L'appel de la campagne... et de Réjean

Il y a un an, Nathan, 13 ans,... (Olivier Croteau)

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Il y a un an, Nathan, 13 ans, et sa mère, Pascale Martin, ont pris la décision de quitter le stress de la vie urbaine pour vivre à la campagne parmi les chèvres.

Olivier Croteau

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) CHRONIQUE / Miss So veut tellement se faire aimer. Une dépendante affective qui lèche la main du premier venu. Réjean est tout aussi démonstratif. On dirait un chien qui branle la queue à la vue de son maître, le genre à donner la patte en échange d'une caresse de la barbichette. Inassouvissable, il en veut encore et encore.

Miss So est une chèvre. Réjean est un bouc. «So» pour sociable, tandis que Réjean... «C'est un beau nom j'trouve!», plaide Nathan en s'accrochant au cou de son fidèle compagnon qui ne demande pas mieux.

Tout quitter pour recommencer ailleurs. Plusieurs y songent, très peu le font. 

Pascale Martin et son garçon de 13 ans ont osé. Un jour, mère et fils étaient des Montréalais établis dans le quartier Rosemont-La Petite-Patrie. Le lendemain, ils prenaient racine au bout d'un rang. Ils ont troqué le bruit incessant de la ville pour des bêlements en harmonie avec le calme de la campagne.

Ça va faire un an, le 8 juillet, que le duo a fait le saut dans le vide, car c'est de ça qu'il s'agit.

Cette histoire est celle d'une diplômée en piano classique devenue consultante en informatique qui a décidé de réaliser son rêve d'élever des chèvres laitières. 

C'est aussi le parcours d'un ado qui a grandi près d'une station de métro et qui découvre aujourd'hui le bonheur de prendre la clé des champs.

***

Pascale Martin est native de Saint-Léonard d'Aston. La femme de 49 ans fait partie de la quatrième génération de Martin, une famille investie corps et âme dans la production de lait de vache. Adolescente, elle a participé aux nombreuses tâches inhérentes au travail agricole. Elle a fait les foins, les récoltes et, petit à petit, son père Jean-Guy lui a même enseigné ses trucs de menuiserie.

À l'âge où on s'interroge sur son avenir, Pascale n'a pas vraiment réfléchi à l'idée de prendre la relève un jour. Dans son esprit, ça allait de soi que ses frères lèveraient la main avant elle. Jean s'est d'ailleurs manifesté pendant que sa pianiste de soeur prenait la direction de Montréal pour se composer une vie. 

Parfois, c'est fascinant de constater comment une route qu'on pensait tracée d'avance nous amène complètement ailleurs. En voici un bel exemple.

Pour lui permettre de financer ses études universitaires, Pascale Martin occupait un boulot à temps partiel comme agent de sécurité dans une tour de bureaux au centre-ville de Montréal. C'est en faisant sa tournée qu'on lui a proposé de remplacer au pied levé une adjointe administrative et qu'elle s'est retrouvée à jouer la femme-orchestre en faisant un peu de tout: de la réception à la tenue de livres en passant par le travail à l'ordinateur qui, dans les années 80, faisait une entrée remarquée.

Tout naturellement, l'étudiante s'est installée au clavier pour découvrir l'univers des nouvelles technologies. «J'ai rapidement compris la logique. Je pense que c'est à cause de la musique. Il y a quelque chose de cohérent dans le langage informatique.»

Qui va piano va sano... dit l'expression. Pascale Martin a fait ses gammes, a rencontré les bonnes personnes et s'est finalement retrouvée au sein de l'équipe Miyagi où, il n'y a pas si longtemps encore, la conseillère en formation coulait des jours heureux à faire de la conception pédagogique.

«J'ai laissé derrière moi un travail de consultante à 85 000 $ par année pour me retrouver avec un salaire d'employée de ferme!», lance-t-elle avec le plus grand des sourires.

Pascale était heureuse à Montréal à concilier ses responsabilités professionnelles et sa vie avec Nathan. La maman monoparentale à temps plein se croyait installée pour longtemps dans leur condo jusqu'à ce que l'appel de la nature se fasse entendre de plus en plus fort.

Son coeur, qui était toujours branché sur Saint-Léonard d'Aston, aimait lui rappeler qu'il n'y a pas plus belle richesse que de se consacrer au maintien du patrimoine. Avec l'accord de Nathan pratiquement gagné d'avance, le tandem s'est rapproché de la famille pour venir s'occuper de l'élevage de quelque 190 chèvres.

«Maman m'a élevé comme un p'tit gars de la campagne», souligne le charmant adolescent en racontant qu'à Montréal, sa mère prenait le temps de s'arrêter sur le trottoir pour observer un escargot sorti de nulle part ou encore, elle l'invitait à admirer les nuages dans les parcelles de ciel, à travers les immeubles.

«J'ai toujours eu la bonhomie du terroir», se plaît à dire Pascale qui est heureuse d'ajouter son chapitre à l'histoire des Martin.

Nathan ne s'ennuie pas de son ancienne vie même si la nouvelle vient avec son lot de tâches à faire, sept jours sur sept. La campagne, ce n'est pas toujours les vacances.

Au cours de la dernière année, il a fréquenté l'école secondaire de la Découverte, la même que fréquentait sa mère à l'époque. Le garçon a joué au football et s'est lié d'amitié avec des gars qui habitent la dizaine de villages autour. L'adolescent n'est pas différent des autres jeunes qui aiment plonger dans l'univers d'Internet, à la seule différence qu'il aime prendre ses pauses au «pit de sable», avec ses cousins. 

«Il y a quelque chose de paisible dans notre mode de vie. Pendant qu'on vivait en ville, on manquait tout ça», fait remarquer Pascale, fière de voir son fils mettre la main à la pâte avec l'enthousiasme et le coeur au ventre d'un Martin, la cinquième génération.

«Je suis bien ici! C'est le silence et la liberté. Quand je vais à vélo, je peux rouler longtemps et j'ai l'impression d'être toujours chez moi», se réjouit l'ex-urbain avant de retourner s'amuser avec son copain qui l'appelle en bêlant. Sacré Réjean.




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