ne se limite pas aux cours de français. D'autres matières peuvent également s'inspirer d'un livre pour débattre de certaines questions. «Plus on a une diversité d'oeuvres, plus on a de chances d'aller chercher une panoplie d'élèves, de réalités. Je pense entre autres aux familles homo-parentales; très, très peu de livres en parlent. Les jeunes qui vivent cette situation pensent qu'ils sont les seuls».

Au-delà de cette diversité, le professeur souligne l'importance du renouvellement des collections: «C'est important d'avoir des livres récents, parce que ce n'est pas il y a 20 ans qu'on avait ces réalités».

Dans un environnement de plus en plus multiculturel, la mise en contexte des référents est aussi pertinente.

«Aujourd'hui, dans le Québec dans lequel on vit, il y a une grande diversité de réalités. J'ai enseigné à Montréal dans différents quartiers multiethniques. Donc, quand on prend un livre et que l'histoire se passe par exemple au Lac Saint-Jean, la moitié des élèves ne comprendront pas c'est quoi un orignal, un bleuet ou une ouananiche», illustre le professeur.

Le livre et les technologies

En cette ère où les frontières de la communications sont éclatées par la technologie, le livre a-t-il encore sa place, particulièrement dans son aspect documentaire? Justement, la bibliothèque, qui abrite aussi des postes informatiques, peut servir de lieu où l'on démystifie la multiplicité des sources d'information.

«On peut développer la compétence à utiliser les médias. Pour beaucoup d'élèves, si c'est écrit sur Internet c'est parce que c'est vrai», témoigne le professeur qui a déjà animé des ateliers ayant comme but d'évaluer la crédibilité des sources en comparant blogues, articles de journaux, sites de toutes sortes et livres dûment édités.

Nombre de documents dans les écoles secondaires (et ratio de livres par élève)

Commission scolaire du Chemin-du-Roy

Académie Les Estacades 27 000 pour 1613 élèves (17)

École secondaire Chavigny 29 000 pour 1133 élèves (26)

École secondaire des Pionniers 19 000 pour 1546 élèves (12)

École secondaire L'Escale 15 000 pour 568 élèves (26)

École secondaire Le Tremplin 11 000 pour 278 élèves (40)

Commission scolaire de l'Énergie

École secondaire des Chutes 20 000 pour 601 élèves (33)

École secondaire du Rocher 20 000 pour 558 élèves (36)

École secondaire Paul le-Jeune 20 000 pour 563 élèves (36)

École secondaire Val-Mauricie 20 000 pour 1117 élèves (18)

École secondaire Champagnat 13 000 pour 440 élèves (30)

Commission scolaire de la Riveraine

École secondaire Jean-Nicolet 13 800 pour 799 élèves (17)

École secondaire La Découverte 18 000 pour 566 élèves (32)

École secondaire Les Seigneuries 14 000 pour 342 élèves (41)

Écoles privées

Collège N.-Dame-de-l'Assomption 35 000 pour 328 élèves (107)

Séminaire Sainte-Marie 24 000 pour 270 élèves (89)

Séminaire Saint-Joseph 16 000 pour 780 élèves (21)

Institut secondaire Keranna 10 000 pour 662 élèves (15)

Collège Marie-de-l'Incarnation non disponible

Norme IFLA/UNESCO pour les bibliothèques scolaires

Une collection moyenne doit compter dix livres par élève. La plus petite école devrait avoir 2500 ouvrages pertinents et mis à jour pour assurer un fonds largement équilibré pour tous les âges, les capacités et les connaissances. Au moins 60 % du fonds doit consister en des ressources relatives programme scolaire autres que de la fiction.

Le budget

Dans les commissions scolaires, le ministère de l'Éducation accorde 10 $ par élève pour les bibliothèques. Les commissions scolaires de la région ajoutent 8 $ par élève. En chiffres absolus, la Commission scolaire du Chemin-du-Roy reçoit 150 000 $ du ministère et fournit 120 000 $. La Commission scolaire de la Riveraine détaille quant à elle que le budget annuel pour la bibliothèque de l'école Jean-Nicolet est de 15 000 $, celui de la Découverte de 11  000 $ et celui des Seigneuries de 5 000 $.

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