La centrale nucléaire est-elle dangereuse?

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Avec ce documentaire, la centrale nucléaire Gentilly-2 se retrouve une fois de plus au coeur de l'actualité.

Photo: Émilie O'Connor

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La centrale nucléaire Gentilly-2 serait-elle dangereuse pour la santé humaine, contrairement à ce qu'affirment les autorités? La réponse serait oui si l'on se fie au documentaire Gentilly or not to be produit par Guylaine Maroist et Éric Ruel et qui sera à l'affiche le 17 septembre, à 21 h, à Télé-Québec.

Le documentaire sera présenté lundi, à 19h, au... - image 1.0

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Le documentaire sera présenté lundi, à 19h, au Cégep de Trois-Rivières.

Le public de la région aura droit à une représentation privilégiée de ce film-choc au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières, le 10 septembre à 19 h.

La bande annonce du film défile dans les médias depuis quelque temps. On y voit le Dr Ian Fairlie, radiologiste et spécialiste de la radiation pour le Parlement Européen déclarant: «Si vous voulez fonder une famille, ne le faites pas à Bécancour.»

Le Dr Fairlie se base, pour faire cette affirmation, sur le KIKK, une étude épidémiologique allemande révélant que plus les gens vivent à proximité d'une centrale nucléaire, en Allemagne, plus le taux de leucémie chez les enfants est élevé et ce, jusqu'à70 kilomètres de distance. À 30 km, l'étude constate une augmentation de 110 % des cas et à 5 km, elle est de 220 %, dit-il. «À 20 %, ça aurait été inquiétant, mais à 220 %, c'est incroyable», s'étonne-t-il.

Là où son observation est encore plus troublante, c'est qu'autour des réacteurs canadiens, selon lui, les concentrations de Tritium (élément radioactif rejeté par les centrales nucléaires) sont de 20 à 30 fois supérieures à celles dénotées en Allemagne.

«Les femmes en âge de procréer devraient quitter le secteur», suggère-t-il, en ajoutant que les gens ne devraient pas consommer les légumes de leur jardin à moins de 5 km de la centrale, ni boire le lait des vaches de ce secteur.

Gentilly or not to be est allé confronter à ce sujet le Dr Gilles W. Grenier, directeur de la santé publique pour la Mauricie et le Centre-du-Québec.

Le Dr Grenier contredit complètement le Dr Fairlie comme il l'avait fait dans nos pages le 5 septembre dernier. «Ce n'est pas responsable de faire une extrapolation de la sorte», dit-il. «La population ne court aucun risque.»

«On n'a pas de données scientifiques pour appuyer ces affirmations-là», signale le DSP en ajoutant que le taux de cancer dans la zone rapprochée de Gentilly-2 n'est pas plus élevé que la moyenne provinciale.

Une étude intitulée «Surveillance des nouveaux cas de cancer par municipalité autour de la centrale Gentilly-2, 2000-2004» publiée par l'Agence de santé et de services sociaux de la région en 2011, observe une augmentation des cas de cancer et de leucémie chez les moins de 20 ans. «On s'attendait à 29 cas de cancers. Quarante ont été diagnostiqués, soit une augmentation de 27 %», signale le documentaire.

Le Nouvelliste a consulté cette étude et il appert que l'augmentation par rapport aux prévisions se situe dans le secteur Sainte-Marthe-du-Cap, Cap-de-la-Madeleine et Saint-Louis-de-France, somme toute assez loin de la centrale. Il pourrait donc s'agir là d'une faiblesse du documentaire.

Le film combine d'ailleurs à ces cas, pour étayer sa thèse, les fameux «événements de la rue des Glaïeuls» (Bécancour) où il y avait eu des malformations congénitales sans préciser clairement que ces cas datent des années fin 1980 début 1990 et qu'ils ne se sont pas multipliés dans ce secteur depuis.

Le documentaire donne malgré tout lieu à quelques moments savoureux. On y interroge notamment l'ancien maire de Bécancour, Maurice Richard, qui déclare qu'il «ne faut pas faire peur au monde pour rien.» D'un même élan, il dira: «Ça ne peut pas exploser, une centrale nucléaire.» C'était avant Fukushima, sans doute.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, y figure aussi.

Selon lui, on cherche à utiliser le Québec comme «poubelle ultime pour les déchets nucléaires de l'ensemble du Canada.»

C'est pour cette raison que certaines instances tiennent tant à ce que Gentilly-2 soit rénovée, explique-t-il. «La clef de voûte, c'est de maintenir Gentilly-2», dit-il.

On sait que la Commission canadienne de sûreté nucléaire est toujours à la recherche, depuis plusieurs années, d'un emplacement où entreposer de façon sécuritaire les déchets radioactif des 18 centrales nucléaires CANDU du pays.

Bien documenté, dans l'ensemble, Gentilly or not to be dresse un portrait bien étoffé d'une controverse qui dure depuis déjà plusieurs années. On y présente les avantages et les inconvénients de la réfection, tant du côté politique que scientifique.

Bref, le documentaire n'apprend rien de neuf, mais il a le mérite d'éclairer et de relancer le débat jusqu'à la décision finale tant attendue.

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