La fille qui rame

Laurence Vincent-Lapointe rêve de participer aux Olympiques depuis... (Andréanne Lemire, Le Nouvelliste)

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Laurence Vincent-Lapointe rêve de participer aux Olympiques depuis l'âge de 8 ans, alors qu'elle regardait à la télé les compétitions de nage synchronisée des Jeux de Sydney. Après des débuts difficiles en canoë, la jeune femme de 25 ans n'a jamais été aussi près du but.

Andréanne Lemire, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Laurence Vincent-Lapointe a l'habitude de ramer fort et à contre-courant. Pagayer dans le vide? Pas son genre. C'est une bûcheuse, sur l'eau comme sur la terre ferme.

Laurence Vincent-Lapointe est championne du monde en canoë-kayak.... (Balint Vekassy) - image 1.0

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Laurence Vincent-Lapointe est championne du monde en canoë-kayak.

Balint Vekassy

Rien, mais vraiment rien ne la destinait à devenir une championne du monde. Dix fois plutôt qu'une. Pour dire la vérité, ça a très mal commencé pour celle qui, dans un revirement digne du rêve olympien, aspire maintenant à devenir la première femme à remporter une médaille aux Jeux d'été de Tokyo, en 2020, alors que le canoë féminin y fera son entrée.

L'athlète de 25 ans était âgée d'une douzaine d'années lorsqu'elle s'est présentée pour la première fois au Club de canoë-kayak de Trois-Rivières. Entre ses entraînements de nage synchronisée et ses leçons de violon, l'adolescente a eu envie d'imiter une copine et sa soeur qui s'adonnaient déjà à cette activité estivale. Il faut préciser aussi que Laurence avait un peu de pression pour se trouver quelque chose à faire en prévision des longues vacances scolaires... 

«Je ne voulais plus aller au camp de jour et ma mère ne voulait pas que je passe mes journées à la maison, assise devant la télé.»

On peut bien en rire maintenant qu'elle collectionne les titres à l'échelle internationale, mais ses débuts à bord d'un canoë pratiquement plus étroit que ses épaules n'ont été rien de moins que catastrophiques.

«J'étais nulle, tellement pourrie!, s'esclaffe Laurence dont le premier exploit sportif est comique à défaut d'être fabuleux. «Je dois détenir le record de celle qui a chaviré le plus souvent et pendant le plus longtemps. À toutes les pratiques pendant les deux premières années, je renversais!»

Laurence Vincent-Lapointe a toujours été grande. Sur les photos de classe, au primaire, elle est la petite tête blonde qui dépasse tout le monde d'au moins une tête. En nageuse synchronisée, elle était celle qu'on mandatait au fond de la piscine pour propulser ses coéquipières au-dessus de l'eau. 

En canoë par contre, sa taille avait le don de lui jouer des tours. La grande Laurence avait du mal à trouver son centre de gravité dans cette embarcation légère qui n'est pas un exemple de stabilité. Une fausse manoeuvre et plouf!

Personne ne se serait opposé à ce que Laurence revienne sur la berge pour accrocher définitivement sa pagaie. Même qu'on a déjà chuchoté à ses parents: «Ça ne vous tente pas de lui faire pratiquer un autre sport?»

Nathalie Vincent et Guy Lapointe n'ont jamais cessé d'encourager leur rameuse dont l'idée de tout balancer ne lui a jamais effleuré l'esprit.

«Je suis orgueilleuse. Chaque fois que je chavirais du canoë, je me répétais que j'allais finir par rester dedans.»

La suite lui donne raison. Garder confiance en soi et miser sur le plaisir s'avèrent une combinaison gagnante. Elle a réussi à dompter la bête. Aujourd'hui, la Trifluvienne est une athlète accomplie qui file sur l'eau et récolte les médailles. 

«Imagine si j'avais abandonné!»

*****

Du haut de ses presque six pieds, Laurence Vincent-Lapointe se démarque rapidement des autres canoéistes. Pas étonnant que la portée et la puissance de son coup de rame se comparent à celui d'un homme.

Dans le salon de la résidence familiale, la jeune femme empoigne sa pagaie des deux mains pour me montrer jusqu'où elle arrive à la planter. C'est loin. Plus que la moyenne des filles de sa catégorie. «Je réussis à aller chercher une grande quantité d'eau», me laisse-t-elle imaginer. Tassez-vous de là.

Laurence aimerait devenir médecin. Son rêve ultime serait d'être chirurgienne. Ce n'est pas aussi simple. Plutôt que de chavirer à répétition, elle essuie des refus.

Depuis six ans, la Trifluvienne soumet sa demande d'admission dans les universités québécoises offrant le programme de médecine. Depuis six ans, c'est non. Au mieux, son nom se retrouve douzième, voire septième sur la liste d'attente, mais la remontée s'arrête ici pour le moment. 

La jeune femme de 25 ans est une bosseuse. À l'instar de la fillette de 12 ans qui tenait à reprendre place dans son bateau après avoir chaviré une, deux et trois fois, elle ne se laissera pas couler par les revers. Que les universités se le tiennent pour dit, l'an prochain, la candidature de Laurence Vincent-Lapointe sera de nouveau dans la poste et l'autre d'après s'il le faut. 

«Je vais essayer jusqu'à mes 30 ans, après les Olympiques de 2020. On va bien finir par me prendre! Je veux soigner et guérir du monde», avise celle qui, après avoir obtenu un baccalauréat en biologie, a amorcé en septembre 2015 des études en sciences infirmières à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Sa formation en soins infirmiers se poursuit à travers ses entraînements et compétitions. La conciliation entre les études universitaires et le rêve olympien est essentielle. «Je ne veux pas mettre le reste de mon avenir de côté. Il y a une vie après les Olympiques.»

L'UQTR a accepté d'adapter l'horaire de l'athlète en conséquence. L'étudiante s'en réjouit. Elle n'aura pas à choisir entre le diplôme et la médaille. Laurence veut les deux et est bien partie pour les avoir. La rameuse ne se souvient plus de la dernière fois qu'elle a chaviré. Ça fait trop longtemps.




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