Une amitié qui se passe de mots

Jérôme Blanchette et Alexis Forest ne laissent pas... (François Gervais)

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Jérôme Blanchette et Alexis Forest ne laissent pas la surdité être une barrière à leur amitié.

François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

Ce n'est pas parce que Jérôme n'entend strictement rien de ce qu'Alexis lui raconte qu'ils sont incapables de se comprendre et de garder un oeil sur la balle. Les deux coéquipiers ne parlent pas la même langue, mais il y a des signes qui ne trompent pas.

Jérôme Blanchette, 16 ans, et Alexis Forest, 10 ans, ont six années et plusieurs centimètres de différence, sauf que les gars s'en moquent comme ils ne font pas de cas de la surdité profonde de l'aîné d'entre eux. C'est ce qu'on appelle des amis, des vrais.

Commençons par Alexis. Il joue au tennis de table depuis quatre ans et se classe parmi les meilleurs au Québec dans sa catégorie. Le garçon avait déjà quelques médailles à son cou lorsqu'on lui a proposé de faire équipe avec Jérôme qui avait le goût de s'initier à ce sport de raquette.

Alexis aurait pu répondre que ce n'était pas une si bonne idée de lui adjoindre un débutant qui le dépassait de deux têtes et demie, sourd de surcroît, mais le jeune pongiste a eu zéro hésitation. 

«Ça a bien été. Il était quand même déjà bon au ping-pong!» 

Jérôme est ravi d'entendre ça même s'il ne perçoit aucun son. L'ado lit sur les lèvres et sa grande soeur est présente pour faciliter la communication avec Alexis et moi.

Chloé est interprète dans la langue des signes, un métier qui lui est venu tout naturellement, dès son plus jeune âge en fait. La famille de Yves Blanchette et de Lynda Projean compte sept enfants dont l'aînée, Fany, et le plus jeune, Jérôme, sont nés avec une surdité profonde. Deuxième de la fratrie, Chloé savait communiquer par signes avec sa soeur avant d'apprendre à parler. 

*****

Si vous fréquentez les réseaux sociaux, vous avez peut-être vu passer des vidéos mises en ligne par le Regroupement d'organismes de promotion pour personnes handicapées de la Mauricie dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées. Parmi ces capsules se trouve celle mettant Jérôme Blanchette et Alexis Forest en vedette, un duo fort sympathique pour sensibiliser les gens à la différence qui, entre eux, n'existe pas. 

«Je voulais montrer au monde que ce n'est pas trop grave d'être sourd. Jérôme est une personne comme une autre», soutient Alexis en se tournant vers le principal concerné. 

«Nous aussi, les sourds, on est capables de faire ce qu'on veut. Il ne faut pas s'isoler ou se cacher. On est égaux aux gens qui entendent.» 

Sur ce, Chloé se permet de récupérer la balle au bond pour vanter les qualités d'intégration du benjamin de la famille de Trois-Rivières. Celle qui enseigne la langue des signes l'invite régulièrement  dans sa classe afin que ses étudiants établissent un premier contact avec une personne sourde. 

«Jérôme est tellement parfait! Les gens le trouvent facile d'approche. Il est doux, patient et son sourire est charmant. Char...mant!», répète Chloé pour s'assurer que frérot a bien saisi ce qu'elle lui dit, cette fois, avec affection.

Alexis les écoute silencieusement avant de décocher un regard amusé à Jérôme. Une anecdote n'attend pas l'autre. L'ado est capable d'autodérision, même lorsqu'il est question de sa difficulté à s'exprimer oralement. 

Impossible de ne pas pouffer de rire en l'écoutant raconter la fois où il s'est présenté au comptoir d'un resto pour demander de la sauce BBQ, mais que l'employé en face de lui traduisait que Jérôme voulait une... Barbie. Barbecue. Barbie. C'est vrai que ça peut sonner semblable.

«Ce n'est pas grave!», assure le jeune homme qui ne perd jamais sa bonne humeur. Il est comme ça Jérôme, pas compliqué pour un sou. Ça tombe bien, son partenaire de tennis sur table affiche la même attitude. 

Le talent est là. Et les efforts. Membres du club Ping-O-Max, Alexis et Jérôme s'entraînent quatre ou cinq fois par semaine. Ils font bonne figure, tant sur le plan individuel qu'en équipe. 

«J'aime tout du ping-pong. Il faut être rapide et avoir de bons réflexes», décrit Jérôme qui doit surmonter une difficulté supplémentaire occasionnée par sa surdité. Le pongiste n'entend pas le bruit de la balle qui rebondit sur la table ou que lui renvoie l'adversaire. Plus que les autres, il doit anticiper chaque coup. 

Un fort esprit d'équipe réunit Jérôme et Alexis. À les écouter se relancer sur la question, ils sont d'éternels positifs, peu importe le résultat final.

«Si on perd un point, on l'oublie et on passe à autre chose. On ne met jamais la faute sur l'autre», affirme Jérôme qui n'a pas besoin de parler à son coéquipier pour établir une stratégie commune. «On pense pareil», soutient-il. 

Alexis acquiesce d'un signe de tête, visiblement satisfait de pouvoir compter sur un ami comme lui. 

Les gars ont déjà hâte au prochain tournoi. On ne change pas une équipe qui gagne.




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