Le kid, son héros

Une randonnée de vélo dans le parc national... (François Gervais)

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Une randonnée de vélo dans le parc national de la Mauricie a failli tourner au drame lorsque Jean-Yves Déziel a été victime d'un infarctus. Heureusement, Indrik Trahan était à ses côtés et a su éviter le pire.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'était une sortie de vélo semblable à toutes les autres. Une centaine de kilomètres au menu avec une vitesse moyenne plus qu'enviable, un coup de pédale soutenu dans les montées, des descentes euphorisantes, des vents de face et dans le dos... Bref, cet entraînement dans le parc national de la Mauricie était bien parti jusqu'à ce que le coeur de Jean-Yves Déziel s'emballe et que le sang-froid d'Indrik Trahan fasse toute la différence.

«Le kid m'a sauvé la vie.»

Jean-Yves Déziel, 59 ans, a vu la mort de trop près le 15 août dernier. Indrik Trahan l'a également aperçue. C'est lui qui, penché au-dessus du corps soudainement rigide de son partenaire de vélo, a entrepris les manoeuvres de réanimation cardiaque et a réussi à redémarrer la machine. Pour de bon. Le jeune homme de 23 ans ne veut pas être coiffé du titre de héros, mais il devra s'y faire. C'est ce qu'il est.

Indrik a l'âge d'être le fils de Jean-Yves, mais on a affaire ici à deux chums pour qui la différence d'âge n'existe pas quand ils sont à vélo. Le plus jeune est membre de l'équipe canadienne de snowboard alpin. 

Le plus vieux n'est pas un sportif de salon non plus. Oh que non.

Parlons plutôt d'un hyperactif qui s'est toujours entraîné une vingtaine d'heures par semaine, douze mois par année. Depuis le début de sa retraite, il y a un an, l'ancien enquêteur de la Sécurité publique de Trois-Rivières s'en est donné à coeur joie en multipliant de plus belle les heures à pédaler, courir et nager. Bouger est son mode de vie, sa drogue du bonheur.

Jean-Yves Déziel avait plus de 5000 kilomètres à l'odomètre lorsqu'il a donné rendez-vous à Indrik, le 15 août dernier, à l'entrée du parc, du côté de Saint-Jean-des-Piles. Même si, la veille, le Trifluvien avait roulé une centaine de kilomètres à vitesse élevée, le cycliste était partant pour une autre sortie avec celui qu'il s'est toujours plu à surnommer «le kid».

Le tandem avait en tête de franchir la distance de 105 kilomètres parsemés de 44 côtes, soit le trajet qui est proposé ce samedi aux milliers de cyclistes qui prennent le départ dans le cadre des Défis du parc.

Avant d'enfourcher son vélo, Jean-Yves ressentait une petite gêne au niveau du thorax, comme une sensation de brûlure d'estomac, mais comme il avait beaucoup pédalé la veille et qu'il avait une portion de lasagne dans l'estomac, il ne s'est pas méfié.

Indrik non plus. «Tu ne penses pas qu'un homme comme lui peut avoir un malaise cardiaque.»

Les deux gars avaient parcouru une soixantaine de kilomètres lorsque Jean-Yves a lâché un «Je ne me sens pas bien» à Indrik qui roulait devant.

L'homme a diminué sa cadence, croyant que son inconfort allait disparaître, mais c'est le contraire qui s'est produit. Étourdi et affaibli, le cycliste a déclipsé les pédales, s'est arrêté et a déposé son vélo avant de se retrouver à genoux sur le bord de la route, envahi par cette impression bizarre de perdre connaissance.

«Ça n'allait vraiment pas bien. Je manquais d'air. J'ai paniqué un peu. Ça marchait pu...», admet-il avant de se tourner vers Indrik pour raconter la suite.

Le jeune homme a tout juste eu le temps d'aviser un automobiliste d'aller chercher des secours - le réseau cellulaire n'est pas accessible au beau milieu du parc - qu'il a entrepris le massage cardiaque.

«Jean-Yves avait les yeux virés à l'envers et les lèvres bleues. Son corps était en convulsion. Pendant dix à quinze secondes, il n'avait pas de pouls.»

Les manoeuvres d'Indrik ont été des plus efficaces. Lorsque l'ambulance est arrivée, Jean-Yves Déziel était chancelant, mais debout, prêt à reprendre son vélo pour terminer sa randonnée. Heureusement, ça ne s'est pas passé ainsi et il s'est finalement laissé convaincre de monter à bord du véhicule d'urgence. Une fois à l'hôpital, le patient en cuissard a aussitôt été admis aux soins intensifs.

Une batterie de tests ont confirmé que l'athlète avait été victime d'un infarctus et que sans l'intervention rapide de son compagnon de route, il serait mort ou garderait d'importantes séquelles, aussi clair et dramatique que ça.

«L'artère principale de mon coeur était bouchée à 70 %», explique Jean-Yves Déziel qui a mis quelques jours avant de réaliser qu'une crise cardiaque avait interrompu sa ride de vélo. On peut le comprendre. Il fait de l'activité physique avec une discipline d'enfer et, sauf exception, s'alimente bien. Un infarctus? Ça ne se pouvait pas. Et pourtant, c'est arrivé, comme quoi il n'y a personne d'invincible.

Se disant éternellement reconnaissant envers Indrik Trahan, l'émotion le rattrape en l'appelant affectueusement son héros.

«Je suis juste content d'avoir été là», sourit humblement l'athlète avant de rappeler aux cyclistes l'importance de rouler à deux, surtout lorsqu'ils empruntent des trajets éloignés de la ville. 

Un incident malheureux, voire tragique, est vite arrivé.

Présentant Jean-Yves comme son mentor, le jeune homme est soulagé d'avoir su mettre en pratique les manoeuvres de RCR apprises il y a une dizaine d'années déjà. Et même s'il vient de passer le test ultime avec tous les honneurs, le sportif entend mettre ses notions à jour.

Indrik Trahan a raison. S'il y a une leçon qu'on devrait tous tirer de cette mésaventure qui se termine bien, c'est l'importance de suivre des cours de réanimation cardiorespiratoire.

Jean-Yves Déziel et le kid sont la preuve que ça peut sauver une vie.




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