La mort autour d'un café

Karine Leclerc, une «alliée du deuil» à l'origine... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Karine Leclerc, une «alliée du deuil» à l'origine de Café mortel qui voit le jour à Trois-Rivières.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) On la craint beaucoup, on la nie souvent, on y échappe parfois, mais la mort nous rattrape toujours.

Karine Leclerc se présente comme une alliée du deuil. La femme de 40 ans a acquis son expérience bien malgré elle, à force de pleurer le décès d'êtres chers. Aujourd'hui, elle n'a plus peur d'en parler, surtout autour d'un café.

Tenus dans des lieux publics, les «cafés mortels» gagnent en popularité un peu partout dans le monde. Trois-Rivières se joint au mouvement ouvert à tous, endeuillés ou non.

Parler de la mort peut faire du bien. La Trifluvienne donne l'exemple de la réception qui suit les funérailles. Cette rencontre est l'occasion de laisser décanter les émotions ressenties pendant les obsèques du défunt. C'est souvent ici que le deuil s'installe pour vrai. 

Un café mortel peut ressembler à ça. On y vient pour parler de nos perceptions face à la mort et écouter les autres s'exprimer. Il n'y a pas d'ordre du jour, encore moins un thème imposé. Les participants ne se connaissent même pas. Ce n'est pas une thérapie de groupe, mais une occasion d'apprivoiser un sujet encore tabou. 

«C'est un espace de partage», suggère Karine Leclerc dont l'initiative n'est pas le fruit du hasard. 

Pendant longtemps, elle a préféré fuir ses propres deuils comme on bat en retraite devant l'ennemi. Il faut dire que dès les premiers mois de sa vie, la mort n'a pas épargné ses proches qui sont partis les uns après les autres, à commencer par son père.

Âgé de 24 ans et atteint de la maladie de Hodgkin, Pierre Leclerc est décédé lorsque sa fille avait seulement un an et demi. Karine garde en mémoire les photos d'un homme qui, malgré sa grave condition, trouvait la force de jouer le «papa poule», raconte celle qui était également trop jeune pour réaliser le rôle dont sa mère a hérité alors qu'elle n'avait que 21 ans.

«Dès ma naissance, j'ai eu un modèle de femme qui a accompagné la fin de vie», louange Karine qui est persuadée d'avoir ressenti, même inconsciemment, la bonté de Lisette qui n'était pas au bout de ses peines.

Karine Leclerc était une fillette de 8 ans lorsque celui qu'elle présente comme son deuxième père, Alain Comeau, de même que son oncle, René Leclerc, sont décédés à la suite d'un grave accident sur le fleuve, à bord d'un aéroglisseur.

Ils ont été portés disparus pendant un mois avant que les corps des deux hommes soient retrouvés. Et comme un malheur arrive rarement seul, c'est pendant cette interminable attente que le fils de René est décédé dans des circonstances tragiques. Syndrome de la mort subite du nourrisson.

Chaos. C'est le premier mot qui lui vient en tête pour décrire cette période où elle devait prendre la direction de sa chambre lorsque des policiers venaient à la maison pour informer sa mère de l'évolution des recherches.

«Quand j'y repense, j'étais comme dans l'oeil d'une tornade. Ça tournait très vite autour de moi», décrit Karine qui a réalisé en vieillissant qu'en lui disant peu de choses sur le drame qui secouait sa famille, on a pensé la protéger d'une peine qui, un jour ou l'autre, allait finir par lui rentrer dedans.

Mais ça, mère et fille n'ont pas vraiment eu la possibilité de s'en reparler puisque Lisette est décédée dix ans plus tard, à l'âge de 38 ans, des suites d'un cancer fulgurant.

Enfant unique, Karine avait 17 ans au moment de devenir une orpheline qui n'en avait pas fini avec la mort.

À 20 ans, la jeune femme avait déjà été confrontée à plus d'une douzaine de deuils dans sa famille directe: accidents, maladies, suicides, etc.

Après avoir été des années à imiter sa mère dont le premier réflexe était d'éviter le sujet de la mort et de refouler les émotions provoquées sur son passage, Karine Leclerc a décidé de les assumer en amorçant un long processus d'introspection entrecoupé de cours, formations et ateliers. Petit à petit, le deuil a fait son chemin et est devenu sa raison de vivre.

«Ma mère m'avait dit sur son lit de mort: ''Si de perdre ta maman te permet de comprendre et d'aider une amie, ce sera beaucoup''.»

C'est comme ça que la dame est devenue une alliée pour elle-même et pour les autres. 

«J'accompagne aujourd'hui des personnes en fin de vie et j'aide des gens endeuillés à prendre le temps de mieux comprendre ce qu'ils ressentent.»

Karine Leclerc organise aussi des «conférences immortelles» où des invités abordent différents thèmes reliés au deuil. Elle propose enfin ces rencontres où on parle de la mort comme on le ferait entre amis.

Un premier Café mortel se tiendra le mardi 20 juin, à 19 h, au café Macaron, à Trois-Rivières. C'est en même temps que le solstice d'été et avec un peu de chance, la lumière du jour s'invitera dans la conversation.




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