Prisonnier d'un silo à grains

Richard Parenteau se sait très chanceux d'être sorti... (Stéphane Lessard)

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Richard Parenteau se sait très chanceux d'être sorti sain et sauf du silo de grains dans lequel il s'est enlisé.

Stéphane Lessard

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / Richard Parenteau parle vite et saccadé. Ses pas sont tout aussi rapides lorsqu'il marche en direction du silo à grains, le toupet au vent. Dans le temps de le dire, l'homme de 61 ans est déjà en train de grimper dans l'échelle pour atteindre le toit où il s'empresse d'ouvrir la trappe et de pointer l'intérieur rempli de grains de maïs. C'est ici, au beau milieu du réservoir de 70 tonnes, que l'agriculteur a eu le temps de penser à sa mort, le corps enseveli.

La vie a repris son cours normal sur cette terre du 10e rang, à Wickham, à proximité de Drummondville. Les champs de maïs, de soya et d'avoine s'étendent à perte de vue. De nombreux silos composent ce décor champêtre sorti tout droit d'un fond d'écran d'ordinateur. Les dangers semblent inexistants, mais les apparences sont parfois trompeuses. Richard Parenteau en sait quelque chose. À son plus grand soulagement, il est vivant pour en témoigner.

Le petit rire nerveux, c'est tout juste si le producteur de porcs ne s'excuse pas d'avoir provoqué tout ce branle-bas. Il est comme ça le monsieur, réservé au point d'être désolé d'avoir dû faire appel aux secours pour l'extirper de sa très mauvaise posture. 

C'est arrivé le 25 juillet dernier, un mardi, une journée particulièrement chaude d'été. Il était autour de 16 h 30 lorsque l'agriculteur est entré dans le réservoir vertical pour retirer les amas de grains pourris qui bloquaient le système d'évacuation. Pendant qu'il marchait sur la croûte formée en surface, son frère Raymond était à l'extérieur pour également tenter de régler le problème d'écoulement. La vis de vidange s'est finalement remise en marche, mais sans avertissement, une poche d'air s'est formée à l'intérieur du silo où instantanément, les grains sont devenus des sables mouvants. Richard Parenteau n'a jamais eu le temps de réagir. Il s'est enfoncé, prisonnier jusqu'au cou.

«Ça s'est fait tellement vite que je ne me souviens plus si j'ai crié. De toute façon, mon frère ne pouvait pas m'entendre. La vis fonctionnait et le tracteur marchait...»

Heureusement, Raymond Parenteau n'a pas mis trop de temps à se demander ce qui arrivait avec son frère qui tardait à sortir du silo. Il y est grimpé à son tour pour le découvrir avec stupeur, enlisé et incapable de se dégager par lui-même.

«Qu'est-ce que tu fais-là?», a crié Raymond, 60 ans, qui a aussitôt sauté dans le silo pour essayer de délivrer Richard en le tirant par les bras. En vain. La vis de vidange continuait de rouler, exerçant une traction de ses pieds vers le bas. 

«Va chercher René!», a ordonné Richard en parlant de leur autre frère habitant tout près. En sortant du silo, Raymond a eu la bonne idée de stopper le système d'évacuation avant de courir vers la maison. Au passage, il a avisé des peintres qui, par chance, travaillaient sur un bâtiment de ferme. Eux aussi ont tenté d'aider Richard Parenteau en lui lançant une ceinture, mais ce sont finalement les pompiers qui, appelés à la rescousse, ont libéré le pauvre monsieur de sa prison en faisant des ouvertures dans le réservoir pour permettre la vidange des grains en toute sécurité.

***

L'opération de sauvetage a duré deux heures. Richard Parenteau a eu le temps d'imaginer que c'était la fin pour lui, surtout pendant les interminables minutes qui ont précédé l'arrivée des secours. Seul dans le silo silencieux, il s'est inquiété pour son épouse qui allait hériter d'énormes responsabilités. L'homme a également eu une pensée pour sa fille qui a eu du mal à se remettre du décès de son conjoint survenu il y a quelques années à la suite d'un accident de travail dans une meunerie.

À quoi a-t-il pu bien penser en attendant qu'on le sorte de là? «Je savais que ça ne ferait pas de miracle, mais j'ai prié. Ça m'a permis de retrouver une paix d'esprit», raconte un homme qui n'a pas besoin qu'on lui rappelle qu'il a agi imprudemment en travaillant à l'intérieur du silo, sans équipement de sécurité de surcroît. «La CSST m'a chicané un peu...», avoue-t-il timidement, repentant. 

On lui a raconté que des agriculteurs ont été beaucoup moins chanceux que lui dans le passé, que plus souvent qu'autrement, les ensevelissements qui se produisent dans les réservoirs de cette dimension ne pardonnent pas.  

«La vie ne tient pas à grand-chose», philosophe Richard Parenteau en fixant l'horizon. Il a beau chercher, l'agriculteur n'arrive pas à trouver les mots pour décrire le sentiment de soulagement qui l'a envahi en remettant les pieds au sol. 

Amené d'urgence à l'hôpital, il y est resté une douzaine d'heures, le temps d'éliminer d'éventuels problèmes de santé liés à l'inhalation des poussières dans le silo. «Je n'ai jamais perdu connaissance. Je n'ai même pas eu mal à la tête», soutient celui qui est retourné dans le silo deux jours après en être sorti dans les circonstances dramatiques. 

Non, Richard Parenteau n'a pas eu peur et, oui, à l'avenir, la prudence sera de mise pour que la vie suive son cours sur cette terre du 10e Rang. Il veille au grain.




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