La chasseuse de cendres

Originaire de Nicolet, Julie Roberge est volcanologue. Elle...

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Originaire de Nicolet, Julie Roberge est volcanologue. Elle pose sur la photo devant le volcan Popocatepetl, au Mexique.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / Il existe toutes sortes de métiers dans le monde. Le sien est vraiment hot. Julie Roberge est volcanologue.

Son terrain de jeu est le Popocatepetl, «Popo» pour les intimes. Ce volcan est situé à quelque 70 kilomètres au sud-est de Mexico. 

Depuis dix ans, le quotidien de la Québécoise établie là-bas consiste à chasser des échantillons de cendre sur les feuilles d'arbres et les toitures de maisons. Elle analyse également la composition des gaz afin de mieux comprendre ce qui se trame sous l'écorce terrestre. Pas banal, son boulot. 

D'ailleurs, les parents ne devraient jamais sous-estimer l'influence qu'ils peuvent avoir dans le choix de carrière de leur progéniture.

En 1980, Julie était une fillette de huit ans qui habitait à Nicolet lorsque son père Michel, l'homme de maintenance chez les Soeurs de l'Assomption, lui proposa de laver la voiture. Issu d'une famille de quinze enfants, le monsieur n'avait pas eu la chance de faire de longues études, mais le scientifique dans l'âme était doué pour passer de la théorie à la pratique et à sa manière. 

Le Mont St. Helens, dans l'État de Washington, avait fait éruption la veille et au téléjournal, on rapportait que les cendres feraient le tour de la terre pour tomber sur le Québec durant la nuit.

Curieuse, la petite Julie a accepté d'astiquer l'auto familiale et le matin venu, elle fut à même de constater que le véhicule fraîchement ciré était recouvert, comme prévu, d'une légère poussière volcanique. «Oui, oui, c'est vrai!», affirme celle qui ne pouvait pas se douter à l'époque que cette expérience en apparence amusante allait changer radicalement sa vie.

Il y a eu le baccalauréat en géologie à l'Université de Montréal, suivi de la maîtrise à l'Université du Québec à Chicoutimi, du doctorat à l'Université de l'Oregon et du postdoctorat à l'Université de Mexico où elle est maintenant chercheuse et professeure.

C'est de là-bas que Julie Roberge me décrit sa passion ardente pour les inclusions magmatiques... Ce sont des petites boules de magma retrouvées à l'intérieur des cristaux et qui, lors d'éruptions, passent en quelques heures de 1200 à 25 degrés Celcius pour devenir des gouttelettes de verre. 

Dangereux le Popocateplt? Contrairement aux volcans d'Hawaï, ses états d'âme ne prennent pas la forme d'épaisses coulées de lave rouge incendiaire. Le Popo est davantage reconnu pour son panache de fumée blanche. Plutôt inoffensives, quoique plus fréquentes depuis quelques années, ses explosions font quasiment partie du décor, surtout pour la population de Puebla qui reçoit les nuages de débris... avec Julie Roberge à leurs trousses. 

***

Déformation professionnelle oblige, la géologue aime aussi les tremblements de terre. Danseuse de salsa à ses heures, elle sait exactement ce qui est en train de se passer lorsqu'une première onde sismique se fait ressentir sous ses pieds. Un léger mouvement s'enclenche à l'horizontal, ce qui lui donne l'impression de se balancer doucement de gauche à droite. Le rythme est bon.

Le 7 septembre, le sol du Mexique n'avait rien d'un plancher de danse cependant. La terre a sérieusement grondé. Julie Roberge a eu peur comme jamais auparavant.

Le séisme historique de magnitude 8,2 a frappé dans le sud du pays. Le dernier bilan fait état d'au moins 96 morts et de plus de 200 blessés.

La Québécoise et son chum Gerardo, un géologue originaire du Mexique, ont craint pour leur propre vie lorsque ça s'est mis à bouger violemment et dans tous les sens. Les chiens du voisin à l'étage supérieur ont commencé à hurler, les livres dans les étagères se sont mis à tomber et un boum a retenti. 

«On soupçonne que notre édifice a cogné sur celui d'à côté», raconte la femme qui a agrippé la main de son conjoint avant de se mettre à l'abri sous le cadrage de porte.

«C'est grave! Ça se peut qu'on tombe!», ont-ils eu le temps de se dire en attendant que ça passe. 

Sa voix est fébrile même si une semaine s'est écoulée depuis l'événement. Lorsque l'alarme a retenti à l'extérieur pour annoncer l'imminence d'un tremblement de terre, Julie Roberge a préféré demeurer à l'intérieur de son logis.

«Quand l'alarme sonne, il s'écoule de 20 à 40 secondes avant la première onde. Nous habitons au cinquième étage. On n'a pas le temps de sortir. Et la pire affaire à faire, c'est de bouger quand ça se met à bouger», prétend la spécialiste qui se méfie également de tous les câbles raboutés aux poteaux de téléphone et d'électricité, sans parler des transformateurs qu'on retrouve à chaque coin de rue. 

Si la ville de Mexico s'en est bien tirée dans les circonstances, on ne peut pas en dire autant du Chiapas, constate Julie Roberge, perplexe. Dans sa télé aussi, la catastrophe est pratiquement passée sous le radar médiatique. Le séisme s'est fait damer le pion par l'ouragan Irma.

«Ça m'arrache le coeur, c'est juste des ruines et personne n'en parle...», se désole la volcanologue qui, à l'inverse, ne peut faire autrement que de se réjouir à l'idée d'avoir du pain sur la planche au cours des prochaines semaines.

Si la tendance se maintient, le Popocatepetl ne tardera pas à répondre au tremblement de terre. Il y aura de l'activité dans l'air et des cendres à chasser.




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