Le décrocheur devenu entrepreneur

C'est dans sa chambre à coucher, transformée en... (Stéphane Lessard)

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C'est dans sa chambre à coucher, transformée en atelier de travail, qu'Alexandre Morrissette, 17 ans, est en train de se bâtir un avenir.

Stéphane Lessard

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / Alexandre Morrissette n'a pas regagné les bancs d'école cette semaine et n'a pas l'intention d'y retourner non plus. Il passe son tour. L'adolescent de 17 ans décroche pour mieux s'accrocher. Il n'a pas de diplôme, mais des haltères, des t-shirts et les paroles de son grand-père pour tirer des enseignements.

Ce n'est pas faute d'avoir essayé. De persévérer bien entendu. Depuis le primaire, le jeune homme s'est attelé à la tâche, mais les difficultés ont fini par avoir le dessus sur ses meilleures intentions.

Alexandre ne garde pas un souvenir particulièrement heureux de son parcours scolaire. Les lettres TDAH ont été lourdes à porter sur les épaules du garçon pour qui la période des devoirs et leçons était une véritable descente aux enfers. À ce diagnostic s'est rapidement ajouté celui de la dyscalculie, un terme pour signifier que lui et les mathématiques, c'est deux. L'élève n'avait pas les chiffres en aversion, c'était juste très compliqué d'apprendre à calculer avec ce trouble d'apprentissage d'origine biologique.

Les mesures d'adaptation n'ont pas fait disparaître ses problèmes comme par magie, même que l'anxiété s'est mise de la partie, ce qui n'est rien pour stimuler la motivation et la réussite.

Pour continuer de se lever chaque matin et se rendre à ses cours, le jeune homme avait pris l'habitude de fréquenter la salle de musculation de l'école, le seul endroit où il se trouvait bon, meilleur que les autres. Sauf que le bulletin ne sert pas à évaluer les gros bras...

Accumulant les échecs, Alexandre a redoublé en 2e et en 3e secondaire et était condamné à reprendre cette dernière année pour une troisième fois lorsque l'adolescent a jugé qu'il avait assez donné. «J'ai vécu des périodes de découragement et de remises en question», admet celui qui a fait une dépression à l'automne 2016 avant d'être frappé, à l'hiver, par le décès de son grand-père. L'homme de 79 ans était pour ainsi dire le seul à deviner les états d'âme de son petit-fils qui, au retour de l'école, s'enfermait dans sa chambre pour dessiner des croquis de vêtements de sport, son autre passion. Sans vraiment s'en rendre compte, Alexandre a crayonné plus de 180 croquis dans son cartable à dessins.

«Mon grand-père m'a toujours dit que j'allais faire quelque chose avec ça. Il y croyait plus que moi en fait» avoue Alexandre qui a décidé de lui donner raison.

La mort de son complice a été un choc pour lui, un électrochoc en fait. «Je suis devenu plus mature. Je suis devenu un homme», aime penser le garçon tout en me montrant la bague, celle de son grand-père, qu'il porte fièrement à l'auriculaire de la main droite.

Pendant la semaine de relâche qui a suivi le décès de son grand-père, Alexandre s'est mis à dessiner jour et nuit. Il gribouillait, recommençait, s'attardait au moindre détail, en se répétant sans cesse cette petite phrase que l'aîné lui disait souvent et qui prenait maintenant tout son sens... «Rien n'arrive pour rien.»

Son cartable sous le bras, Alexandre Morrissette est allé rencontrer des acteurs de l'industrie du textile qui, tour à tour, l'ont retourné à sa table à dessin... Le jeune homme se surprend lui-même à ne pas s'être laissé décourager. «Les critiques ne m'ont pas atteint. À la limite, ça m'a boosté!», dit-il le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

Son chien Ruby à ses pieds, Alexandre est soudainement à des années-lumière de l'écolier turbulent ou, encore, de l'adolescent tourmenté. «Après le décès de mon grand-père, j'ai décidé de transformer ma souffrance et ma tristesse en une volonté dure comme le fer. J'utilise maintenant mes faiblesses comme une force. Je n'utilise jamais le mot jamais, sauf pour dire de ne jamais abandonner.»

Alexandre Morrissette a fait ses devoirs et six mois plus tard, il se présente comme le patron de Morriflex, une compagnie de vêtements de sport qui en est à sa troisième collection. À l'ère des réseaux sociaux, il se sert de Facebook, d'Instagram et de la bonne vieille affiche sur les poteaux à proximité des gymnases de Trois-Rivières pour faire connaître son logo - des haltères - qui apparaît sur des t-shirts, camisoles, shorts et pantalons d'entraînement. 

«Je vends des vêtements de qualité à des prix accessibles pour tout le monde», soutient l'entrepreneur qui dit s'être entouré de graphiste, photographe et mannequins pour mener à terme son projet qu'il a lancé avec seulement 400 $ en poche.

Six mois plus tard, il est le premier surpris et ravi de la tournure des événements. «Honnêtement, je suis fier de moi», dit-il en sachant pertinemment que des gens sourcilleront à l'idée qu'il ait mis ses études de côté à seulement 17 ans.

Alexandre Morrissette assure que sa décision de ne pas retourner en classe a été réfléchie, qu'il ne s'agit pas d'un rêve d'ado, encore moins d'un passe-temps qui va finir par passer.

«Je suis en train d'assurer mon avenir en créant moi-même mon avenir», affirme celui qui se présente comme «son propre boss», un gars qui, pour la première fois de sa jeune vie, se sent en contrôle de la situation. Et maintenant qu'Alexandre a goûté au sentiment de confiance, plus question de s'en passer.

La morale de cette histoire?

«Nous avons tous des forces et même si tout va mal, nous sommes capables de les exploiter. Tous les jeunes, sans exception, possèdent un talent. Il faut seulement y croire.»

Et comme aurait dit son grand-père, rien n'arrive pour rien.




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