Camelot depuis toujours

Michel Dufresne totalise près de 40 ans d'ancienneté... (François Gervais)

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Michel Dufresne totalise près de 40 ans d'ancienneté à titre de camelot (à pied) du Nouvelliste.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Michel Dufresne est surpris que je m'intéresse à lui et me le fait savoir en ouvrant la porte de sa coquette maison sous les arbres.

«Es-tu certaine que tu pourras écrire une histoire avec ça?»

Ça devrait. Il doit bien y avoir une ou deux raisons pour lesquelles celui qui était un enfant de huit ans au moment de livrer sa première copie est toujours camelot du Nouvelliste à 66 ans. Pas en voiture comme s'effectue généralement la livraison aujourd'hui, mais à pied et avec sa poche en bandoulière comme dans le temps où l'abonnement revenait à trente-cinq cents par semaine.

Depuis toujours, ce résident de Bécancour se sort du lit à l'heure des poules, six jours sur sept, beau temps, mauvais temps. C'est son mode de vie. Quand son réveil sonne à 5 h 25 pile, pas question de rester couché. La vie l'attend à l'extérieur, pas à pas. 

Voici donc l'histoire d'un fidèle abonné aux premières lueurs du jour, celles qui éclairent son quotidien pendant qu'il distribue le nôtre.

*****

Michel Dufresne et moi sommes collègues bien que nous ne travaillons pas sur le même fuseau horaire. Je suis au début de la chaîne de production. Il est à la dernière étape et non la moindre.

Sans lui et les quelque 350 camelots du Nouvelliste, les bonnes et les moins bonnes nouvelles se rendraient difficilement jusqu'à vous sauf si, bien sûr, vous lisez cette chronique et les textes de la confrérie journalistique via Internet. Mais c'est un autre sujet... Permettez-moi de m'abstenir ici d'ouvrir le débat entre ceux qui louangent la version techno et les autres pour qui la première gorgée de café est indissociable du geste de tourner les pages du journal papier. Tout le monde a raison.

C'est par l'entremise de son frère Richard, de deux ans son aîné, que le petit Michel a commencé à distribuer Le Nouvelliste aux lecteurs de Sainte-Angèle-de-Laval, en plein coeur de ce qui était jadis un village. Quelques décennies plus tard, ses abonnés ne sont plus les mêmes, mais sa tournée des rues du secteur reste pratiquement inchangée.

Si on exclut les années pendant lesquelles Michel Dufresne a accroché sa poche de journaux parce qu'il habitait la ville de Québec ou qu'il était trop occupé à fonder une petite famille, le technicien en informatique à l'Université du Québec à Trois-Rivières emmagasine, à titre de camelot, près de quarante ans d'ancienneté. Une espèce rare.

Du lundi au samedi, le sympathique monsieur est sur le trottoir à 5 h 35 avec une trentaine de copies sous le bras. Difficile d'évaluer le nombre de kilomètres parcourus de porte en porte, mais il peut affirmer sans risque de se tromper que sa livraison à domicile est complétée au bout de trente minutes. Ça y va aux toasts. «Et s'il y a apparence de pluie, ça peut me prendre 22 ou 23 minutes!»

Le camelot avait dix ans et un pécule sagement placé à la caisse populaire lorsqu'il a pu s'offrir son premier vélo. «C'était un beau CCM 24 pouces. Il était rouge avec des ailes blanches. Je l'avais acheté à la quincaillerie du village. Il m'avait coûté 39,95 $», précise M. Dufresne avec le sourire, le même qu'il affiche pour me raconter que jeune homme, il trouvait le moyen de faire la grasse matinée certains samedis, et ce, en tirant avantage du fait que sa pile de journaux à livrer était déposée sur sa galerie au milieu de la nuit.

«Je passais mes Nouvelliste en revenant de veiller. Je ne vous dis pas que je marchais toujours droit, mais je livrais!»

Michel Dufresne a été camelot de 8 ans à 19 ans sans arrêt. Il a repris du service à l'âge de 40 ans, lorsque sa fille Kim, alors âgée de 12 ans, a décidé d'être camelot à son tour. 

Solidaire, le papa s'est aussitôt proposé de l'accompagner durant son circuit matinal. Ce qui devait arriver arriva. Il a repris goût à se lever aux aurores et un bon matin, Michel Dufresne s'est pointé, frais et dispo, dans le cadre de porte de la belle dormant à poings fermés... «Laisse faire tite-fille. Reste couchée.»

Vingt-six ans plus tard, le paternel continue de faire sonner son réveil à 5h25 et d'être sur le trottoir dix minutes plus tard, peu importe la météo à l'extérieur. «Il n'existe pas de mauvaises températures, seulement des mauvais vêtements», analyse celui qui ne craint pas la pluie, le vent, la noirceur de l'automne, les tempêtes de neige, le froid mordant... alouette! 

Le camelot dit s'habiller en conséquence avant d'insister sur sa chance d'être le spectateur quasi unique de superbes levers de soleil et de merveilleux concerts d'oiseaux. Témoin privilégié des changements de saison, l'homme ne peut plus se passer de ces quelques minutes où il profite du réveil de la nature. À l'entendre, on n'a pas idée de tout ce qui se joue entre 5 h 35 et 6 h 05. C'est la tranquillité pure avant que le jour s'active à une vitesse sans retenue. 

Poétique le lève-tôt. Et en forme. Michel Dufresne confirme que son job matinal constitue un programme d'entraînement dont on ne soupçonne pas l'efficacité. Il y en a qui vont au gym pour avoir une taille svelte. Lui, il passe le journal 52 semaines par année.

«T'es pas un peu tanné Michel?», lui demandent parfois ses proches en connaissant déjà sa réponse: «Non». 

«Si je n'avais pas Le Nouvelliste, pas sûr que j'irais prendre ma marche tous les jours», admet le camelot qui n'a pas l'intention de ralentir le pas, encore moins de s'arrêter.

Pas question de se priver de cette demi-heure top chrono qui le rend heureux.




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