Sauvé in extremis

Âgé de 35 ans, Yannick Gélinas se remet... (François Gervais)

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Âgé de 35 ans, Yannick Gélinas se remet peu à peu d'une greffe de foie qu'il a subie le 1er mai dernier.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / Yannick Gélinas l'a échappé belle. Sans ce foie issu d'un donneur qui faisait usage de drogues par voie intraveineuse quelques jours avant de mourir, l'homme de 35 ans ne pourrait pas raconter ce qui lui est arrivé. Il serait mort, lui aussi.

Tout allait bien jusqu'à ce que tout se mette à très mal aller. Aussi soudain que ça.

C'était à la mi-avril dernier. Le propriétaire de l'entreprise Excavation Mauricie et de la Rôtisserie chez Maryan, à Saint-Édouard-de-Maskinongé, ne s'est pas vraiment méfié lorsqu'une fatigue inhabituelle s'est emparée de lui. Mettant cet état sur le dos de ses longues heures de travail, il a également fait la sourde oreille lorsque son entourage lui a conseillé d'aller consulter un médecin en voyant que le blanc de ses yeux était de plus en plus jaune.

Le gars a fait comme si de rien n'était jusqu'au troisième jour, lorsque son urine est apparue foncée, quasiment rouge, et les selles, très pâles, pour ne pas dire blanches. Ce matin-là, c'est un Yannick inquiet qui en a glissé un mot à son père venu lui prêter main-forte durant cette période de l'année où l'ouvrage ne manque pas. 

«Embarque dans le camion, on s'en va à l'hôpital», a décrété Gilbert Gélinas, ce à quoi son fils a acquiescé en émettant néanmoins cette condition: «S'il n'y a pas trop de monde, je vais débarquer.»

Ça tombait bien, il n'y avait pratiquement personne à l'urgence de Louiseville où, en le voyant arriver, on ne lui a même pas laissé le temps de s'asseoir. Quelques prises de sang plus tard, le patient prenait la direction du centre hospitalier de Trois-Rivières où différents tests ont confirmé un problème évident au niveau du foie, mais sans qu'on puisse établir de quoi il s'agissait exactement. Une chose est sûre, c'était grave, extrêmement grave. L'homme était à l'article de la mort et on n'a pas pris de détour pour le lui annoncer.

«Ils sont entrés dans ma chambre pour me dire: tu vas finir tes jours ici.» 

Sous le choc - le mot est faible - il a été transporté d'urgence à l'hôpital Saint-Luc, à Montréal, où une biopsie a été effectuée et a révélé un rare cas d'hépatite fulminante.

Précisant que l'abus d'alcool n'est pas en cause ici, Yannick Gélinas explique que la forme de cette maladie entraîne le rejet du foie par le corps. Victime d'une destruction massive et irréversible, l'organe atrophié était «mort», laisse tomber le trentenaire avant d'ajouter que c'est ce qui l'attendait aussi. Une question de jours. Seul un nouvel organe pouvait le sauver.

En raison de l'évolution fulgurante de cette hépatite, le nom du résident de Saint-Édouard-de-Maskinongé s'est retrouvé en tête de la liste d'attente des greffes de foie, au Canada. Il n'y avait plus une minute à perdre. 

Ne réalisant plus trop ce qui était en train de se passer, Yannick n'a pas eu le temps d'avoir peur, contrairement à sa conjointe, Annick Rondeau, aux garçons Médérick, 10 ans, et Jacob, 16 ans, à ses parents, amis et employés qui, eux, ont vu arriver le train à haute vitesse et hors de contrôle. «Tout le monde capotait disons...», s'est-il laissé raconter avant de poursuivre son récit.

Yannick Gélinas est vivant, contrairement à ce qu'ont pu penser des clients qui ont carrément appelé au resto pour poser la question à Annick. 

C'est un fait que son chum a passé très proche. «Une journée de plus et j'étais mort», concède-t-il.

*****

L'opération a eu lieu le 1er mai. Le donneur était un Torontois de 33 ans dont le receveur sait peu de chose. La rumeur voulant que l'individu s'injectait de la drogue est cependant bien vraie. «Le gars se piquait.»

Son ton est aussi calme et mesuré que s'il me confiait que le type menait une vie rangée à boire de la tisane. A-t-il succombé à une surdose de drogues? Aucune idée et Yannick Gélinas ne cherche pas à connaître tous les détails. L'heure n'est pas au jugement même si pendant quelques semaines encore, il doit prendre, à titre préventif, des médicaments assez puissants merci. Un moindre mal dans les circonstances. Après tout, c'est grâce à ce Torontois qu'il a la vie sauve.

Le patient a été informé avant la transplantation que le donneur avait déjà consommé des substances illicites. L'entrepreneur de Saint-Édouard-de-Maskinongé aurait pu refuser ce don, aussi précieux soit-il.  Parfaitement conscient du risque mortel encouru à miser sur le prochain appel, Yannick a donné son accord avant qu'il ne soit trop tard.

L'homme ne regrette pas ce foie qu'il a fait sien. De un, l'organe a été minutieusement examiné avant la greffe. De deux, tous les tests sanguins réalisés à ce jour démontrent que le foie est en très bonne santé.

«Plus que le mien en tout cas!», soutient Yannick Gélinas qui retrouve la forme même si une intervention de cette importance apporte son lot  d'effets secondaires.

«Je perds mes cheveux, mes mains tremblent, le sommeil est difficile, j'ai des crampes aux pieds et aux jambes...», énumère celui dont le cocktail quotidien est composé de 42 comprimés. Dans deux mois, ce nombre aura diminué de moitié et continuera de baisser pour éventuellement atteindre quatre pilules par jour, à vie.

Quant à la convalescence, elle s'étire sur deux ans. L'entrepreneur grimace un peu d'impatience. Il peut faire de la paperasse et assumer la gestion du personnel, mais il lui est interdit de travailler physiquement. 

«C'est ce que je trouve le plus difficile», avoue le sportif qui a tout de même renoué avec le vélo. Les randonnées sont en mode contemplatif, entrecoupées de pauses, ce qui lui permet d'apprécier tout le chemin parcouru depuis les derniers mois.

On ne peut plus être comme avant après une épreuve comme celle-ci. «Je veux prendre plus de temps pour les enfants, pour vivre...»,  s'est-il promis.

À 35 ans, Yannick Gélinas ne veut pas rater cette deuxième chance que la vie lui donne, non sans un sérieux avertissement.




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