Soeur taxi et son accordéon

Au volant de sa voiture ou munie de... (François Gervais)

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Au volant de sa voiture ou munie de son accordéon, soeur Louise Provencher, 80 ans, est infatigable.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Char de curé n'ayant jamais sorti l'hiver» ne s'applique pas à la Honda Civic 2006 de Louise Provencher. Le bloc moteur a dû être remplacé après s'être littéralement fendu et il a fallu faire disparaître les traces de rouille sur les ailes au-dessus des roues.

N'empêche qu'après 302 000 kilomètres au compteur, la voiture est aussi pimpante que sa conductrice, un modèle 1936. 

«Je n'ai jamais été malade, je ne prends aucun médicament et je peux te dire que je roule!», se présente d'entrée de jeu la bonne soeur avant d'éclater de rire.

Elle me fixe droit dans les yeux, curieuse de savoir qui a vendu la mèche. Comment se fait-il que je sois au courant qu'à bientôt 81 ans, elle célèbre soixante ans de vie religieuse au sein des Filles de Jésus? Qui m'a dit, aussi, qu'elle passe ses semaines à faire du taxi pour ses consoeurs malades et vieillissantes ou à jouer de l'accordéon dans les résidences pour personnes âgées?

Je ne m'en souviens plus. Courriel supprimé par erreur. Désolée. 

La dame continue de m'énumérer des prénoms, persuadée que ça ne peut être personne d'autre qu'un membre de sa famille. Il y a des chances en effet. Louise Provencher est la sixième de treize enfants qui ont grandi dans le quartier Saint-François-d'Assise, à Trois-Rivières. Elle, c'est la «p'tite tannante» qui préférait la compagnie des garçons à celle des filles qui jouaient à la poupée. 

L'appel à la vie religieuse s'est fait entendre au début de l'âge adulte. «J'ai eu un chum tu sais. On allait danser au colisée et au manège militaire. Je peux dire qu'il était smatte.»

Aimable, oui, mais le jour où le jeune homme a abordé la question du mariage, Louise a préféré entrer en communauté pour un temps de réflexion... et elle n'en est jamais sortie. 

«Je voulais avoir des enfants. Je voulais être libre. Je voulais rendre service. Je voulais être disponible pour les autres. Je me disais que dans le mariage, je n'allais pas être capable de faire tout ça.»

Curieuse et avant-gardiste, la religieuse parle avec franchise. Pas le genre à se laisser impressionner facilement, encore moins à se laisser marcher sur les pieds.

«J'ai foncé dans ma vie. Il le fallait. Je suis la troisième femme qui est entrée au séminaire», dit-elle en parlant de la maison d'enseignement de la rue Laviolette qui, à l'époque, était vouée à l'éducation chrétienne des garçons. Soeur Louise y a enseigné pendant 23 ans.

«Il fallait que je donne mon 200 %. Ça dérangeait les messieurs qui étaient là», dit-elle au sujet de ses collègues qui ne se gênaient pas pour lui rappeler que sa place était à Keranna, l'école de filles dirigée par les Filles de Jésus.

«Toi, Louise, tu nous as aimés», lui disent d'anciens élèves croisés sur la rue, des p'tits gars à qui elle partageait ses trucs pour ne pas se laisser intimider, des grands ados aussi qui pouvaient se vanter de jouer au hockey avec la religieuse plutôt talentueuse.

«Si tu savais comment j'ai eu du bonheur à enseigner.» 

Certains l'appelaient «Soeur Sexe» en rigolant gentiment dans son dos. La religieuse l'a toujours su et ne s'en est jamais offusquée. À l'entendre, c'était même plutôt normal puisque c'est elle qui, en plus du français, enseignait l'écologie avec le volet sur la reproduction. «De la plante jusqu'à l'homme en passant par l'animal», précise Louise Provencher avant de me lancer, à brûle-pourpoint et en s'esclaffant de nouveau: «Sébastien Proulx, le ministre de l'Éducation, a été un de mes élèves! Il n'a pas changé. C'était tout un placoteux dans la classe, mais très intéressant!»

***

Depuis sa retraite de l'enseignement, en 1998, la religieuse est la chauffeuse attitrée de ses consoeurs Filles de Jésus qu'elle accompagne ici et là, tant à Trois-Rivières qu'à Québec, Sherbrooke ou Montréal. Les bouchons de circulation et les cônes orange dans la métropole ne l'effraient pas. La bonne soeur s'en remet à la grâce de Dieu et roule en toute confiance, les deux mains sur le volant de sa voiture qui, soit dit en passant, n'est pas à vendre. 

Elle ne peut pas s'en passer. Après la soeur volante, voici la soeur taxi. «Je suis toujours partie», admet celle qui ne rate jamais cependant la messe de 9 h ni les vêpres de 16 h. 

Ce n'est pas par hasard si Louise Provencher m'a donné rendez-vous dans une résidence pour personnes âgées. Plusieurs fois par semaine, la religieuse fait sa tournée d'une demi-douzaine d'établissements où habitent des hommes et des femmes qui ne sont pas beaucoup plus vieux qu'elle, mais visiblement moins en forme.

Munie de son inséparable accordéon, l'octogénaire chante avec une énergie qui détonne dans la pièce. 

«Je suis arrivée vous réveiller. Ça va swinguer», annonce-t-elle à son auditoire qui se met à fredonner doucement avec celle qui possède deux autres accordéons, cinq harmonicas et une clarinette.

Oubliez les cantiques. Parmi ses succès, on retrouve Le plus beau des tangos du monde, Quand j'aime une fois, j'aime pour toujours et Prenez le temps d'aimer... 

Heureuse, soeur Louise Provencher ne se lasse pas de les interpréter. Pour elle, c'est aussi ça prier: mettre du pep dans la place, faire du taxi et du bien autour de soi.

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Nancy Bergeron

La mission de Nancy

Nancy Bergeron n'est plus... La femme de 46 ans est décédée mardi au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières où, malgré la maladie, elle tenait à accomplir une ultime mission. Son histoire avait été racontée ici, en mars dernier. Depuis son lit d'hôpital, la Trifluvienne en fin de vie venait de lancer une collecte de fonds visant à amasser de l'argent pour améliorer le confort des patients de l'unité des soins palliatifs et des proches à leur chevet. Son message a été entendu et partagé à la grandeur du Québec. Mme Bergeron et sa propre famille n'ont pas hésité à donner. Ainsi, des lits escamotables et des téléviseurs ont été installés dans chacune des quatre chambres où les malades peuvent aujourd'hui s'envelopper dans des draps neufs et plus doux. C'était l'un des souhaits de la dame grâce à qui des dons totalisant 6555 $ ont été remis à la Fondation régionale pour la santé de Trois-Rivières.




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